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Tunnel : La nouvelle pépite du cinéma coréen !


Alors qu’il rentre retrouver sa famille, un homme est accidentellement enseveli sous un tunnel, au volant de sa voiture. Pendant qu’une opération de sauvetage d’envergure nationale se met en place pour l’en sortir, scrutée et commentée par les médias, les politiques et les citoyens, l’homme joue sa survie avec les maigres moyens à sa disposition. Combien de temps tiendra-t-il ?

 

  • Réalisateur(s): Kim Seong-hun
  • Acteurs principaux: Ha Jung-Woo, Doona Bae, Sai-Su Oh
  • Date de sortie: 03/05/2017
  • Nationalité: Sud-coréenne

Il y’a quelques mois sortait « Dernier train pour Busan » (classé 3ème de mes meilleurs films de 2016), un film coréen absolument bluffant et virevoltant, révélant cette cinématographie aux yeux du monde entier. Avec 7 millions d’entrées enregistrées, « Tunnel » a connu un énorme succès en Corée se plaçant juste derrière le désormais culte film de zombies. De nombreux films hollywoodiens comme « Daylight » se situaient dans un tunnel, avec une approche divertissante mais oubliant l’humain. Kim Seong-Hun avait une approche différente en voulant s’intéresser à « une personne ordinaire, n’ayant commis aucune faute, qui se retrouve prise au piège d’une catastrophe provoquée par des erreurs de la société. Un film est un film, la réalité est la réalité, mais de nos jours de nombreux incidents ressemblent davantage à des films qu’à la réalité. ». Cet entrecroisement de la réalité et de la fiction, Kim Seong-hun l’a puisé aussi bien dans des faits divers comme le naufrage du Ferry Sewol (172 survivants, 304 morts), que d’un roman écrit par So Jae-won, que le réalisateur adapte.

« Tunnel » rentre directement dans le sujet. Vendeur concessionnaire, un homme emprunte un tunnel pour rentrer chez lui et fêter l’anniversaire de sa fille. En pleine traversée du tunnel, celui ci s’écroule, l’enfermant dans sa voiture, avec comme seules aides : un téléphone portable, un gâteau d’anniversaire et deux petites bouteilles d’eau de 50cl. « Tunnel » prend le contrepied scénaristique de « Dernier train pour Busan ». Ici, nous ne sommes plus dans une course effrénée sans cesse en mouvement, même à l’intérieur du cadre clos du train, mais on se retrouve enfermé dans un tunnel, totalement tétanisé par le lieu qui immobilise et restreint grandement le moindre déplacement du personnage. A la manière de « 127 heures », où l’on suivait un randonneur de l’extrême pris au piège par un énorme rocher, « Tunnel » se veut un thriller oppression, où l’on ressent physiquement l’enfermement du personnage. On découvrira comment Jung-soo devra se rationner, d’autant qu’il n’est finalement pas seul dans ce tunnel, compliquant la gestion de l’eau et de l’espace. Parallèlement, se déroule une mission de sauvetage brinquebalante, où les services de sécurité semblent vite dépassés devant la complexité du lieu, la horde de journalistes et devant gérer l’autorité du Premier Ministre.

Si « Tunnel » reste un divertissement haut de gamme, le film est pétri de nuances et se révèle être un hybride entre un film catastrophe, un survival et un conte social. Doté d’un ton acerbe, « Tunnel » est à la fois un huis clos prenant qu’une satire sociale où la récupération politique, la critique subtile du capitalisme, les erreurs des sauveteurs et le cynisme des médias sont pointés du doigt. Le film est traversé par des séquences d’action époustouflantes, comme l’écroulement d’une partie du tunnel sur les sauveteurs tentant de fuir en marche arrière, comme pour mieux prendre de revers la fuite « traditionnelle » vers l’avant. Mais le film se révèle également passionnant dans l’introspection d’un pays croulant sous son incompétence à protéger ses concitoyens. La question centrale du film : « Est-ce que ça vaut le coup de déployer autant de moyens financiers pour sauver une seule personne ? » reflète parfaitement l’état de nos sociétés individualistes, avec une cruauté exposée aux yeux de tous. Tenu par un scénario rythmé, le film est une réussite technique également, dans cette sensation d’étouffement et d’oppression physique qui confine à une claustrophobie évidente. Participant d’un phénomène de cathartisme parfaite, on se contorsionne en même temps que le personnage, ce qui prouve un véritable tour de force.

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SCENARIO 85%
MISE EN SCENE 91%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 92%
BANDE SON 87%
APPRECIATION GENERALE 89%
Vote final

Après la claque « Dernier train pour Busan », le cinéma coréen frappe encore très fort ! Avec « Tunnel », Kim Seong-hun signe à la fois un film catastrophe efficace et rythmé mais aussi une satire sociale brillante et piquante envers les médias, l'argent et la politique.

Note finale 87%