Nos avis Ciné

Une famille à louer : Une comédie universelle et intemporelle


Vu en avant-première au Festival du film de Beauvais.

Paul-André est un homme timide et plutôt introverti. Riche mais seul, il s’ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c’est d’une famille. Violette, jeune femme pleine de peps, est menacée d’expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Paul-André lui propose alors de louer sa famille, en tout bien tout honneur, contre le remboursement de ses dettes, pour qu’il puisse enfin goûter, à l’essai, aux joies de la vie familiale ! Pour le meilleur et pour le pire…

  • Réalisateur(s): Jean-Pierre Améris
  • Acteurs principaux: Benoit Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel
  • Date de sortie: 08/07/2015
  • Nationalité: Française
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A l’occasion du 25ème Festival du film de Beauvais, j’ai pu assister à une rencontre avec le cinéaste Jean-Pierre Améris, suivi par la toute première projection « mondiale » et inédite de son tout nouveau film « Une famille à louer » qui sortira cet été (le 8 juillet prochain). Cette longue rencontre a d’abord débuté par une petite rétrospective en images de sa carrière composée d’une dizaine de films, parmi lesquels le touchant « C’est la vie » avec Jacques Dutronc (2005), le très beau « Les émotifs anonymes » (2010), mais aussi « L’homme qui rit » (2012) et le tout récent « Marie Heurtin » (2014). A chaque fois, Jean-Pierre Améris creuse le sillon d’un cinéma qui distille une émotion non feinte mais au contraire sincère. Qu’il traite d’un adulte incompris ou malade, d’un ado en pertes de repères, d’un handicapé, ou d’un hyper émotif, Améris capte la société, à travers le portrait d’êtres différents ou rejetés par la société, tout en demeurant des films marqués du sceau d’une certaine universalité et intemporalité, ce qu’il revendique d’ailleurs. L’autre particularité du cinéaste est qu’il s’inspire fortement de sa vie, lui qui se définit comme quelqu’un de solitaire, émotif, et à l’étonnement général de la salle, il confesse ne pas aimer…le beau temps! Son cinéma reflète en réalité ce qu’il est, et ses personnages seraient à chaque fois comme des ersatz de lui-même.

A l’instar des « Emotifs anonymes », son nouveau film « Une famille à louer » s’apparente à une comédie romantique classique, avec une opposition entre deux personnages aux univers opposés. Mais « l’innovation » qu’apporte ce film, c’est qu’il ne confronte pas deux êtres, mais un homme seul d’un côté, avec un bloc, l’entité que constitue une famille monoparentale. Les deux enfants du personnage de Violette ont un rôle à jouer et ils le jouent très bien d’ailleurs.

Les premières minutes donnent le ton, avec un mise en scène qui appuie le contraste entre l’immense « bunker » de Paul-André, où tout est à sa place, et la maison bordélique de Violette. Là où Paul-André apparaît pour la première fois immobile, et on suit le mouvement de son intendant lui apportant une verre d’eau (tout ce qu’il y’a de plus triste) et des médicaments, dans la séquence suivante, Violette est le mouvement exacerbé, dans sa maison de banlieue où rien ne tient en place (le running-gag du frigo qui s’ouvre tout seul). Passé la relative invraisemblance de leur rencontre (Paul-André voit Violette à la télé, alors qu’elle vient d’être condamnée à payer ses dettes,et fait un discours larmoyant et peu crédible sur la famille), le film se révèle par la suite et très rapidement, extrêmement attachant, drôle et subtil. Le marché conclu entre les deux adultes (qui doivent former un couple pendant 3 mois, dans un sorte de deal affectif, tout en excluant rapidement la question sexuelle) a l’intelligence de se faire dans le dos des enfants, et prend donc à contre-pied le ressort habituel de la comédie familiale, où le secret est plus généralement de la part des enfants envers les enfants, que l’inverse).

Le point de vue que dégage Améris est nous immerger dans un rapport actuel de l’influence et l’importance de la famille dans nos vies personnelles. Pas (ou peu) de famille est négatif et entraîne des êtres solitaires. A contrario, « trop » de famille (avec ses pique-nique hebdomadaires) porte à l’excès et crée des déceptions si l’un des membres s’en éloigne d’un pouce. En clair, son message est de trouver le bon dosage entre une famille trop encombrante et une famille trop détachée (sans être un film à charges contre la famille). Une comédie familiale qui parle de la famille de manière constructive et intelligente, c’est suffisamment rare pour être signalé.

Jean-Pierre Améris interrogé par des lycéens

Jean-Pierre Améris interrogé par des lycéens

Là où le film se subjugue, c’est grâce à son superbe duo belge Benoit Poelvoorde/Virginie Efira (dont je regrette vraiment leurs absences ce soir là). Un duo parfaitement complémentaire dans leur rapport physique et leur jeu d’acteur, où ils dégagent deux énergies différentes qui se complètent. Les personnages secondaires ne sont pas en reste (entre les enfants, l’intendant pince-sans rire (François Morel) ou encore la mère castratrice horrible (Edith Scob)). Après une première partie très comique (où l’on rit énormément), le film change de braquet aux 2/3 du film pour devenir une chronique, plus tendre et émouvante, tout en conservant certaines scènes hilarantes qui surgissent à l’intérieur de scènes plus dramatiques. Comment ne pas rire dans la scène du restaurant, ou celle de la rencontre entre la mère de Paul-André et sa bru. Finalement, à l’instar de la fin du film, »Une famille à louer » traite aussi bien de comédie dans le drame, où de drame dans la comédie, mais demeure une comédie familiale parfaite pour l’été. Faites-moi confiance, ce film est comme un petit bonbon acidulé, rafraîchissant et doux, et restera comme une comédie qui dit des choses. Ce n’est pas si souvent que ça arrive ! Le film a été suivi d’un très long entretien passionnant avec le réalisateur sur plusieurs détails du film, dont il serait trop long d’en faire le résumé (et qui gacherait le suspense pour vous futur spectateur de ce film que je vous conseille grandement.)

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SCENARIO 87%
MISE EN SCENE 88%
ACTEURS 92%
HUMOUR 93%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Vu en avant-première au Festival du film de Beauvais, "Une famille à louer" est une chronique familiale réussie. Extrêmement drôle et se jouant de la rencontre de deux univers, le film est l'exemple même d'une comédie familiale qui traite de la famille avec sincérité, et sans tomber dans les clichés de la comédie romantique classique. Porté par un duo belge irrésistible en parfaite symbiose (Poelvoorde/Efira) et par une mise en scène, plus intelligente qu'elle n'en a l'air, "Une famille à louer" a tout pour être la bonne surprise de l'été !

Note finale 88%