Documentaires

L’abri : Brillant !


Un hiver au cœur d’un hébergement d’urgence pour sans-abris à Lausanne. À la porte de ce souterrain méconnu se déroule chaque soir le même rituel d’entrée dramatique qui donne lieu à des bousculades parfois violentes. Les veilleurs ont la lourde tâche de «trier les pauvres»: femmes et enfants d’abord, hommes ensuite. Alors que la capacité totale de l’abri est de 100 places, seuls 50 «élus» seront admis à l’intérieur et auront droit à un repas chaud et un lit. Les autres savent que la nuit va être longue.

  • Réalisateur(s): Fernand Melgar
  • Acteurs principaux: non précisé
  • Date de sortie: 2015
  • Nationalité: Suisse
Un documentaire très bien réalisé...

Un documentaire très bien réalisé…

Présenté en compétition lors du 34ème Festival du film d’Amiens, « L’Abri » est un documentaire suisse qui aborde la question des sans-abris sous l’angle d’un abri temporaire, qui accueille d’octobre à mars, les sans-abris, issus de divers horizons (de Roumanie, d’Afrique ou d’Espagne). Un abri montré des deux côtés de cette grosse porte en fer, d’un côté les employés de l’abri, mené par son directeur, grognon qui hurle dès le quota des 50 SDF est dépassé, de l’autre côté, les sans-abris de tout âge et de tout parcours (on y retrouve aussi bien Mamadou, un jeune qui est sans-abri depuis quelques jours, un vieillard attachant qui brosse sa longue barbe, des couples avec enfants).

A travers ce documentaire, c’est avant tout l’âme humaine que traite en profondeur Fernand Melgar (« L’abri » est considéré comme le troisième film d’une trilogie, après « La forteresse » en 2008 et « Vol spécial » en 2011). Car le film met en scène le dilemme des employés de cet « abri », qui n’ont que 50 places à disposition et qui doivent « choisir » selon un choix souvent arbitraire (les femmes et enfants sont privilégiés, mais qui choisir ensuite chez les hommes). Ce dilemme moral est très bien abordé, et donne au film une dimension qui sublime les émotions d’un film tout en retenue, et prêt à exploser à tout moment.

Derrière les barrières, des Hommes...

Derrière les barrières, des Hommes…

 

L’une des grandes forces du film est de se révéler humaniste tout en évitant les écueils si faciles du misérabilisme et du pathos. Fernand Melgar parvient aussi à faire évoluer son documentaire en passant de l’un à l’autre, des deux côtés de la barrière et en montrant comment les membres de cet « abri » mettent en oeuvre des solutions aux problèmes de places : la mise en place de cartes qui permet de « réserver » sa place ou d’interdire aux sans-abris les plus énervés, presque comme un hôtel fait à la fois sourire et en même temps fait froid dans le dos.(on découvre que l’entrée n’est pas gratuite et qu’il faut s’acquitter de 5 francs pour espérer dormir au chaud).

Si le film peut se révéler très drôle (dans les dialogues entre les employés de l’abri et les sans-abris), il ne perd pas de vue sa capacité à montrer les effets pervers de ce système, qui veut accueillir les sans-abris mais qui n’a pas les moyens de répondre à sa mission. Melgar ne mise pas tout non plus sur son sujet mais imprègne une mise en scène subtile qui arrive à capter les moments terribles dans les yeux des sans-abris lorsqu’ils savent qu’ils vont devoir subir une autre nuit dehors au froid. Le réalisateur ne se contente pas de les filmer, il les habille d’une quotidienneté cruelle, en les plaçant au détour de la « vie normale » (isolé dans un quai de gare, presque comme emmuré ou sur une voie de train désaffecté)

 

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SCENARIO 89%
MISE EN SCENE 93%
ORIGINALITE 91%
APPRECIATION GENERALE 90%
Vote final

Présenté en compétition officielle du 34ème Festival du film d'Amiens, "L'abri" est un film d'une puissance rare, qui nous regarde droit dans les yeux, qui évite de tirer sur la corde du misérabilisme trop facile. En sondant la société suisse dans ses bas-fonds, il sonde l'âme humaine avec une justesse impressionnante. Un film plus que nécessaire !

Note finale 90%