Nos avis Ciné

Vendeur : Pas mal !


Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé. Quand Gérald vient lui demander un travail pour financer les travaux de son futur restaurant, Serge hésite puis accepte finalement de le faire embaucher comme vendeur. Contre toute attente, Gérald se découvre un don.

  • Réalisateur(s): Sylvain Desclous
  • Acteurs principaux: Pio Marmai, Gilbert Melki
  • Date de sortie: 04/05/2016 et disponible en dvd depuis le 07/09/2016
  • Nationalité: Française

593926

 

Après deux courts-métrages assez réussis « Le monde à l’envers » (2012) et « Mon héros » (2015) qui sont également présent dans l’édition dvd du film, Sylvain Desclous est passé pour la première fois à la réalisation d’un long-métrage. Avec « Vendeur », il explore le monde de la vente. Une idée qui lui est venue en regardant un reportage télé qui vantait la vie extra d’un vendeur, le futur réalisateur y a vu en dessous de la réussite professionnelle, une solitude exacerbée et une vie familiale complètement négligée. Pour l’écriture de son scénario, Sylvain Desclous a réalisé un vrai travail de recherche, en rencontrant des vendeurs et en assistant à des séances de coaching où on leur apprend à maximiser leur savoir-faire. Pour interpréter ce personnage de vendeur obsédé par son métier, le cinéaste a choisi le comédien Gilbert Melki (connu pour son rôle dans « La vérité si je mens »), un rôle qui convient parfaitement à cet acteur, qui a pioché dans ses souvenirs de jeunesse où il a été vendeur dans un magasin de vêtements lorsqu’il avait 18 ans.

« Vendeur » débute comme une réunion pour alcooliques anonymes, où un homme parle à d’autres personnes en cercle et leur déroule un monologue comme pour se débarrasser d’une addiction. En réalité, il s’agit d’un discours tout fait pour motiver les futurs vendeurs. Ainsi, dès la première minute, le métier de vendeur dévient indissociable de la notion d’addiction, dont le personnage de Serge (Gilbert Melki), vendeur de cuisines fait parti. Le film nous présente ensuite les retrouvailles entre Serge et son fils Gérald dans un restaurant, ce dernier demandant à son père de lui apprendre le métier de vendeur, après avoir perdu son emploi de restaurateur. Au départ hésitant, Serge accepte de former son fils en développant une théorie de vente bien rodée basée sur son inexpérience.

Rapidement, le film demeure assez fascinant dans cette description du métier, peut-être parfois caricatural (où Serge fréquente des prostituées). On pense parfois au film « Bouquet final » (2008) avec Didier Bourdon qui incarnait un vendeur dans les pompes funèbres et qui formait un jeune vendeur totalement déconnecté du milieu.

Ici, Gérald (incarné par l’excellent Pio Marmai) va peu à peu s’habituer aux techniques de vente décrites, quitte à dépasser les limites autorisées et délaissant peu à peu lui aussi sa compagne à mesure qu’il s’intègre à l’équipe de vendeurs. En parallèle, la maladie de Serge va le pousser à un retour aux sources et aux vraies valeurs, en opposition à la vente. Le film pose en question fondamentale : « Quel est le prix à payer pour atteindre la réussite professionnelle? » et Sylvain Desclous répond à cette question en insistant sur la solitude des individus, à l’intérieur même d’un métier nécessitant au contraire un goût pour le contact humain. Le cinéaste décortique ainsi des individus vide intérieurement, et travaillant dans des zones commerciales, des espaces montrés comme des lieux hostiles avec un côté science-fiction dans leur présence architecturales et dans ce qu’elles racontent. Contrairement à ce que son titre laisse penser, « Vendeur » n’est pas un film qui repose exclusivement sur la vente, mais pour la majeure partie sur cette relation entre un père et un fils qui n’arrivent pas à communiquer, et qui, par l’intermédiaire d’un métier si particulier et codé, vont réussir à renouer des liens. Le final parvient cependant à éviter habilement tout happy-end sans pour autant être malheureuse.


 

email
SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 79%
BANDE SON 68%
PHOTOGRAPHIE 78%
APPRECIATION GENERALE 76%
Vote final

Globalement réussi dans sa peinture du monde de la vente, « Vendeur » est un film à la fois édifiant dans ce qu'il raconte (la vente vue comme une addiction) et touchante (avec cette relation père/fils vue d'un point de vue original). La mise en scène assez noire sans être austère finit par convaincre et fait oublier les quelques longueurs.

Note finale 76%