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Vers la lumière : Eloge de la beauté intérieure


 Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescripteur de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.
  • Réalisateur(s): Naomi Kawase
  • Acteurs principaux: Masatoshi Nagase, Ayame Misaki, Tatsuya Fuji
  • Date de sortie: 10/01/2018
  • Nationalité: Japonaise

Grande habituée au Festival de Cannes, Naomi Kawase a vu plusieurs de ses films primés, comme « Suzaku » (Caméra d’or en 1997), « La forêt de Mogari » (Grand Prix en 2009), et « Les délices de Tokyo » qui a fait l’ouverture de la compétition Un certain regard en 2015. La cinéaste japonaise s’illustre particulièrement dans la mise en scène de « l’existence de l’invisible ». Dans « Vers la lumière », Kawase aborde un sujet hautement cinématographique, qui n’est pourtant que rarement abordé au cinéma, à savoir l’audiodescription. Elle déclare : « La perception et l’acuité visuelle, l’instant de la sensation, comprendre, décrire, retranscrire quelque chose qui affleure, tout cela est perceptible et devient matière d’échange lors des séances d’audio-description. Et, grâce au personnage du photographe, on aborde également la distance entre le photographe et son sujet, la relation de confiance qui s’établit entre eux et l’abandon. »

« Vers la lumière » suit donc Misako, une audio-descriptrice qui doit tenter de retranscrire aux personnes malvoyantes la bonne sensation voulue par le cinéaste. Pour l’aider dans l’accomplissement de son travail, Misako voit son travail jugé (assez sévèrement) par des personnes malvoyantes ou aveugles. C’est dans cette présentation qu’elle fait la rencontre de M.Nakamori, un photographe qui perd peu à peu la vue. Il va alors lui reprocher un manque d’imagination et un travestissement erroné des émotions du film. « Vers la lumière » est un vrai film poétique, comme un éloge de la lenteur au travers d’une poésie lumineuse et quasi-onirique. Entendons-nous bien : les films de Naomi Kawase sont difficiles d’accès au public, de par sa mise en scène très lumineuse et ses gros plans parfois assez déconcertants. « Vers la lumière » ne déroge pas à la règle, et le film adopte un rythme très lent, versant dans l’aspect contemplatif.

Néanmoins, malgré sa grande lenteur, « Vers la lumière » se révèle assez touchant dans le déploiement de ses émotions, et l’hommage rendu au cinéma par l’importance des mots. Le film est traversé par des séquences émouvante, porté par l’étincelante Ayame Misaki et la partition musicale sublime d’Ibrahim Maalouf. Le récit de cette histoire d’amour entre un photographe apprenant la sensibilité à une audio-descriptrice, cette dernière lui « prêtant » ses yeux est d’une grande sensibilité. Cette fresque humaniste est particulièrement réussie dans sa première partie, où l’on suit le travail de description de Misako et la difficile adaptation de la cécité pour M.Nakamori. La dernière demie-heure comporte un peu plus de longueurs, mais se rattrape par la photographie lumineuse impeccable et la mise en scène baignée dans la poésie de Naomi Kawase. Une belle romance atypique à découvrir en salles !

 

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SCENARIO 68%
MISE EN SCENE 80%
ACTEURS 78%
PHOTOGRAPHIE 81%
BANDE SON 76%
APPRECIATION GENERALE 72%
Vote final

Fresque poétique et contemplative, "Vers la lumière" est une romance d'une grande délicatesse autour du handicap physique et émotionnel. La mise en scène baignée de douceur de Naomi Kawase sert parfaitement cette histoire, portée par le talent d'Ayame Misaki et la bande-son d'Ibrahim Maalouf. Une jolie découverte.

Note finale 75%