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The danish girl : Troublant


The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

  • Réalisateur(s): Tom Hooper
  • Acteurs principaux: Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw
  • Date de sortie: 20/01/2016
  • Nationalité: Américaine, Britannique, Allemande

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Le thème de la transexualité est en train d’exploser ces dernières années sur le petit ou le grand écran. Après le documentaire « Bambi » (en 2013), « Laurence Anyways » de Xavier Dolan, « Une nouvelle amie » de François Ozon, la série « Transparent » produite par le géant Amazon ou encore très récemment « Tangerine », dont j’avais parlé ici. C’est cette fois le cinéaste britannique Tom Hooper, auteur de l’excellent film « Le discours d’un roi » en 2011 qui s’attaque à ce sujet, sous l’angle de cette histoire vraie sur fond de changement de sexe d’un homme qui souhaite devenir une femme.

Pour interpréter ce rôle, après de nombreuses tergiversations sur le fait que le rôle devait être joué par un homme ou une femme, Tom Hooper a finalement choisi Eddie Redmayne, déjà bluffant et récompensé de l’Oscar du meilleur acteur l’an dernier et à juste titre dans « Une merveilleuse histoire du temps » où il incarnait Stephen Hawking, un célèbre physicien, atteint d’une terrible maladie neurodégénérative. « The danish girl » est donc avant tout une histoire d’amour, celle qui unit Gerda et Heinar, qui souhaite donc devenir Lili. Le film suit donc avant tout le bouleversement à l’intérieur du couple et la manière dont Heinar découvre sa part de féminine, et au fond sa vraie personnalité.

Comme pour « Carol » la semaine passée, « The danish girl » est un film d’une grande délicatesse dans la manière d’aborder les sentiments, et dans la mise en scène, utilisant le voile comme la part de révélation de l’individu, ainsi que les jeux de miroirs pour souligner les tumultes psychologiques que traversent les personnages. La grande réussite du film, à mon sens, est qu’Hooper parvient à filmer l’intériorité et le trouble qui s’empare de Heinar avec une vraie grâce. Les scènes les plus réussies demeurent justement dans celles où le cinéaste montre le trouble, voire le vertige du personnage, qui comprend qu’il se sent plus à l’aide dans des vêtements féminins. Dans cette quête de soi-même au travers de la découverte de la féminité, Eddie Redmayne excelle une nouvelle fois, aussi bien dans son rôle de mari aimant au début que de femme, profondément timide et troublée. Même si la concurrence pour la course à l’Oscar sera compliquée cette année avec Léonardo DiCaprio, sa performance est réellement un rôle à performance comme Hollywood adore.

Grand conteur d’histoire, Tom Hooper signe un film réussi dans l’histoire d’amour qu’il développe, une histoire d’amour qui va au delà des sexes, ou comment Gerda va devoir apprendre à aimer son compagnon pour ce qu’il a à l’intérieur, et non son changement physique. Alicia Vikander y est d’ailleurs étincelante et irréprochable. Malgré cela, le film manque son approche contextuelle.Nous sommes en 1930 au Danemark et bien entendu, cette volonté du changement de sexe était vu comme un signe de l’homosexualité (alors qu’une grande majorité des transexuels sont hétérosexuels), un maladie mentale, voire comme un symptôme de schizophrénie. Et malheureusement, le film ne se positionne pas du tout dans l’approche politique, ce qui est bien dommage, tant la confrontation de Lili avec son environnement social aurait pu donner un très grand film. On regrette aussi les nombreuses longueurs dans le film, un manque de profondeur et son dernier quart d’heure, celui de l’opération du changement de sexe, beaucoup trop expédiée. Finalement, on retiendra de ce « Danish girl », une qualité visuelle indéniable (dans la lumière, les décors et les costumes) et surtout une très belle histoire d’amour, même si le parallèle avec « la politique » aurait mérité d’être plus exposé, pour devenir un très bon film.

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SCENARIO 72%
MISE EN SCENE 78%
ACTEURS 84%
BANDE SON 78%
PHOTOGRAPHIE 80%
APPRECIATION GENERALE 66%
Vote final

Finalement, on retiendra de ce « Danish girl », une qualité visuelle indéniable (dans la lumière, les décors et les costumes) et surtout une très belle histoire d'amour (interprétée avec grâce et talent par les deux comédiens), même si le parallèle avec la question politique aurait mérité d'être plus exposé, pour devenir un très bon film.

Note finale 76%