Documentaires

RBG : Portrait d’une icône anti-Trump (Au cinéma le 10 octobre)


À 85 ans, Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône de la pop culture. Juge à la Cour Suprême des Etats-Unis, elle a construit un incroyable héritage juridique. Guerrière, elle s’est battue pour l’égalité hommes/femmes, et toutes formes de discrimination. Son aura transgénérationnelle dépasse tous les clivages, elle est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes au monde et le dernier rempart anti-Trump. Betsy West et Julie Cohen nous font découvrir la fascinante vie de celle que l’on nomme désormais « Notorious RBG ». 
  • Réalisateur(s): Betsy West et Julie Cohen
  • Acteurs principaux: Ruth Bader Ginsburg
  • Date de sortie: 10/10/2018
  • Nationalité: Américaine

« RBG » ne pouvait pas espérer meilleure promotion que l’affaire qui secoue l’Amérique ces temps ci. Il s’agit bien entendu des accusations d’agression sexuelle de la part de Brett Kavanaugh, juge réputé proche de Trump et pressenti pour devenir juge à la Cour suprême des Etats-Unis, le plus haut grade judiciaire. Au nombre de neuf, ces jurés sont nommés jusqu’à leur mort ou jusqu’à ce qu’ils démissionnent. Parmi les plus anciens juges de la Cour Suprême actuellement figure une femme hors du commun : Ruth Bader Ginsburg, 85 ans, et qui siège dans cette haute administration judiciaire à vie depuis désormais 25 ans.

Réalisé à deux mains par deux femmes qui signent ici leur premier long (Betsy West et Julie Cohen), « RBG » retrace le parcours extraordinaire de cette femme qui a fait de la protection des femmes et des minorités son combat quotidien. Le film commence par toutes les insultes qu’elle subit en voix off (dont celle de Donald Trump), ce à quoi on voit Ruth en train de faire ses exercices de musculation quotidien. Comme si le torrent d’insultes glissait sur les plumes de cette femme forte. Didactique et précis, « RBG » a pour ambition de nous montrer comment cette femme de 85 ans est devenue une icône, en grande partie depuis son désaccord avec Trump, mais aussi par sa manière de promulguer l’égalité femmes/hommes.

Depuis son enfance, Ruth a scrupuleusement écouté les conseils de sa mère (qu’elle a perdue à 17 ans), dont les deux phrases les plus marquantes fut « Sois une dame » et « Sois indépendante ». On y voit la grande histoire d’amour que Ruth a vécu avec Marty, qu’elle a connue à l’université à 17 ans. Ruth et Marty sont aux antipodes, Marty est extraverti et joyeux luron, Ruth est renfermée, discrète et travailleuse. Cela ne les empêchera pas de vivre un amour fou et durable, malgré les épreuves, et notamment le cancer de Marty, et le travail très envahissant de Ruth, qui ne dormait pas la semaine mais compenser par des week-end entiers de sommeil. La relation de Ruth et Marty va durer plus de 50 ans jusqu’au suicide de ce dernier, affaibli par la maladie.

« RBG » mélange avec perfection le portrait intime de la vie de Ruth et sa vie publique, à savoir son parcours incroyable. « Etre une femme était un obstacle » déclame t-elle. Toute sa vie de juge tourne autour du combat des femmes, donne des cours sur les femmes, et tient à s’occuper essentiellement des cas de justice qui feraient jurisprudence, avec toujours en ligne de mire des avancées par étapes successives au lieu de grandes révolutions. On y suit la série de procès gagnés sur l’égalité hommes/femmes (reconnaissance du veuf si c’est la femme qui meurt, le manque de subvention allouée à une femme). Son professionnalisme et sa modernité ont poussé Bill Clinton, alors Président, de nommer en 1993, Ruth Bader Ginsburg, la 107ème juge suprême des Etats-Unis. Le documentaire bascule alors dans sa manière dont elle conçoit son travail, où l’amitié peut exister entre juges, y compris avec le juge Scalia, extrêmement conservateur. Elle constate également les évolutions politiques, et particulièrement ce positionnement des juges de plus en plus conservateurs, et l’isolant toujours plus idéologiquement, en étant désormais l’une des plus progressistes alors qu’elle fut considérée comme une « modérée » classée à gauche. Ruth a notamment contesté l’élection controversée de Bush face à Al Gore en 2000. Mais ce fut surtout sa critique virulente de Trump, qu’elle a qualifié « d’imposteur » avant l’élection qui ont achevé de lui donner une aura incontestable. Connue sous le nom de « Notorious RBG » (comme un jeu de mot avec le rappeur « Notorious BIG »), elle est devenue une vraie rock-star, avec des t-shirt à son effigie. Dotée d’une grande autodérision, Ruth est un personnage iconique comme un rappel à des valeurs louables et nécessaires, à la fois sérieuse et rigoureuse dans sa connaissance des dossiers judiciaires que riant vivement à son imitation faite au Saturday night live.

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SCENARIO 84%
MISE EN SCENE 82%
INTERET DOCUMENTAIRE 86%
APPRECIATION GENERALE 81%
Vote final

A l'heure où l'affaire Kavanaugh secoue l'Amérique, "RBG" dépeint avec force et justesse le portrait d'une femme engagée Ruth Bader Ginsburg, juge de la Cour suprême qui lutte pour le droit des femmes et des minorités, plus que jamais remis en question par l'administration Trump. Un documentaire foisonnant, intime et nécessaire à voir au cinéma dès le 10 octobre.

Note finale 83%