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Si j’étais un homme : Culotté mais inégal


Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne ! 
Fraichement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près ! 
De situations cocasses en fous rires avec sa meilleure amie, de panique en remise en question avec son gynéco, notre héroïne, tentera tant bien que mal de traverser cette situation pour le moins… inédite.

 

  • Réalisateur(s): Audrey Dana
  • Acteurs principaux: Audrey Dana, Christian Clavier, Eric Elmosnino
  • Date de sortie: 22/02/2017
  • Nationalité: Française

Après avoir réalisé « Sous les jupes des filles » il y’a trois ans (film que je n’ai pas vu mais qui a rassemblé pas moins d’1,3 million de spectateurs), Audrey Dana continue d’explorer le féminisme à l’intérieur de la comédie française. La cinéaste a cherché à construire une sorte de fable questionnant la notion de genre, avec l’idée de vouloir faire tomber les clichés. Selon elle : « Le monde souffre d’être trop majoritairement dirigé par le masculin ! Mais si les frontières entre les genres éclataient, cela bouleverserait sacrément le patriarcat, qui est, lui, tout entier fondé sur une idée de scission entre féminin et masculin. D’où sans doute, le rejet global des transgenres qui viennent secouer ces fondements…Le film exprime l’idée que les frontières réelles entre le féminin et le masculin sont ténues ». Si la série « Transcendant » ou prochainement « Louis(e) » sur TF1 s’intéressent à la transsexualité, « Si j’étais un homme » aborde sous couvert d’humour un angle légèrement différent, celui de l’abolissement des différences homme/femme.

L’idée de départ originale est venue d’Audrey Dana elle-même qui a rêvée il y’a une vingtaine d’années qu’elle se réveillait avec un pénis. Cette réflexion nous a tous traversé l’idée à un moment ou à un autre : quelles sensations aurions-nous à être du sexe opposé ? Audrey Dana y répond par l’humour avec Jeanne, qui se réveille avec ce quelque chose en plus, ce Pimpin comme elle le nommera. Comment cacher ce nouveau corps (et cette nouvelle voix plus grave) ? Que faire pour retrouver son corps féminin ? Et comment accepter les désirs de son « nouveau » corps ? Le film joue sur les codes du féminisme, avec cette comédie qui déforme les hiérarchies. Ainsi, Jeanne va devoir gérer ses désirs sexuels désormais orientés vers les femmes, et notamment sa meilleure amie Marcelle, incarnée par Alice Belaidi, récemment aperçue dans « L’ascension ». Le film provoque aussi l’amusement dans cette différenciation entre les désirs mentaux et ceux physiques, qui ici divergent. Outre ses décalages savoureux, le film est porté par cette relation hilarante entre Jeanne et son gynécologue, interprété par Christian Clavier, décidément redevenu un acteur dans l’air du temps et prouvant toutes ses qualités comiques. Il joue ici une drôle de partition, celle de l’incompréhension face à cette transformation sexuelle inédite et inexplicable, tout en ne devant pas paraître trop inquiet face à Jeanne. Clavier porte indéniablement cette comédie par sa place centrale, tandis qu’Eric Elmosnino, incarnant le collègue de Jeanne ne s’intègre pas parfaitement au récit, malgré le talent du comédien, qui avait su merveilleusement se glisser dans la peau de Gainsbourg en 2010.

Tout original qu’il est, « Si j’étais un homme » est plombé par ses répétitions dans le récit, et son caractère assez brouillon. Le scénario évolue assez peu, et manque d’ambition. On s’étonne également de quelques incohérences (pourquoi Jeanne n’a pas acceptée de consulter un médecin spécialisé comme tout le monde l’aurait fait?). Marquée par une réalisation assez faiblarde, cette comédie demeure assez sympathique, mais loin d’être transcendante, en poussant parfois assez loin le curseur dans le burlesque avec une image du sexe masculin comme vecteur un peu archaïque d’une certaine puissance. Audrey Dana a toutefois la délicatesse de ne jamais pousser dans la vulgarité (le personnage de Clavier s’agaçant d’ailleurs lorsque des personnages parlent grossièrement).

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SCENARIO 65%
MISE EN SCENE 59%
ACTEURS 74%
PHOTOGRAPHIE 61%
HUMOUR 63%
APPRECIATION GENERALE 61%
Vote final

Finalement, ce deuxième film d'Audrey Dana est traversé par de bonnes idées sur la réflexion sur le mélange des genres masculin-féminin (et ce, jusque dans la dernière scène bien sentie). Mais, l'ensemble demeure assez inégal et appuyé par des exagérations narratives pas assez maîtrisées.

Note finale 63%