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The lobster : En demi-teinte


Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

  • Réalisateur(s): Yorgos Lanthimos
  • Acteurs principaux: Colin Farrell, Rachel Weisz, Olivia Colman
  • Date de sortie: 28/10/2015
  • Nationalité: Grec, britannique, néérlandais, irlandais, français
Un film curieux en demi-teinte...

Un film curieux en demi-teinte…

Vu en avant-première à l’occasion d’une invitation à une journée de prévisionnement le 10 Septembre dernier.

En 2009, « Canine » avait lancé la carrière internationale de Yorgos Lanthimos. Un huis clos si particulier et différent qui a suscité à la fois une polémique monstre à Cannes en 2009 et en même temps, pour l’avoir vu, est un film qui remue véritablement dans ses exécutions d’animaux très sommaires et dans sa manière de déranger constamment le spectateur. Le cinéaste grec a donc récidivé avec « The lobster » (qui a décroché le Prix du Jury à Cannes), et ce dès la séquence d’ouverture, violente et brutale (une femme descend d’une voiture et abat froidement un pauvre âne!). Le film d’une grande froideur part d’un point de départ à la fois futuriste et loufoque tout en parlant de la vie amoureuse propre à chaque individu. L’oeuvre traite avant tout d’une société totalitaire où chacun doit trouver l’amour de sa vie en un temps donné. Sinon, il se transformera en l’animal de son choix. Après avoir choisi le homard (d’où le titre), on suit le personnage de David, dans ce huis clos étouffant qui donne au film une teneur passionnante. Dans cette première partie, « The lobster » aligne les bonnes idées, le tout concentré dans son propre monde. Rien ne leur sera épargné, il est notamment interdit à chacun de se masturber sous peine de voir sa main finir dans le grille-pain, et chaque homme est excité quotidiennement d’une manière assez loufoque, pour vérifier le degré d’excitation, afin de motiver chacun de trouver son partenaire.

Film complexe aux différents degrés de lecture, « The lobster » se voit comme un film politique (par l’asservissement des individus par la société) et fantastique. Le film est réellement prenant sur cette première partie où l’on se demande si David va réussir à trouver chaussure à son pied avant sa date fatidique des 15 jours…Il l’est malheureusement beaucoup moins lorsque les personnages s’enfuient en forêt, et à ce moment là, Lanthimos s’égare complètement dans les bois, en voulant repousser encore plus loin les barrières de son cinéma malsain et troublant. Résolument pessimiste, voire « incompréhensible » comme le définissait Thierry Frémaud lors de sa sélection à Cannes, « The lobster » a le mérite (à l’instar de « Canine ») de ne pas laisser indifférent. Porté par une mise en scène qui se joue de cette abolition des frontières entre « Nature » et « Culture », « Individu » et « Animal », le tout laissant l’obscur s’imprégner des plans naturels, le film reste malgré tout une demie-déception, à cause de ce glissement vers un espace très ouvert, là où le huis clos s’intéressait de manière beaucoup plus intense, qui oublie le spectateur en cours de route, auquel le thème musical redondant participe à cette perdition.

EXTRAIT « Un homard »

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SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 72%
ACTEURS 64%
BANDE SON 58%
PHOTOGRAPHIE 71%
APPRECIATION GENERALE 63%
Vote final

Malsain et troublant, "The lobster" déploie une première partie en huis clos convaincante et passionnante sur l'asservissement des individus par la société et sur la suppression de tout sentiment. Dommage que Lanthimos ouvre son film à l'extérieur et s'enfonce dans les bois dans la seconde partie, rendant le film insipide et beaucoup moins bon....

Note finale 67%