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Un petit boulot : Surprenante comédie noire


Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L’usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers…

  • Réalisateur(s): Pascal Chaumeil
  • Acteurs principaux: Michel Blanc, Romain Duris, Alice Belaidi, Alex Lutz
  • Date de sortie: 31/08/2016
  • Nationalité: Française

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Après avoir réalisé « L’arnacoeur » (en 2010) puis « Un plan parfait » (2012), on retrouve Pascal Chaumeil pour ce qui demeurera comme son dernier film. Le cinéaste est, en effet, décédé des suites d’un cancer en août 2015, juste après avoir terminé ce film. Adapté d’un roman de Iain Levinson, « Un petit boulot » a été écrit par Michel Blanc, qui joue aussi dans le film. Le cinéaste avait déclaré au sujet du roman, qu’il a lu dès sa sortie en 2004 : « Il avait les qualités idéales pour être adapté : j’aimais son côté noir, son humour dévastateur, l’aspect totalement imprévisible du récit et son suspense implacable ; j’aimais ses personnages attachants et ancrés dans une profonde réalité sociale ; et j’étais très sensible au commentaire de Iain Levison sur les ravages du capitalisme sauvage (dont la justesse demeure frappante dix ans plus tard). Tout cela étant dépourvu de cynisme et avec un happy end irrévérencieux en forme d’hymne à l’amour, à l’amitié et à la solidarité. »

Inspiré du cinéma des frères Coen pour ce goût de l’absurde, « Un petit boulot » se présente comme une comédie à l’humour noir. Un style comique assez peu représenté dans le cinéma hexagonal, hormis sans doute le cinéma d’Albert Dupontel (avec « Le vilain » en 2009, et « 9 mois ferme » en 2013). On y suit donc Jacques, jeune chômeur cherchant désespérément du boulot, jusqu’à ce qu’un riche mafieux local nommé Gardot, lui propose de tuer sa femme. Réticent par le côté immoral de la proposition, mais finalement attiré par les 20 000 euros, Jacques accepte signant le début d’un engrenage fou. De fil en aiguille, cette activité permettant de gagner de l’argent rapidement va pousser Jacques à poursuivre en éxécutant d’autres personnes. Rempli de dialogues ciselés et hilarants, « Un petit boulot » mérite d’être vu pour son duo convaincant entre deux acteurs Romain Duris et Michel Blanc, tenant parfaitement leurs partitions. Tout en déployant une certaine humanité dans la mise en place des personnages, Pascal Chaumeil dépeint un paysage social sombre où le chômage force les gens à accepter tout type de job, même les plus atypiques.

« Un petit boulot » se définirait plutôt comme une comédie noire où la première demie-heure délivre de très bons moments humoristiques, avec cette opposition caustique entre le jeune « tueur à gages » et le mafieux du coin. Le film parvient aussi à faire de la place à ses seconds rôles, avec notamment Gustave Kervern (dans le rôle d’un ami de Jacques travaillant dans une station-service) ou encore l’excellent Alex Lutz, incarnant un inspecteur zélé de cette même station-service. Malheureusement, le film accuse des baisses de rythme et n’arrive pas toujours à maîtriser le mélange des genres, entre le thriller et la comédie ne parvenant pas toujours à fusionner. On appréciera les rebondissements de l’intrigue assez savoureux, mais surtout cet attachement des personnages. Jouant constamment sur le décalage, « Un petit boulot » prend des risques, ce qui est louable dans la comédie française, parfois trop attendu et formaté. Tous les risques ne s’avèrent pas payants, mais le film fera passer au spectateur un bon moment.

 

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SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 73%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 71%
HUMOUR 74%
APPRECIATION GENERALE 76%
Vote final

Au final, « Un petit boulot » (le dernier film du regretté Pascal Chaumeil) est une comédie grinçante et noire assez plaisante et réussite. Même si le mélange des genres n'est pas toujours opérationnel, l'ensemble dénote et surprend. Et malgré les défauts de rythme et les quelques facilités, lorsqu'un film prend des risques, on ne s'en plaindra pas.

Note finale 75%