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Une mère : Dans l’ombre de « Mommy » ?


Marie vit seule avec son fils de 16 ans. Elle se bat pour rester debout, pour le sortir des mauvais coups dans lesquels il s’enfonce. Trop usée et contrariée pour vivre sa vie de femme, Marie est coincée entre son ex toujours amoureux et son adolescent irrécupérable. Entre eux, les mots passent de plus en plus mal, l’amour s’exprime de moins en moins bien. La violence et le rejet envahissent tout. Il est mauvais fils, elle sera mauvaise mère. De là à penser qu’il n’y a pas d’amour…

  • Réalisateur(s): Christine Carrière
  • Acteurs principaux: Mathilde Seigner, Kacey Mottet Klein, Pierfrancesco Favino
  • Date de sortie: 24/06/2015
  • Nationalité: Française
Un film brut et sec sur l'amour maternel

Un film brut et sec sur l’amour maternel

 

Depuis le succès (et surtout la qualité) de « Mommy » de Xavier Dolan (mon film préféré de 2014 dont je vous invite à lire ou relire sur le site), la barre est placée très haute pour quiconque s’attaquerait au sujet de la relation mère/fils. D’autant qu’Emmanuelle Bercot et sa « Tête haute » est passé par là et a ré-exploité à Cannes en film d’ouverture, le filon à la sauce hexagonale. Même si ce film n’y pour rien (il était probablement en cours de tournage ou de montage au moment de la sortie de « Mommy »), il faut tâcher d’être un temps soit peu innovant et explorer les relations mère/fils sous un angle différent et original. C’est ce que tente de faire la réalisatrice Christine Carrière (réalisatrice de « Darling ») avec ce film. En l’occurence sur son point de départ, le personnage du turbulent Guillaume est vraiment un sale petit con, quasiment tout au long du film. Les lueurs d’espoir qui existent chez Dolan ou chez Bercot sont remplacées par le quotidien plombant de Marie, tyrannisée par son fils, auquel elle tente désespérément de plaire, et son ex-mari qu’elle tente de reconquérir.

Mathilde Seigner, que je n’apprécie pas tellement dans ses rôles (en particulier dans ses rôles comiques tels que dans « Bowling », « La liste de mes envies »,ou encore les deux « Camping ») est d‘une crédibilité rare et d’une profondeur assez incroyable. Kacey Mottet-Klein s’en tire très bien, même si là encore il a la malchance de passer après l’incroyable Antoine Olivier Pilon et Rod Paradot. Encore une fois, le duo Seigner/ Mottet-Klein fonctionne très bien, mais on ne peut s’empêcher de repenser au duo magique (et même au trio) de « Mommy ».

Violent et brutal dans les actions de rebéllion du fils envers sa mère, « Une mère » se révèle surtout accrocheur et touchant sur l’impuissance maternelle à gérer son fils, tout en jonglant avec sa vie privée. L’ensemble donne parfois quelques scènes comiques, mais le plus souvent reste  tout en tension sous-terraine. Dur et sec, le film l’est incontestablement, mais il dégage une énergie et un réalisme qui donne au film une direction légèrement différente à celle de « Mommy » et « La tête haute » qui se concentrait essentiellement sur la réinsertion. Par la suite, la relation amoureuse (seul point de repère positif dans le film) aboutira à un « accident », qui conduira Marie à mentir à son fils qui redistribuera les cartes de la culpabilité et qui renversera l’été de force du film. (Guillaume passant pour la première fois du film en état de faiblesse, comme pour démontrer que l’amour peut faire vaciller les plus endurcis.) Le film n’est pas dénué de défauts et maladresses, en particulier dans le montage beaucoup trop haché qui coupe des séquences entières assez intéressantes (la scène de boite de nuit, l’accident de voiture). Si l’on comprend bien que c’est certainement dû au faible budget du film (Mathilde Seigner a notamment accepté de baisser son cachet pour ce film), cela a tendance à enchaîner avec un peu trop rapidement les séquences, au lieu de se poser. Par ailleurs, le film laisse des pans entiers de conversation entre Marie et son ex-mari concernant le futur rêvé, qui sont assez longs et redondants. Malgré tout, cela n’enlève pas la qualité brut et directe d’un film qui se cherche et finit par se trouver.

POUR FINIR, LA BANDE-ANNONCE :

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SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 74%
ACTEURS 78%
BANDE SON 75%
PHOTOGRAPHIE 80%
APPRECIATION GENERALE 75%
Vote final

Si la comparaison (inévitable) avec "Mommy" ne joue pas en faveur d' "Une mère", il n'en demeure pas moins un film brut assez bon et accrocheur qui aborde le point de vue d'une mère désespérée avec force et attachement. L'occasion pour Mathilde Seigner de signer son meilleur rôle...

Note finale 76%