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Tully : Un portrait intimiste tragi-comique


Marlo, la petite quarantaine, vient d’avoir son troisième enfant. Entre son corps malmené par les grossesses qu’elle ne reconnaît plus, les nuits sans sommeil, les repas à préparer, les lessives incessantes et ses deux aînés qui ne lui laissent aucun répit, elle est au bout du rouleau.
Un soir, son frère lui propose de lui offrir, comme cadeau de naissance, une nounou de nuit. D’abord réticente, elle finit par accepter. Du jour au lendemain, sa vie va changer avec l’arrivée de Tully… 
  • Réalisateur(s): Jason Reitman
  • Acteurs principaux: Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston
  • Date de sortie: 27/06/2018
  • Nationalité: Américaine

Au fil de sa filmographie, Jason Reitman est rapidement devenu un cinéaste américain indépendant incontournable. Après « Thank you for smoking » (en 2005), il a connu un succès considérable avec « Juno » qui racontait la grossesse inattendue d’une adolescente de 16 ans. Un film qui permis à Ellen Page d’accéder à la célébrité et à Jason Reitman de recevoir l’Oscar du meilleur scénario. Par la suite, Reitman a enchaîné les films traitant tous de sujets intimistes, avec pour thématiques centrales, la transition entre deux âges : l’adolescence et l’âge adulte ou comme dans « Tully », le passage de la vingtaine à la trentaine. « Men, women and children » (film sous-estimé à mes yeux) brossait le portrait d’adolescents et de leur nouveau rapport au monde, et « In the air » avec George Clooney était une comédie romantique légère et agréable.

Pour « Tully », Jason Reitman retrouve Charlize Theron, les deux comparses ayant déjà travaillés ensemble pour « The young adult » (2012), un drame en forme d’introspection sur sa jeunesse perdue. Pour incarner cette femme enceinte jusqu’au cou, Charlize Theron a dû prendre 18 kilos, une métamorphose qui lui avait déjà porté chance dans « Monster » (2003) où elle avait obtenu l’Oscar de la meilleure actrice. Dans « Tully », on suit donc Marlo, enceinte de son troisième enfant, et qui doit accoucher dans quelques jours. Son mari quasi-absent (travaille le jour, joue aux jeux vidéos la nuit), elle doit gérer toute seule ses deux autres enfants, dont un jeune fils colérique si on modifie ses habitudes, et que l’on doit brosser tous les jours. Son accouchement passé, elle n’arrive plus à gérer la surcharge de travail que représente la gestion d’un troisième enfant. Sur les conseils de son frère soit disant parfait, elle va faire appel à Tully, une nounou de nuit. Sa vie va changer considérablement.

Ceux qui s’attendent à une énième comédie américaine centrée sur les joies de la grossesse passeront leur chemin. « Tully » a davantage pour ambition de nous montrer les coulisses d’une grossesse, et la déprime post-natale qui l’accompagne. Plus sombre qu’il n’y paraît, ce film trouve son point d’équilibre dans ses dialogues désopilants et qui visent juste et qui nous raconte la difficulté de porter seule sa famille, entre les repas, l’allaitement, les soucis scolaires avec Jonah, son fils à problèmes. Dans ce portrait intimiste, Charlize Theron nous dévoile encore l’étendue de ses talents dans un rôle de composition taillé sur mesure ! La seconde partie du film coïncidant avec l’arrivée de cette nounou devenant son « ange gardien » est la bouée de sauvetage que Marlo n’attendait plus ! A la fois doux et piquant, cette comédie dramatique est une exploration des coulisses de la grossesse juste et une réflexion sur le temps qui passe, où cette relation de confiance entre Tully et Marlo sert à créer une introspection entre la vingtaine (et la liberté qui l’accompagne) et la trentaine (et le rôle de mère qui l’enferme). Un portrait de femmes qui déjoue les apparences et donne au film un réel intérêt.

 

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SCENARIO 75%
MISE EN SCENE 68%
ACTEURS 84%
PHOTOGRAPHIE 76%
BANDE SON 81%
APPRECIATION GENERALE 77%
Vote final

Porté par une Charlize Theron magnifique et déprimée, "Tully" est une comédie dramatique grinçante sur les coulisses d'une grossesse, et les névroses qui l'accompagne. Le film nous interroge sur le temps qui passe et la solidité du couple, avec une justesse impressionnante et un humour dans les dialogues salvateur.

Note finale 76%