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The florida project : Une immersion désenchantée déchirante


Moonee a 6 ans et un sacré caractère.
Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents.
Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère.
En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien… 
  • Réalisateur(s): Sean Baker
  • Acteurs principaux: Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe
  • Date de sortie: 20/12/2017
  • Nationalité: Américaine

Il y’a deux ans, Sean Baker nous avait éblouis de son talent avec « Tangerine », un drame centré sur les déambulations d’une prostituée à Los Angeles. Ce film avait permis au cinéaste de décrocher le Prix du Jury à Deauville en 2015. Nommé à une seule reprise aux prochains Oscars (pour la performance de Willem Dafoe dans un second rôle), « The florida project » est le nouveau film d’un cinéaste à suivre de très près dans les années à venir.  Le film pose son cadre dans un lieu très particulier : l’autoroute 192, également surnommée Irlo Bronson Memorial Highway, qui est l’un des principaux axes menant à Disney World. Le producteur Chris Bergoch se souvient : « C’était en 2011. Je me rendais au parc Epcot quand j’en ai parlé à Sean…je lui ai parlé de ces enfants que je voyais jouer sur le bas-côté de cette autoroute très fréquentée, à quelques minutes des parcs à thème. Impossible de chasser cette image de ma tête…A chaque fois que je revenais à Orlando, je passais devant ces motels et je repensais constamment à ce projet. La situation n’a fait que s’aggraver et, parallèlement, mon obsession pour cette histoire et ce contexte n’a fait que croître. »

Comme pour « Tangerine », Sean Baker a fait, de nouveau, appel à des acteurs inconnus, à l’exception notable de Willem Defoe, dans le rôle d’un gardien bienveillant et protecteur de ces blocs de motels abandonnés. On y suit la petite Moonee, fillette débrouillarde et vulgaire, qui fait les quatre-cent-coups avec ses deux amis du quartier. Sean Baker nous présente un monde périphérique, où vivent des familles d’une grande pauvreté dans des motels vétustes. La mère de Moonee vit de petits larcins, en volant et revendant avec sa fille des bouteilles de parfum et toutes sortes d’objets aux touristes égarés de Disneyworld, tout proche. Filmé à hauteur d’enfant, « The florida project » est un drame humaniste, qui suit avec malice Moonie dans toutes ses bêtises. Mais ne vous y trompez pas, ce nouveau film de Sean Baker se révèle extrêmement sombre dans son récit, nous emmenant dans les dédales de la marginalité et l’envers du décor de cette pauvreté toute proche du monde merveilleux de Disney.

Cette obscurité du récit s’entrechoque avec la luminosité presque onirique de la photographie magnifique du film. Sean Baker s’amuse à fureter dans ces motels aux couleurs flashy pour aborder les laissés pour compte de l’Amérique. Si le film traîne parfois en longueurs quelquefois, « The florida project » est un vrai film de personnages. Même si certains d’entre eux (la mère de Moonie) sont insupportables, on s’attache à leur situation. Au milieu de ces âmes perdues errant dans ce lieu « hors du monde », Willem Defoe apparaît comme le pilier et le père protecteur de ce motel. Le scénario audacieux touche autant qu’il nous fait rire. En témoigne le final déchirant, où la fuite vers un monde meilleur est la seule option possible.

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 85%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 86%
BANDE SON 76%
APPRECIATION GENERALE 77%
Vote final

Après l'étourdissant "Tangerine", Sean Baker récidive avec "The florida project", un conte sombre qui s'intéresse aux laissés pour compte avec une réelle tendresse et une énergie sans faille. Tour à tour bouleversant et drôle, Baker affine encore sa mise en scène tout en paradoxe, où le récit très sombre contraste avec la luminosité onirique de la photographie.

Note finale 80%