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Sage femme : La cigale et la fourmi


Claire est la droiture même. Sage-femme, elle a voué sa vie aux autres. Déjà préoccupée par la fermeture prochaine de sa maternité, elle voit sa vie bouleversée par le retour de Béatrice, ancienne maîtresse de son père disparu, femme fantasque et égoïste, son exacte opposée.

 

  • Réalisateur(s): Martin Provost
  • Acteurs principaux: Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet
  • Date de sortie: 22/03/2017
  • Nationalité: Française

« Sage femme » réunit devant l’écran les deux plus grandes Catherine du cinéma français : Catherine Deneuve et Catherine Frot. Cette idée est née grâce au cinéaste Martin Provost, à qui l’on doit par exemple « Séraphine » et « Violette ». Avec ce film, il a voulu rendre hommage à sa manière à la sage-femme qui lui a sauvé la vie à la naissance. Comme il le raconte : « Elle m’a donné son sang et m’a donné ainsi permis de vivre. J’ai donc décidé de lui rendre hommage à ma façon et de lui dédier ce film, et à travers elle, de le dédier à toutes ces femmes qui oeuvrent dans l’ombre, vouant leur vie aux autres, sans jamais rien attendre en retour. » Le film présente aussi la particularité de mettre en scène des vrais accouchements. Pour cela, Martin Provost a dû tourner ces scènes en Belgique car la loi française ne permet pas de tourner avec des bébés de moins de trois mois. Catherine Frot a ainsi assisté et participé à des accouchements en amont du tournage, et six d’entre eux ont été filmés. Une expérience inhabituelle pour l’actrice pour laquelle : « L’idée de ce labeur aussi émouvant soit-il n’était pas anodine. J’ai finalement accepté car je savais que c’était partie intégrante du projet que me proposait Martin. J’ai réalisé que tout ça était finalement très naturel, très normal. »

Dès les premiers instants, on est immergé directement dans un accouchement. On fait ainsi connaissance avec Claire, en plein travail. Le titre du film « sage-femme » prend ensuite un double sens. Sage-femme avec un tiret désignant le travail à l’hôpital de Claire. Dans l’apparition du titre, le tiret disparaît et désigne une femme sage, comprenant aussi bien son caractère droit et généreux que son détachement par rapport aux autres. Empêtré dans une vie assez solitaire et banale, Claire va être contacté par Béatrice, l’ex-compagne de son père, qui s’est suicidé peu après leur séparation. « Sage femme » va se muer en une savoureuse variante de la fameuse fable « La cigale et la fourmi » de Jean De La Fontaine. La confrontation de caractères fait tout le sel de cette comédie dramatique. D’une part, Catherine Frot (à savoir Claire) dans le rôle de la fourmi qui fait attention à sa santé, vit sa vie avec précaution et solitude. D’autre part, Catherine Deneuve (alias Beatrice), dans le rôle de la cigale, qui fume, boit de l’alcool, néglige son alimentation, et vit sans se préoccuper du lendemain. Un choix de vie renforcé par la maladie de Béatrice, qui souffre d’une tumeur au cerveau, qui risque de lui coûter la vie.

Comme on aurait pu le penser, « Sage femme » doit énormément à son duo d’actrices excellentes l’une comme l’autre, et dont la confrontation donne lieu à de nombreuses saillies comiques. Le scénario n’est malheureusement pas à la hauteur de leur talent. Se drapant dans une grande lenteur sans vraiment nous émouvoir, le récit n’a pas d’autre intention que de filmer Deneuve et Frot, enfermées dans un passé qui les relient et sans avoir de futur en perspective. Le film déçoit surtout pour sa grande répétition des séquences. Aux accouchements en direct se succèdent les vertiges et malaises de Béatrice assaillie par la maladie. On rit assez peu, et on regrette que certains axes de l’intrigue soient si peu utilisés (comme la question sociale de la difficulté des hôpitaux et maternités dont le film « Hippocrate » avait su traiter). Ou alors l’intrigue s’attache à des aspects caricaturaux, comme l’histoire d’amour entre Claire et Paul (joué par Olivier Gourmet), qui n’apporte pas grand chose au film. Tout comme le personnage du fils de Claire, Simon, incarné par le jeune Quentin Dolmaire, acteur au jeu assez théâtral. On retiendra toutefois certaines séquences réussies comme la séance de diapositives se rappelant au bon souvenir d’Antoine, le père de Claire, et ex-mari de Béatrice. Cette dernière va ainsi voir surgir Simon, en véritable sosie de son défunt compagnon. Cette séquence, la plus forte du film vient nous interroger la transmission générationnelle, le hasard de nos vies et le temps qui passe, toujours beaucoup trop vite.

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SCENARIO 61%
MISE EN SCENE 66%
ACTEURS 77%
PHOTOGRAPHIE 67%
BANDE SON 58%
APPRECIATION GENERALE 67%
Vote final

Finalement, « Sage femme » gagne à être vu en grande partie pour son « combat » d'actrices Catherine Deneuve et Catherine Frot, aux caractères antagonistes. Cette mise en scène de « La cigale et la fourmi » ne fait pas oublier son scénario très lent et parfois caricatural, nous donnant l'impression d'un film banal et sans d'autre but que d'assister à la première rencontre des deux grandes Catherine du cinéma français.

Note finale 66%