Documentaires

Fahrenheit 11/9 : Le nouveau documentaire choc de Michael Moore (sorti en e-cinema le 31 octobre)


Documentaire américain de Michael Moore, sorti en e-cinema le 31 octobre 2018

Le 9 novembre 2016, Donald Trump est élu 45ème Président des Etats-Unis. Quinze ans après sa Palme d’Or, Michael Moore s’attaque désormais à cette figure controversée. 
Comment l’Amérique en est arrivée là et comment peut-elle s’en sortir ? Ce nouveau brûlot dresse un portrait au vitriol de l’époque dans laquelle nous vivons et appelle à la résistance contre Trump.

Véritable poil à gratter dans la politique américaine, Michael Moore s’est crée une image d’un lanceur d’alerte à la population. Avec une dizaine de longs-métrage à son actif, Michael Moore a tour à tour dénoncé les tueries dans les lycées (Bowling for Columbine), le système de santé défectueux (Sicko) ou le capitalisme (Capitalism : a love story). Dans son dernier long-métrage, il « s’exportait » à l’étranger et essayait de voir ce qu’il se faisait de mieux à l’étranger en matière de santé ou d’éducation. Avec « Fahrenheit 11/9 », Michael Moore réalise une fausse suite à son plus gros succès « Fahrenheit 9/11 », qui s’intéressait aux attentats du 11 septembre 2001 et à l’élection controversée de 2000 par le prisme de l’incompétence de Georges W.Bush. Ce film avait ni plus, ni moins, remporté la Palme d’or au Festival de Cannes en 2004.

« Fahrenheit 11/9 » commence comme un rêve. Nous sommes à la veille de l’élection présidentielle de 2016. Tout semble indiquer qu’Hillary Clinton va l’emporter, d’autant qu’un dernier sondage lui donne 85% de chances de devenir la Première femme présidente. On y suit avec une atmosphère festive les dernières heures de la campagne et le vote de ses partisans heureux d’apporter leur vote à leur candidate. Les premiers résultats tombent, au début favorables. Puis, la machine se grippe, Donald Trump remporte un Etat, puis deux, puis trois. Et finalement, il devient le nouveau Président, à la surprise générale, aussi bien de ses détracteurs que de ses partisans. Moore souligne que jamais un camp gagnant n’a paru aussi triste. Cette introduction marque par sa force de frappe se concluant par l’apparition de Trump sur la façade de l’Empire state Building, avec cette phrase prononcée par Moore : « Comment a t-on pu en arriver là ? »

« Fahrenheit 11/9 » nous immerge dans la fabrication de Trump, illustré par cette construction au sens premier, avec le plâtre donnant lieu à la sculpture du nouveau président. Ce doc surprend par les angles inattendus qu’il prend. Si le film est un portrait au vitriol de Trump, Michael Moore nous interroge avant tout sur la responsabilité des américains, aussi bien des démocrates que des citoyens. Il nous dévoile des détails surprenants sur la genèse des envies politiques du milliardaire, accusant notamment la chanteuse Gwen Stefani, qui a tenu tête à Trump, qui a vu par la suite, un engouement inattendu du public. Moore retrace comment nous avons fermé les yeux sur ses agissements et sa misogynie que tout le monde pouvait avoir connaissance. La relation, pour le moins ambiguë, entre Trump et sa fille Ivanka ont de quoi mettre mal à l’aise par exemple.

L’excellente idée de Michael Moore n’est pas de s’enferrer dans un anti-Trump primaire mais de prendre de la hauteur sur les causes de ce résultat, et sur les façons de relancer la machine démocratique. Moore prend comme fil rouge, l’incroyable entourloupe du sénateur républicain Snyder qui a détourné l’eau de la population de Flint dans le Michigan (d’où Moore est originaire), une ville majoritairement pauvre et noire-américaine. On apprend que le détournement de l’eau à des fins économiques à eu pour effet de contaminer l’eau par le plomb (une substance qui reste à vie dans le corps), pour plus de 10 000 enfants, et tuant des dizaines de personnes. Ce scandale sanitaire venu d’un élu républicain sert de passerelle avec l’autre sujet fort du film, à savoir l’immense déception pour le camp démocrate. A commencer par le plus célèbre d’entre-eux : Barack Obama. En 2016, Obama s’était déplacé à Flint, qui portait beaucoup d’espoirs en lui. Au lieu d’apporter des réponses concrètes (l’envoi d’un contrôle sanitaire accru), Obama s’est contenté de faire de la com’ en trempant à peine ses lèvres dans l’eau pour faire voir que l’eau est propre à la consommation. Au lieu de les aider, Obama a envoyé l’armée à Flint afin de se servir de la ville comme d’un camp d’entraînement grandeur nature, sans prévenir la population. Cette immense déception envers Obama, a renforcé l’abstention et par ricochet, a permis l’élection de Trump.

Michael Moore illustre ce désarroi envers le camp démocrate, qui a les mêmes financiers que le camp républicain. Le cinéaste revient sur la mauvaise gestion de Bill Clinton, mais met le doigt sur la triche monumentale entourant la primaire démocrate. Alors que Bernie Sanders (challenger tenace, classé plus à gauche qu’Hillary Clinton) avait remporté les 55 comtés de la Virginie Occidentale, le représentant du comté annonce la victoire de Clinton dans une foule démocrate déboussolée sur le bafouillage incroyable de la démocratie. Qui là encore a renforcé l’abstention, et vous connaissez la suite. Selon Moore, l’espoir de l’anti-Trump ne vient pas (ou plus) du parti démocrate mais de la rue et des initiatives populaires. On y suit ce courage fou des survivants de la tuerie de Parkland en Floride, qui ont mené un combat pour faire barrage aux candidats soutenant le port d’armes. Les initiatives populaires, comme ce mouvement des femmes y compris d’origine étrangères, se présentant aux élections pour les mid-terms, qui auront lieu dans quelques jours.

Effrayant et précis, le documentaire nous entraîne dans sa dernière partie dans un exercice de comparaison -que l’on pourrait penser facile- mais qui est diablement efficace entre Hitler et Trump, comment les deux époques (celle des années 30, et aujourd’hui) se ressemblent entre une liberté de la presse de plus en plus obstruée, un individualisme plus fort, des intérêts capitalistes qui écrasent le peuple. Une réalité appuyée par des faits précis et irréfutables, qui appuient là où ça fait mal et réhabilite une réalité, loin des fake news distillées continuellement par…un certain Donald Trump.

 

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SCENARIO 88%
MISE EN SCENE 80%
INTERET DOCUMENTAIRE 90%
APPRECIATION GENERALE 86%
Vote final

Parfaitement construit et foisonnant d'informations, le nouveau film de Michael Moore "Fahrenheit 11/9" est un documentaire absolument passionnant sur les causes profondes de l'élection de Trump, aidé notamment par la corruption et l'inaction des élus démocrates. Richement documenté, le film nous éclaire sur des réalités passées sous silence (la contamination de l'eau dans le Michigan par un élu républicain à des fins financières et capitalistes), établit un parallèle glaçant et juste avec l'accession au pouvoir d'Hitler et des nazis utilisant les mêmes méthodes. A ne pas rater !

Note finale 86%