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Sono tornato : Une farce satirique réussie ! [Avant-Première]


Comédie dramatique (Italie) de Luca Miniero, avec Massimo Popolizio, Frank Matano, Stefania Rocca, date de sortie inconnue

Plus de quatre-vingts ans après sa disparition Benito Mussolini revient avec la même ambition : reconquérir le peuple italien. Mais comment y parvenir dans ce monde moderne ? Le monde a changé, mais les Italiens ?

Vu en avant-première au Festival du film d’Arras

A l’heure où les nationalismes de tout poils refont surface, notamment aux Etats-Unis, au Brésil mais aussi aux portes de chez nous en Italie, le cinéma s’empare de ces problématiques, particulièrement dans le cinéma documentaire. Après avoir signé le remake italien de « Bienvenue chez les ch’tis » (du nom de « Benvenuti al’sud »), Luca Miniero continue de réaliser des comédies, qui n’ont pas forcément trouvé une distribution dans nos salles françaises. Cette fois, le cinéaste s’attaque à un sujet contemporain qui touche son pays : le retour de l’extrême-droite au pouvoir. Au moment où Salvini est devenu une figure de ce mouvement nationaliste européen, Luca Miniero imagine le retour de Benito Mussolini, le dictateur fasciste proche d’Hitler, et mort à la fin de la Seconde guerre mondiale en 1945.

Au delà d’une simple comédie, Luca Miniero nous offre une réflexion forte sur ce retour des valeurs de l’extrême droite et nous interroge avec intelligence sur la responsabilité des médias, complice de cela. Le film débute comme un film de science-fiction. Mussolini tombe -littéralement- du ciel sur une tombe, comme si le passé se trouvait écrasé par le présent, comme une prophétie sur l’Histoire qui s’efface et qui se renouvelle sous d’autres formes. « Sono tornato » se présente comme une comédie de quiproquos, où un jeune réalisateur en quête d’un sujet fort se sert de Mussolini, qu’il prend pour un imitateur hors-pair, pour tourner son nouveau film. L’humour du film se concentre aussi bien sur les anachronismes d’un Mussolini découvrant avec horreur l’Italie d’aujourd’hui (notamment le mariage homosexuel, les nouveaux droits accordés aux minorités et aux femmes). A la fois un miroir de notre époque, le film n’hésite pas à explorer un humour grinçant, où l’on rit souvent jaune.

Très malin dans son scénario aux multiples facettes, « Sono tornato » prend parfois un aspect quasi-documentaire, aussi bien dans le film en portrait voulu par le personnage du cinéaste Canaletti, qui va se faire dépasser par sa propre « créature ». Mais aussi par les réactions des habitants, qui réclament ce retour de l’autorité face caméra, avec parfois des personnes floutées, ajoutant au brouillage progressif mais marquant entre la fiction et le documentaire. Après avoir commis une horreur filmée et partagée sur Internet (le meurtre d’un chien), Mussolini, que tout le monde prend pour un farceur et un brillant imitateur, perd un peu de sa superbe, mais à la suite d’excuses sur un plateau télé, devient un héros, comme si les actes n’avaient plus aucune valeur. Brillant dans sa construction mais aussi fascinant dans cette « renaissance » terrifiante du fascisme, auquel sont complices les réseaux sociaux et les médias. Le final absolument glaçant, vient boucler la boucle sur cet éternel recommencement de l’Histoire. Un grand film !!!

 

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SCENARIO 88%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 85%
PHOTOGRAPHIE 84%
BANDE SON 83%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Présenté en avant-première au Festival du film d'Arras, "Sono tornato" est une comédie grinçante brillante ! A l'heure où les nationalismes renaissent partout dans le monde, le film qui brouille les frontières entre fiction et documentaire, traite d'une réalité terrifiante, avec la complicité des médias et des réseaux sociaux qui alimentent la force de l'extrême-droite. Une comédie puissante et nécessaire !

Note finale 84%