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Une femme fantastique : Un portrait du féminin transgenre intense !


Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s’aiment loin des regards et se projettent vers l’avenir.
Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d’Orlando : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : une femme forte, courageuse, digne … une femme fantastique !

  • Réalisateur(s): Sebastian Lelio
  • Acteurs principaux: Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco
  • Date de sortie: 12/07/2017
  • Nationalité: Chilienne

Auteur de « Gloria » en 2014, Sebastian Lelio aborde dans « Une femme fantastique » deux thèmes forts et entremêlés : le deuil et la vie d’une femme transgenre. Le cinéaste a eu l’idée de départ en se posant la question suivante : « Que se passe t-il quand on meurt dans les bras de la mauvaise personne ? ». Sebastian Lelio a eu la judicieuse idée de faire appel à une actrice transgenre : Daniela Vega, un choix important et fort, comme il l’explique : « Pour moi, cela aurait été une aberration, un anachronisme esthétique dans une époque où l’on voit émerger un nouveau paysage des genres. Faire l’inverse m’aurait rappelé les débuts du cinéma, quand les noirs avaient l’interdiction de jouer dans des films et les comédiens blancs se mettaient en scènes, grimés en noirs. Tourner mon film sans un vrai personnage trans aurait été aussi brutal. » Si la télévision constitue une caisse de résonance importante pour la cause trans, par le biais de la série « Transcendant » ou « Louis(e) » chez nous, le cinéma a encore du mal à mettre en lumière des personnages principaux trans, à deux ou trois exceptions près (« Laurence anyways » de Xavier Dolan, « Les nuits d’été » entre autres).

« Une femme fantastique » vient corriger cette carence, sans jamais verser dans la caricature. On suit Marina et Orlando, un couple avec une différence d’âge de 20 ans qui s’aiment passionnément. Jusqu’à ce qu’Orlando meurt subitement d’une rupture d’anévrisme. C’est alors le début d’un difficile combat pour Marina pour faire reconnaître son statut de femme alors que ses papiers la mentionnent encore au sexe masculin et d’épouse endeuillée, rejetée par sa belle-famille. Récompensé par l’Ours d’argent du meilleur scénario et le Teddy award à la dernière Berlinade, « Une femme fantastique » est un film multi-genres, qui ne s’enracine jamais là on le pense. C’est avant tout une fascinante et profonde histoire d’amour, non-conventionnelle mais véritablement universelle qui nous est proposée. Cependant, le mélo du départ se fond avec un thriller explorant les failles béantes de la démocratie chilienne, 25 ans après la fin de la dictature de Pinochet nous donnant à voir des situations presque kafkaiennes. Le drame familial et humain n’est jamais loin avec le rejet (voire la violence) de la part de la belle-famille, refusant que Marina assiste aux funérailles de son compagnon.

Sans être un film militant pour la cause trans, « Une femme fantastique » est une sublimation du féminin sans clichés ni facilités scénaristiques. Ce portrait de femme, incarné à la perfection par Daniela Vega, est inoubliable dans sa douceur et sa ténacité, sans (presque) jamais verser une larme. Dans sa mise en scène, Sebastian Lelio illustre son propos touchant par l’importance de la lumière, devenant comme un reflet des émotions intérieures des personnages. Le jeu de miroirs (déformants, miniaturisés ou grossis) vient souligner la difficile quête de reconnaissance de cette femme pas comme les autres qui n’aspire qu’à vivre comme les autres. Ce n’est pas pour autant un film militant, Lelio (qui s’affirme comme un homme blanc et hétérosexuel) laisse la libre interprétation aux spectateurs, et apprécie que son film soit récupéré par les associations LGBT comme une œuvre de référence. On pourrait seulement reprocher au film des sous-intrigues qui mènent parfois à rien, et un rythme un peu lent et lancinant qui peut parfois endormir.

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SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 85%
PHOTOGRAPHIE 81%
BANDE SON 73%
APPRECIATION GENERALE 72%
Vote final

Finalement, « Une femme fantastique » est un portrait de femme endeuillée intense sous influences « almodovariennes » et « lynchiennes ». L'actrice trans Daniela Vega crève l'écran par son regard profond suscitant une empathie non feinte. Sebastian Lelio tire un film profond et universel sublimé par une mise en scène épatante et somptueuse. Une belle découverte à voir cet été, pour se changer des sempiternels blockbusters.

Note finale 78%