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Seul dans Berlin : Un jeu du chat et de la souris angoissant


Berlin, 1940. La ville est paralysée par la peur. Otto et Anna Quangel, un couple d’ouvriers, vivent dans un quartier modeste où, comme le reste de la population, ils tentent de faire profil bas face au parti nazi. Mais lorsqu’ils apprennent que leur fils unique est mort au front, les Quangel décident d’entrer en résistance. Aux quatre coins de la ville, ils placent des messages anonymes critiquant Hitler et son régime. S’ils sont arrêtés, ils savent qu’ils seront exécutés… 
L’inspecteur Escherich de la Gestapo s’intéresse bientôt à leurs actions et c’est un redoutable jeu du chat et de la souris qui s’engage. Le danger ne fait que renforcer la détermination d’Otto et Anna et leur amour. Progressivement, leur rébellion silencieuse mais profonde transforme leur vie et leur mariage…

 

  • Réalisateur(s): Vincent Perez
  • Acteurs principaux: Brendan Gleeson, Emma Thompson, Daniel Bruhl
  • Date de sortie: 23/11/2016 et sorti en dvd le 29/03/2017
  • Nationalité: Américaine

Après « Peau d’ange » en 2002 et « Si j’étais toi » en 2007, Vincent Perez plus connu pour son rôle d’acteur (notamment dans le récent « Dalida ») repasse derrière la caméra après dix ans d’absence. Avec « Seul dans Berlin », il adapte le roman éponyme de Hans Fallada, de son vrai nom Rudolf Ditzen, inspiré d’une histoire vraie et paru en 1947. Ce roman est l’un des tout premier livres antinazis, devenu un best-seller mondial vendu à plus de 500 000 exemplaires, et qui se base sur des véritables documents de la Gestapo. L’intrigue du film fait écho à l’histoire personnelle Vincent Perez, suisse mais aux origines allemandes. Son grand-père paternel a été exécuté durant la Guerre d’Espagne après être entré dans la résistance et sa famille maternelle a fui l’Allemagne nazie. Perez déclare : « J’ai eu un vrai choc en lisant le livre de Fallada, c’est comme s’il racontait l’histoire de ma famille allemande tel que je l’avais fantasmée, c’était comme si, à travers ce livre, j’entendais mes ancêtres me dire, oui c’était comme cela qu’on a vécu le nazisme. »

« Seul dans Berlin » a connu de nombreuses embûches de productions, parmi laquelle l’impossibilité de financer le film en langue allemande, comme Vincent Perez le souhaitait dès 2007. Tout s’est débloqué lorsque le livre a été traduit en anglais, même s’il a fallu repartir à zéro pour l’écriture du scénario. D’où la durée de production de presque 10 ans. Nous sommes donc en 1940 en plein centre de Berlin. Un jeune soldat allemand court dans une forêt et se fait abattre. Un couple apprend alors que leur fils est mort au combat. Face à la douleur indescriptible de leur chagrin face à cette guerre qu’ils jugent stupide, Otto Quangel, aidé de sa femme Anna, vont alors écrire des cartes alertant sur le vrai visage du régime nazi et dans le but de sensibiliser les allemands sur eux. Ils vont les déposer aux quatre coins de la ville, mais la Gestapo, alerté par les berlinois, vont traquer le ou les responsables.

Si le film a le mérite de montrer qu’il existait aussi des résistants en Allemagne, « Seul dans Berlin » nous rappelle avec force le poids du nazisme où la Gestapo venait traquer les gens. Vincent Perez parvient à nous faire vivre en véritable huis clos en plein Berlin, en immersion réellement oppressante. La mise en scène qui utilise des tons grisâtres (le brouillard se mêlant au titre du film) nous plonge dans une atmosphère assez angoissante. Le récit du deuil se mue en jeu de piste captivant, malgré son rythme très lent. Le général Escherich pressé par ses supérieurs, va devoir trouver les auteurs rapidement, quitte à faire preuve de mauvaise foi, en arrêtant et tuant un innocent. Tout en espérant une erreur de la part de celui qui est nommé « le fauteur de trouble » ou « le trouble-fête ». Vincent Perez illustre à la perfection cette image du grain de sable qui vient enrayer les rouages mécaniques et sans pitié du régime nazi. Une traque sans relâche qui met en scène aussi la collaboration des allemands et ce couple Quangel, vivants dans l’inquiétude mais sûrs d’eux en tentant de convaincre la moindre personne qui tombera et lire leurs cartes.

Entre drame et thriller, « Seul dans Berlin » se démarque par son formidable duo composé par Emma Thompson et Brendan Gleeson, un couple tenace et aimant. Daniel Bruhl dans le rôle du SS en chef est également formidable. Malgré son rôle de méchant nazi, il est teinté d’humanité et comprend qu’il n’est qu’un rouage d’une machine qui le dépasse. Son acte final prouvera d’ailleurs le ressentiment envers son propre « travail » de destruction et d’assassinat. Cette enquête qui fera vaciller les certitudes d’Escherich est filmée par un Vincent Perez inspiré qui ne montre les autres soldats nazis qu’à travers des ombres ou des troncs sans visage leur octroyant ainsi leur humanité. Le suspense n’est jamais loin non plus avec des erreurs d’Otto qui vont relancer l’affaire et nous faire craindre le pire. L’acte de résistance et la quête de vérité lancée par Otto et Anna Quangel donnent au film une teneur dramatique.

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SCENARIO 75%
MISE EN SCENE 79%
ACTEURS 80%
PHOTOGRAPHIE 77%
BANDE SON 72%
APPRÉCIATION GENERALE 78%
Vote final

Même si le rythme lent frise parfois le scolaire, « Seul dans Berlin » est un huis clos angoissant, primant l'histoire d'amour de ce couple héroïque. Cette incroyable histoire vraie est mise en image par la réalisation précise et soignée de Vincent Perez et le jeu saisissant du trio de comédiens appliqués Emma Thompson/Brendan Gleeson/Daniel Bruhl.

Note finale 76%