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Taj Mahal : Un huis clos dans la tête d’une victime


Louise a dix-huit ans lorsque son père doit partir à Bombay pour son travail. En attendant d’emménager dans une maison, la famille est d’abord logée dans une suite du Taj Mahal Palace. Un soir, pendant que ses parents dînent en ville, Louise, restée seule dans sa chambre, entend des bruits étranges dans les couloirs de l’hôtel. Elle comprend au bout de quelques minutes qu’il s’agit d’une attaque terroriste. Unique lien avec l’extérieur, son téléphone lui permet de rester en contact avec son père qui tente désespérément de la rejoindre dans la ville plongée dans le chaos.

  • Réalisateur(s): Nicolas Saada
  • Acteurs principaux: Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee
  • Date de sortie: 02/12/2015
  • Nationalité: Française, Belge
Oppressant et terrifiant...

Oppressant et terrifiant…

 

Le 26 novembre 2008, une dizaine d’attaques terroristes simultanées ont lieu à Bombay, (qui avec ses villes satellites est la 6ème ville la plus peuplée du monde). Dans ces attaques islamistes qui ont tuées 188 personnes (dont 26 ressortissants étrangers), deux terroristes ont notamment pris en otage 15 personnes dans l’hôtel Taj Mahal. De nombreux autres clients sont restées barricadées dans leur chambres jusqu’à la fin de l’attaque qui a duré 4 jours. C’est cette histoire vraie qu’a relaté l’oncle d’une jeune fille de 18 ans, prisonnière de sa chambre au moment des faits au réalisateur Nicolas Saada, qui signe ici à 50ans, seulement son deuxième long-métrage, après « Espion(s) » en 2008. Alors qu’un autre film traitant de terrorisme (Made in France) a été répoussé au 20 janvier suite aux récents évènements, le distributeur du long-métrage,Bac Films en accord avecPatrick Sobelman, le producteur, et Nicolas Saada, le réalisateur, a décidé de maintenir la date de sortie du film (le 2 décembre 2015) car « le cinéma est là pour ouvrir au dialogue » et il permet « dans ces moments difficiles de regarder le monde tel qu’il est ».

L’histoire débute de manière assez posée (voire presque lente) et s’intéresse à cette jeune fille, Louise, 18 ans, venant en Inde pour faire une école d’art. Le film prend le temps d’installer les personnages (le triangle entre le père très proche, la mère plus distante, et au milieu, Louise, se sentant un peu perdue) en intégrant un personnage secondaire qui deviendra central, celui du groom de l’hôtel. Avant l’attaque, le film imscice à la fois une douceur venant de l’exotisme mais aussi une inquiétude grandissante, sur des petits détails qui dessinent l’enfermement de la jeune femme dans la chambre de l’hôtel. Par le motif de cette poignée qu’il faut aller chercher à l’accueil pour pouvoir ouvrir la fenêtre de la chambre, ou encore par cette cigarette qui devance le déluge de feu par la suite. Par le cadrage et la mise en scène, Nicolas Saada intègre l’idée d’un certain recommencement, comme la scène juste avant l’assaut terroriste dans l’hôtel, où Louise regarde « Hiroshima, mon amour » (qui traite de la Seconde Guerre mondiale, qui montre un corps en cendres) juste au moment où son DVD se raye comme un recommencement de l’histoire.

Dès lors, « Taj Mahal » se mue en un véritable huis clos, qui suit avec une certaine angoisse Louise, enfermée dans cet hôtel, qui va peu à peu comprendre par les bruits de coup de feu et par ses contacts téléphoniques avec son père, que son hôtel est visé par une attaque terroriste. En baignant dans une atmosphère oppressante, où le travail autour du son est le seul point auquel se raccrocher, le cinéaste Saada chosit volontairement de ne pas montrer les terroristes mais de rester uniquement sur le son, comme pour participer d’une immersion terrifiante, celle d’entrer dans la peau d’une victime. Poignant, visuellement et narrativement abouti, « Taj Mahal » parvient à changer de rythme, mais aussi de registre, passant du drame familial en un style visuel presque fantasmagorique. Sans en révéler l’issue, le film contient suffisamment de tension même si on peut regretter un léger manque de « rebondissements » à la moitié du film, le film préférant demeurer un film d’immersion au lieu d’un thriller d’action. Ainsi, on ne voit l’assaut des terroristes que par les images d’archives montrées à la fin, qui se suffisent largement à elles-mêmes et qui équilibre parfaitement l’ensemble. Si le prologue (la toute fin du film) qui se déroule à Paris peut s’avérer dispensable, il pose les difficultés -rarement montrés au cinéma- des conséquences du traumatisme et de la difficulté d’un retour à une vie normale. Mais surtout cette fin de film (le film se termine sur une terrasse de café en plein Paris) provoque un message involontairement prémonitoire aux récents attentats, ce qui finit par bouleverser en apportant la meilleure réponse qui soit, sur la vie qui continue.

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SCENARIO 87%
MISE EN SCENE 89%
ACTEURS 83%
BANDE SON 90%
PHOTOGRAPHIE 89%
APPRECIATION GENERALE 91%
Vote final

Puissant et immersif, « Taj Mahal » est un film qui met le spectateur en un terrifiant huis clos à la place d'une jeune victime, obligée de s'enfermer dans sa chambre d'hôtel. Si le film peut contenir quelques défauts, il demeure néanmoins un film visuellement et narrativement novateur sur des thématiques universelles et plus que d'actualité.

Note finale 88%