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Split : Insaisissable !


Interdit aux moins de 12 ans

Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

  • Réalisateur(s): M.Night Shyamalan
  • Acteurs principaux: James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley
  • Date de sortie: 22/02/2017
  • Nationalité: Américaine

Indéniablement, M.Night Shyamalan est un cinéaste à part. Le cinéaste indien avait marqué le début des années 2000 avec 4 films incontournables (Sixième sens, Incassable, Signes, Le village) et avait montré toute sa capacité à opérer des twists remarquables de haute volée. Après son détour dans le film catastrophe plutôt efficace avec « Phénomènes » (2008), on avait quelque peu perdu le cinéaste avec deux échecs artistiques, publics et critiques cuisants : « Le dernier maître de l’air » (2010) et « After Earth » (2013). Mais 2015 a marqué son retour fracassant avec la série « Wayward Pines » dont il a réalisé le premier épisode mais surtout « The visit », un film fabriqué avec deux bouts de ficelles et à la mode found-footage qui s’avérait aussi barré que réjouissant. Tourné pour seulement 5 millions de dollars, « The visit » en avait rapporté 100, ce qui avait permis à Shyamalan de renouer enfin avec le succès. Pour « Split », le cinéaste s’associe de nouveau avec le producteur Jason Blum, connu pour sa capacité à financer des films d’horreur à petit budget et à en faire des cartons (tels que « Paranormal activity »). Le producteur défend « Split » qu’il défend comme « un film pas comme les autres, c’est un film ambitieux avec un budget limité, un film épique de par l’histoire incroyablement novatrice et captivante que nous raconte Shyamalan, qui ne s’appuie ni sur un déploiement d’images de synthèses ni sur un budget outrancier. »

« Split » s’intéresse à un phénomène médical bien connu : le trouble dissociatif de l’identité, un sujet déjà abordé avec brio dans la série « United states of Tara ». Le film commence par l’enlèvement de trois jeunes femmes par un homme mystérieux. Cet homme, prénommé Kevin, a 23 personnalités différentes, parmi lesquelles Dennis qui semble prendre de plus en plus d’importance sur les autres (dont Erdwig un jeune garçon de 9 ans, une femme dominatrice ou encore un homme efféminé qui aime prendre soin de lui). Il cherche aussi à maîtriser une 24ème personnalité, bien plus effrayante !

Ce film relève d’ailleurs beaucoup plus de l’étude psychologique que du véritable thriller. Car ceux qui s’attendaient comme moi voir un film en huis clos à l’instar du formidable « 10 cloverfield lane », produit dans les mêmes conditions financières en seront pour leurs frais. L’an dernier, l’inconnu Dan Trachtenberg se révélait brillant dans son utilisation maligne de l’espace, ou comment faire naître la peur par l’espace clos. Ici, Shyamalan essaie un peu au début dans la tentative d’évasion des trois jeunes femmes mais abandonne rapidement l’idée. Au lieu de cela, il opère des va-et-viens entre les séquences en sous-sol de Kévin, et des séquences en extérieurs (avec le point de vue de la psychiatre), ce qui ne produit pas la tension escomptée. Sans compter que le cinéaste abuse des ellipses narratives (ces retours dans le passé) qui nuisent au rythme de l’intrigue.

« Split » s’éparpille énormément entre des micro-intrigues, et des fausses pistes pas toujours intéressantes. Ce renoncement au huis clos total anéantit les frissons attendus une bonne partie du film. On retrouve toutefois des idées très intéressantes, dont celle autour d’un lien reliant Kevin et Casey (l’une des otages), tous deux ayant subis les mêmes traumatismes de l’enfance. James McAvoy est tout simplement monstrueux et porte le film à lui tout seul sur ses (2X23 personnages = 46) épaules, avec des métamorphoses dans la diction et dans la gestuelle, parfois dans la même séquence, assez impressionnantes. Comme dans tout film de Shyamalan, le twist est attendu, et c’est en réalité deux twists pour le prix d’un ici, avec d’abord un twist concernant l’intrigue en elle-même, débordant sur le cinéma fantastique. Pas forcément convaincu par cette 24ème identité pas vraiment expliqué et qui nous laisse un peu pantois. Le deuxième twist arrivant dans les ultimes secondes du film est bien plus original, et sans trop en dire, fait le lien avec la filmographie du cinéaste. Une idée intéressante qui aurait toutefois méritée à être intégrée à l’histoire en elle-même.

 

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SCENARIO 66%
MISE EN SCENE 69%
ACTEURS 78%
PHOTOGRAPHIE 72%
BANDE SON 66%
APPRECIATION GENERALE 70%
Vote final

Finalement, « Split » marque un retour aux sources au cinéma à la frontière entre réel et fantastique pour Shyamalan, qui s'amuse à brouiller constamment les pistes jusqu'à rendre son œuvre insaisissable. Haletant dans les premiers instants, le film finit par me diviser autant que les 23 personnalités du héros, où l'on ressort avec encore plus de questionnements qu'au début tout en applaudissant à tout rompre la performance hallucinante de James McAvoy.

Note finale 70%