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Welcome to New York : notre avis


Devereaux est un homme puissant. Un homme qui manipule au quotidien des milliards de dollars. Un homme qui contrôle la destinée économique des nations. Un homme gouverné par un irrépressible et vorace appétit sexuel. Un homme qui rêve de sauver le monde et qui ne peut se sauver lui-même. Un homme terrifié. Un homme perdu.
Inspiré fortement de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, arrêté pour le viol présumé de Nafissatou Diallo en mai 2011.

  • Réalisateur(s): Abel Ferrara
  • Acteurs principaux: Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset, Drena De Niro
  • Date de sortie: 17/05/2014
  • Nationalité: Américaine
Toute ressemblance avec des faits réels n'est pas fortuite...

Toute ressemblance avec des faits réels n’est pas fortuite…

 

Boudé par les distributeurs de cinéma et les chaînes de télévision et sorti uniquement en VOD (Vidéo à la demande), Welcome to New York est depuis plusieurs mois affublé d’une réputation sulfureuse. Tout d’abord, la difficulté principale pour appréhender ce film concerne le rapport du film à l’histoire vraie. Car en effet, si le film s’inspire fortement des faits réels (à savoir l’affaire DSK) avec une certaine précision des détails de l’affaire, il se réclame d’une fiction.

A partir de là, à chaque phrase ou chaque action faite par Devereaux (Gérard Depardieu), on ne peut s’empêcher, de par les parts de mystères qui entoure l’affaire, de se demander si ces faits sont réels. Est-ce que DSK a réellement fait ceci? ou réellement dit cela?

La frontière entre fiction et faits réels est très mince, assez troublante tout au long du film, ce qui a pu déranger bon nombre de critiques presses et spectateurs (les premières critiques étant plutôt négatives). Selon moi, le film est un peu plus réussi sur plusieurs points qu’il n’a été dit.

Cependant, la première demie-heure est, disons-le, assez déroutante et déconcertante, et met en scène Devereaux en pleine partouze, en homme totalement obsédé par le sexe et l’argent. Tout le début du film démarre donc tout en lourdeur et dans l’excès. Le film opère ensuite une bascule, en même temps que le destin de Devereaux, lorsqu’a lieu la scène la plus attendue et la plus « fantasmée » du film : la scène de la rencontre et du supposé viol avec Nafissatou Diallo. SPOILER : Cette scène, soudaine, rapide et un peu violente, restitue la version de N.Diallo à l’action et au mot près, est-ce que ça s’est vraiment passé comme cela? On ne le saura sans doute jamais. En prenant appui sur sa version, Ferrara rend le personnage de Devereaux fortement antipathique. FIN DU SPOILER. 

Une mise en scène quasi documentaire...

Une mise en scène quasi documentaire…

Après cette scène dans la chambre 1806 (et non 2806 dans les faits réels), le film décolle et gagne en intérêt, qui se traduit par la traque puis l’arrestation de Devereaux. L’excès et la folie foutraque laisse place aux silences et à la procédure policière et judicaire froide et strict. Ferrara distingue d’ailleurs très bien ces deux moments par la couleur: couleurs chaudes au début, couleurs froides ensuite pour finir par le costume blanc de Devereaux, comme pour montrer une vie perdue et ruinée qu’il faut reconstruire. Ferrara restitue également cette brutalité et cette violence à la photographie et à la mise en scène quasi-documentaire (un visuel semblable à son précédent fil « 4h44, dernier jour sur Terre »).

Si Ferrara ne s’intéresse que très peu au procès de Deveraux, ni au personnage de la plaignante après son supposé viol, il saisit dans une deuxième partie, le face à face intense entre Devereaux et Simone (alias Anne Sinclair) dans un huis-clos « doré ». A noter la performance d’acteur de Gérard Depardieu, grande réussite du film qui livre ici une prestation sidérante. Il se transforme en être monstrueux, en poussant des grognements bestiaux absolument effrayants lors des scènes de sexe. Jacqueline Bisset est aussi impeccable dans ce rôle de la femme trompée et bafouée dans son honneur.

Welcome to New York n’est pas dénué de plusieurs défauts toutefois. Le rythme est parfois bancal, n’insistant pas sur certains points de l’affaire (les « mensonges » de N.Diallo, la théorie du complot oubliée) et des scènes qui ne servent à rien et qui cassent le rythme (la scène de l’agression sexuelle sur Tristane Banon, assez inutile ici). Le film aurait gagné aussi à être plus resserré, particulièrement au début du film, bien long.

 

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SCENARIO 62%
MISE EN SCENE 65%
JEU D'ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 61%
APPRECIATION GENERALE 66%
Vote final

Entre représentation fantasmée de l'affaire DSK et fiction sur la déchéance d'un homme puissant, "Welcome to New York" qui prend appui sur son ampleur médiatique, présente de nombreux défauts mais reste un film fascinant par brides lorsqu'il saisit les failles de ce personnage, joué par un Gérard Depardieu, au sommet.

Note finale 67%
Note des Lecteurs
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