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Un homme pressé : Un grand Luchini !


 Alain est un homme d’affaires respecté et un orateur brillant. Il court après le temps. Dans sa vie, il n’y a aucune place pour les loisirs ou la famille. Un jour, il est victime d’un accident cérébral qui le stoppe dans sa course et entraîne chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. À force de travail et de patience, Jeanne et Alain vont apprendre à se connaître et chacun, à sa manière, va enfin tenter de se reconstruire et prendre le temps de vivre.
  • Réalisateur(s): Hervé Mimran
  • Acteurs principaux: Fabrice Luchini, Leila Bekhti, Rebecca Marder
  • Date de sortie: 07/11/2018
  • Nationalité: Française

Après avoir signé un énorme succès avec « Tout ce qu’il brille » (et enchaîné avec « Nous York »), Hervé Mimran retrouve Leila Bekhti, qu’il retrouve une troisième fois. Avec « Un homme pressé », Mimran adapte le roman, lui même inspiré d’une histoire vraie. Celle de Christian Streiff, puissant patron de Peugeot Citroën, qui, en 2008, fut terrassé par un AVC. Le livre qu’il a lui-même écrit dépeint son combat pendant trois ans pour se libérer de son handicap, et notamment de sa mémoire défectueuse. Sur un film qui traite du langage et de la parole, qui de mieux pour incarner le personnage principal que Fabrice Luchini, connu pour sa verve et son langage fleuri.

Au lieu d’adapter méticuleusement le récit d’un homme puissant touché par un AVC de manière dramatique, Mimran opte pour la comédie pour dédramatiser la situation. Plus drôle que « Patients » ou la série « Les bracelets rouges », « Un homme pressé » est une étude méthodique sur la perte du langage, et sur la difficulté de vivre sans celui ci. Et pourtant, le personnage principal, joué par Fabrice Luchini, est au départ imbuvable. Il ne dit bonjour à personne, n’éprouve aucune empathie envers ses collègues, mise tout sur le profit et ne vit que par le travail. Après quelques alertes, Alain est victime d’un AVC sur son lieu de travail. Il perd la mémoire et son langage est « déformé ». En faisant équipe avec Jeanne (Leila Bekhti) une orthophoniste patiente et optimiste, Alain va devoir se réapproprier sa parole, en remettant les mots dans le bon sens.

En se déportant du drame de la situation initiale vers la comédie, « Un homme pressé » exploite à la perfection le talent comique de Fabrice Luchini. La bonne idée du film est de modeler l’acteur, connu pour son talent oratoire, et de jouer sur les subtilités des mots (qui changent complètement de sens pour une lettre changeante). Le film interroge sur la manière dont le handicap et la maladie sont un frein professionnel, en particulier pour ce patron d’une enseigne automobile, qui doit préparer un discours d’envergure. On passera les quelques facilités dans le scénario ou encore la mise en scène qui ne révolutionnera pas la comédie, mais le film s’apprécie par ses nombreux quiproquos et déformations verbales (le « bonjour » est remplacé dans la bouche de Luchini par un « au revoir » et vice versa). D’une certaine façon, on pourrait raccorder ce film du « Brio » dans l’utilisation de la parole. Sublimée dans le film d’Yvan Attal qui lui rendait ses lettres de noblesse, elle est fragmentée, fragilisée et déformée dans ce film de Mimran, mais nous fait ressortir au final sa beauté et son espièglerie.

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SCENARIO 71%
MISE EN SCENE 69%
ACTEURS 84%
PHOTOGRAPHIE 73%
HUMOUR 76%
APPRECIATION GENERALE 70%
Vote final

Pétri de bons sentiments, "Un homme pressé" traite du handicap lié à un AVC avec humour et dérision. Le cinéaste Hervé Mimran (à qui l'on doit "Tout ce qui brille") offre à Fabrice Luchini un grand numéro oratoire comique, tout en exploitant la malice et la richesse verbale de la langue française.

Note finale 73%