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The birth of a nation : De bruit et de fureur !


Interdit aux moins de 12 ans
Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté.
Son propriétaire, Samuel Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des
atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté…

  • Réalisateur(s): Nate Parker
  • Acteurs principaux: Nate Parker, Armie Hammer et Mark Boone Junior
  • Date de sortie: 11/01/2017
  • Nationalité: Américaine

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« The birth of a nation » fait référence au film du même nom réalisé en 1915 par Griffith. Ce classique du 7ème art est pour le moins contesté car Griffith y faisait l’apologie du Ku Klux Klan, une organisation violente d’extrême droite américaine, et faisait passer les noirs pour des brutes sanguinaires. Un siècle plus tard, le cinéaste et acteur Nate Parker a voulu répondre au film de Griffith en signant son premier long-métrage, pour lequel il a investi 100 000 dollars de son propre argent personnel. Il raconte ainsi l’histoire de Nat Turner, un esclave afro-américain né en 1800 et mort pendu en 1831, après mené une révolte sanglante avec d’autres esclaves. Son action révolutionnaire a malheureusement amené les autorités à voter des lois encore plus restrictives envers les esclaves. Comme le cinéaste nous l’explique : « Nat Turner s’est mû en leader en dépit d’incroyables obstacles. Dans la culture populaire, l’esclavage est souvent traité à travers des histoires de souffrance et de persévérance, mais l’histoire de Nat Turner est bien plus que cela : c’était un esclave mais également un rebelle qui s’est élevé contre l’injustice. Son histoire devait être racontée avec sincérité, elle est incroyablement pertinente et témoigne de l’aspiration à la paix raciale dans ce pays. » Alors que « The birth of a nation » faisait parti des prétendants sérieux aux Oscars 2017, une sombre histoire de viol vieille de 17 ans a rattrapé son acteur/réalisateur Nate Parker. Ce dernier aurait, avec un de ses amis, abusé sexuellement d’une étudiante ivre de 18 ans. Malgré son acquittement, le doute a toujours plané sur Parker et a sérieusement entaché la réputation de son film.

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Revenons-en au cinéma désormais. Tourné en seulement 27 jours dans la chaleur étouffante en Géorgie, « The birth of a nation » s’inscrit dans les traces d’autres films traitant de la question de l’esclavage des noirs après notamment le brillant « Twelve years a slave » (récompensé par l’Oscar du meilleur film en 2014) et la version transfigurée de Quentin Tarantino avec « Django Unchained ». Cependant, le traitement de cette histoire par Nate Parker nous laisse quelque peu sur notre faim. Le cinéaste nous montre pourtant à merveille les conditions de vie difficiles des esclaves, les relations assez ambiguës entre les maitres et leurs esclaves (où il existe entre Nat Turner et son maître un certain respect au début du film). Le souci, c’est la longueur inexplicable du film. Cette longue introduction d’1h30 se révèle assez bavarde et ennuyeuse autour de l’histoire d’amour entre Nat Turner et Nancy, ou sur le fait religieux qui occupe une grande part du long-métrage. Cela fait bien sûr parti de l’intrigue, puisqu’il est avéré que Nat Turner, beaucoup plus intelligent que la moyenne devait se servir de ses talents d’orateur pour discipliner les esclaves récalcitrants.

Sauf que le film appuie beaucoup trop sur cette question au détriment de l’intensité qui retombe très vite. Pas vraiment aidé par une musique trop présente et un doublage français (surtout du personnage principal doublé par le rappeur Abd Al Malik) qui s’avère vraiment mauvais. Si le discours du film, centré autour des tueries anti-noirs aux Etats-Unis, et d’un retour du racisme de plus en plus fort, le film ne parvient jamais complètement à nous emballer. SAUF dans sa dernière demie-heure où vient enfin le moment de la révolte des esclaves sur leurs maîtres. Ultra violent mais réaliste, le film prend un rythme et un ton radicalement différent, donnant de l’épaisseur au film, certes un peu tardivement. Mais la violence brute du film (on assiste à des éventrations ou des pendaisons en gros plan) nous réinterroge sur les origines de cette violence que l’on connait encore aujourd’hui, et sur la fondation de la nation américaine, tâché de sang dès son origine.

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SCENARIO 69%
MISE EN SCENE 74%
ACTEURS 64%
PHOTOGRAPHIE 71%
BANDE SON 68%
APPRECIATION GENERALE 70%
Vote final

Ni vraiment réussi, ni totalement raté, « The birth of a nation » déçoit dans la lenteur de sa première partie où le discours religieux écrase l'intensité souhaité. En revanche, Nate Parker relève son long-métrage dans sa dernière demie-heure , faite de bruits et de fureur, et qui sert d'électrochoc au rassemblement du peuple américain, en cette période troublée.

Note finale 69%