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Sâdhu : l’humilité saupoudrée de majesté…


Pendant huit ans, Suraj Baba a choisi une vie d’ermite, isolé dans une grotte perdue à 3000m d’altitude au cœur de l’Himalaya indien. Il a renoncé aux biens terrestres et vit dans une extrême pauvreté, dans le but d’atteindre le statut de sâdhu (les hommes saints de l’Inde). Pour la première fois, il se rend à la Kumbha Mela, un rassemblement religieux qui réunit plus de 70 millions de pélerins et qui a lieu tous les 12 ans. L’occasion d’échanger avec d’autres sâdhus et de rencontrer les maîtres spirituels. Lors de cet événement, qui ressemble davantage à une foire commerciale, sa foi est ébranlée…Doit-il continuer dans cette voie ?

  • Réalisateur(s): Gaël Métroz
  • Acteurs principaux:
  • Date de sortie: 06/10/2013
  • Nationalité: Suisse

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À l’égal des biens de consommation, des produits électroménagers, des objets culturels, ou encore du sexe, le marketing s’est ré-approprié le bien-être. NOTRE bien-être. La recherche du bonheur personnel est devenue une donnée commercialisable. En témoigne l’expansion des cours de sophrologie, de yoga, l’augmentation des consultations chez le psy et le foisonnement de publications littéraires écrites par nombre de gourous, de philosophes et de maître spirituels… en tous genres. Car il est parfois difficile de discerner le vrai du faux, le philosophe convaincu du charlatan, la méthode qui NOUS conviendra, et de laquelle nous deviendrons adepte. Derrière cette consommation d’objets ou de philosophies pour atteindre la paix intérieure, se cache une réelle demande.

En ce sens, le documentaire de Gaël Métroz est intéressant. Il vient enrichir un marché déjà bien foisonnant, avec une valeur ajoutée : celle de nous offrir une approche authentique de cette problématique, au plus près de l’humain, à son essence même. Sa démarche est originale et audacieuse, le sujet intriguant.

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Avec ce dernier film de Gaël Métroz, si vous cherchez des réponses, vous n’en aurez pas forcément. Ou alors pas celles que vous attendez et comme vous les voulez ! Disons que c’est plus compliqué que cela : la méditation, c’est un travail de longue haleine, Messieurs, Dames. Comprendre la méditation, c’est aussi un autre travail…

En regardant ce documentaire, deux options s’offrent donc à vous (il est d’ailleurs possible que tout au long du film, votre cœur balance entre ces deux ressentis, sans savoir lequel choisir) :

 Option n° 1 : Soit vous réagirez en bon occidental, matérialiste, de droite ou de gauche peut importe, et vous serez tenté de juger ce sâdhu (littéralement traduit par « celui qui cherche la vérité ») comme un homme qui finalement n’en branle pas une de ces journées et qui, au lieu de regarder les mouches voler –  vous direz-vous – ferait mieux de bouger ses fesses.

Option n°2 : Soit, en ôtant tout jugement de votre tête, avec « un peu » d’ouverture d’esprit, et de patience, vous vous laisserez toucher par la quête de cet homme. Cette quête fait écho dans nos cœurs et n’est finalement rien d’autre qu’une quête universelle et une problématique contemporaine : qu’est-ce-que le bonheur et comment trouver la paix intérieure ? Chacun trouve les réponses à sa manière et mène son propre pèlerinage. Ou pas.

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Car (revenons-en à notre critique), de prime abord, ça peut paraître un peu énervant : le documentaire n’apporte justement que peu de réponses. On ne sait pas vraiment d’où vient Suraj Bana, quelle était sa vie d’avant, ni pourquoi il a fait le choix de celle d’ermite. Sans doute le réalisateur a jugé que ce n’était pas là l’important. Les seuls moments où le sâdhu parle face à la caméra, c’est pour confier ses doutes. Et ce ne sont pas les gros plans sur ses yeux ou sa barbe qui nous aideront à y voir plus clair !

Mais c’est justement dans ce peu de réponses et de dialogues que ce film est une prouesse et parvient à établir un équilibre : la caméra nous emmène et nous fait vivre dans l’intimité la plus profond d’un homme et de son voyage intérieur. Comment en effet, filmer, subtilement de préférence, l’esprit d’un homme et ce qu’il pense ? Avec peu de dialogues, mais beaucoup de monologues, et beaucoup d’images. Du silence naîtra la sagesse, comme dirait l’autre.  De ce fait, la caméra se pose en observatrice de la société (à travers le rassemblement religieux de Kumbha Mela). Une société du spectacle ? (demande Guy Debord…). Sans doute, tant cet événement semble être devenu une sorte de foire.  Le réalisateur nous tend la main, pour nous aider à observer : il est notre guide qui filme un autre guide. La caméra devient alors le prolongement de notre œil.

Et puis le film de Gaël Métroz contient quelques référence philosophiques, indissociables de la spiritualité ; petit clin d’œil à l’allégorie de la caverne, lorsqu’on entend en voix-off un « Are we awake ? », tandis qu’à l’écran un homme se lève et quitte sa grotte vers la lumière de la sortie. La question du suicide (la vraie question philosophique, rappelons-le, selon Camus, qui introduit ainsi son essai « Le Mythe de Sisyphe »)  est également évoquée, non pas comme un drame, mais peut-être comme une réponse à quelque chose.

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Enfin, pour le plaisir de la prunelle, il y a comme décors les paysages majestueux des montagnes de l’Himalaya. On en oublierait de cligner des yeux…On ne veut pas en perdre une miette. C’est magnifique, magnifique, magnifique… De manière récurrente, ses belles images parsèment le film. Une manière de replacer l’homme dans un contexte plus « primitif », et de lui rappeler le respect qu’il doit vouer à Dame Nature. Car, au cas où il l’oublierait, c’est de là qu’il vient. Et dans ses moments de doutes, c’est auprès d’elle qu’il vient se ressourcer. Puis il faut dire qu’elle en jette Dame Nature, qu’elle nous cloue le bec par sa grandeur, son immensité, sa beauté, et son éternelle continuité.

Une Nature qui n’a d’égal en émotions que la musique du film : la bande-son est exquise. Omniprésente, elle apporte avec équilibre la nostalgie et l’émotion que ne permet pas forcément la méditation. Elle est aussi le reflet de deux cultures, indienne et occidentale, à l’époque de la mondialisation qu’est la nôtre. À regarder la passion de Suraj Baba pour la musique, on en vient à se demander s’il ne se serait pas trompé de voie, tellement cette dernière semble la seule capable de lui arracher ce sourire qui illumine tant son visage, la seule à même de le rendre serein, en paix avec lui-même. Elle cristallise sa remise en question fondamentale : faut-il mieux être un homme saint ou un homme bien ? Faut-il vraiment renoncer à tout ou se contenter d’une vie simple faite de tendresse et d’amour ?

 

Retrouvez les infos et la bande-annonce du film sur le site officiel : www.sadhu-lefilm.com

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Scénario 90%
Prises de vue 100%
Intérêt du documentaire 70%
Indice de confiance des informations 100%
Bande-son 85%
Vote final

Sâdhu est un documentaire majestueux, tant dans la quête spirituelle de l'acteur principal que dans les prises de vue et la mise en scène. Il retrace le combat intérieur d'un homme ébranlé dans sa foi, avec peu de dialogues, des images magnifiques et une bande-son omniprésente qui apporte une dose d'émotions. Ce film est une leçon d'humilité, et presque une leçon de vie.

Note finale 89%
Note des Lecteurs
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