Documentaires

Where to invade next : Michael Moore au top de sa forme


Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

  • Réalisateur(s): Michael Moore
  • Acteurs principaux: Michael Moore
  • Date de sortie: 14/09/2016
  • Nationalité: Américaine

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Véritable poil à gratter dans le cinéma documentaire mondial, Michael Moore questionne avec férocité la société américaine et égrattine avec virulence la politique, avec comme cible privilégiée Georges W.Bush. On se souvient de son documentaire le plus célèbre « Fahrenheit 9/11 » récompensé par la Palme d’Or à Cannes en 2004, qui fut qualifié de brûlot contre le président Bush, avec des révélations surprenantes sur des liaisons troubles liant la famille Bush et la famille de Ben Laden, peu après les attentats du 11 Septembre 2001. Parmi ses autres documentaires marquants, on peut citer « Bowling for Columbine » (2002) qui s’interrogeait sur le port des armes à feu après la triste fusillade dans un lycée américain par deux étudiants du même établissement. Ou encore à « Sicko » (2007) critiquant le système de santé américain, puis la crise financière de 2008 dans « Capitalism : A love you » (2009).

Avec « Where to invade next », Michael Moore ne se contente pas de forcer la critique, mais tente de trouver des solutions venues des quatres coins du globe, et en particulier de l’Europe pour aider son pays à s’améliorer. Vêtue de sa traditionnelle casquette et de son regard acide sur le monde, Michael Moore va donc chercher les solutions à exporter pour les Etats-Unis. Tout commence avec une fausse convocation du Pentagone, réclamant au cinéaste d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Dès lors, « Where to invade next » s’apparente à un joyeux tour du monde. Comme l’était le très beau documentaire « Demain » qui s’intéressait à l’écologie et aux réponses à apporter pour respecter notre planète et pour bâtir un monde meilleur, le film de Michael Moore a une vision plus sociale et sociétale, comment mieux vivre sa vie professionnelle, et comment gouverner son pays. On commence par voyager en Italie où l’on découvre un envieux système social où les italiens ont droit à 8 semaines de congés payés, un 13ème mois de salaire, une longue pause déjeuner de 2 heures et des congés maternités plus longs. Il est avéré que ces avantages apportent un vrai bénéfice pour la santé des ouvriers, l’Italie étant le 8ème pays au monde où l’espérance de vie est la plus élevée, les italiens vivent 4 ans de plus que les américains.

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Michael Moore poursuit son exploration des bonnes idées à exporter. En France, le cinéaste est interpelé par l’éducation (avec les cours d’éducation sexuelle au collège évitant la désinformation et les maladies sexuellement transmissibles), mais aussi par les repas scolaires où Moore s’amuse à confronter les repas élaborés avec un nutritionniste dans chaque ville chez nous, avec les plateaux repas gras, peu ragoûtants et toujours servis avec du Coca aux Etats-Unis. Il poursuit son exploration de l’éducation en Finlande où le taux d’éducation est le plus élevé au monde alors que c’est là bas que l’année scolaire est la plus courte, avec un système d’enseignement à la carte. Il nous interroge aussi sur le financement des études supérieures gratuites en Slovénie (comme en France d’ailleurs), avant de parler des bienfaits de la dépénalisation de la drogue au Portugal. « Where to invade next » s’intéresse aussi bien aux questions de bien-être (avec des cures thermales remboursées en cas de stress avérées en Allemagne) qu’aux questions d’égalité hommes-femmes (un droit acquis récemment en Tunisie après les révolutions du Printemps Arabe en 2011, ou encore l’égalité entre les deux sexes au travail en Islande, pays qui fut le premier à élire une femme Présidente en 1980). Le film nous montre aussi des problématiques plus sombres, comme l’importance de poursuivre un devoir de mémoire, comme en Allemagne où les nouvelles générations sont éduqué avec ce souci de toujours devoir se racheter des crimes passés de leurs ancêtres (sous-entendu que les américains cachent leur péchés passés et ne disent jamais qu’ils ont construits leur puissance sur l’esclavage).

Toujours dans un registre plus sombre, le cinéaste se rend en Norvège pour constater un système d’incarcération, bien loin de celui de son pays d’origine où la violence est quotidienne. Ici, le système est basé sur la réintertion, avec parfois 4 gardiens pour surveiller 115 prisonniers. Ce système fait ses preuves là bas avec un taux de récidive parmi les plus bas au monde. Cela n’évite pas la violence, comme en atteste la face sombre du pays, avec les deux tueries perpetrés le 22 juillet 2011 par Anders Breivik, issu de la mouvance néo-nazie, qui assassinat 77 personnes dont 69 sur l’île d’Utoya lors d’un rassemblement politique de jeunes. Moore donne ainsi la parole au père d’une des victimes, très touchant, qui refuse la vengeance représentée par la peine de mort, pour ne pas s’abaisser au même niveau que le criminel. Un discours rare et courageux qui symbolise une mentalité nordique qui a su restée unie face à l’horreur, qu’elle n’avait jamais connue d’une si grande empleur.

Si son film démontre des solutions qu’il connaît par avance (ce qui perd un peu en spontanéité), Michael Moore amuse toujours par ses pointes d’humour pince sans-rire, et les réactions des personnes interrogées par le cinéaste au récit de la triste réalité américaine sont très souvent savoureuse. Evidemment, on peut reprocher son approche volontairement caricaturale, le polémiste occultant les points négatifs de ces pays (comme il le dit si bien « je cherche des fleurs, pas des mauvaises herbes »).

 

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SCENARIO 81%
MISE EN SCENE 78%
INTERET 87%
HUMOUR 85%
MONTAGE 82%
APPRECIATION GENERALE 89%
Vote final

Bien que le film a parfois tendance à nous montrer une image idéalisée de chaque pays, on apprend toutefois énormément de choses dans ce film résolument optimiste et qui dans le même temps donne envie de se révolter. Un vrai et bon film de Michael Moore en somme...

Note finale 83%