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Room : Un drame puissant !


Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

  • Réalisateur(s): Lenny Abrahamson
  • Acteurs principaux: Brie Larson, Jacob Tremblay,William H.Macy
  • Date de sortie: 09/03/2016
  • Nationalité: Américaine
Emouvant !!

Emouvant !!

 

Adaptation cinématographique du Best-seller d’Emma Donoghue, « Room » est tiré d’une terrible histoire vraie. L’auteur a écrit le roman après avoir entendu parler de ce fait divers, où Elizabeth Fritzl a été emprisonnée, violée et agressée par son propre père pendant 24 ans, où pendant sa captivité, elle a donné naissance à 7 enfants. Le roman (et le film) s’appuie également sur deux autres faits divers, une jeune femme séquestrée par un couple pendant 18 ans, et aussi l’affaire ultra-médiatisée de Natascha Kampusch, séquestrée pendant 8 ans. « Room » a été mis en lumière lors des derniers Oscars, puisque son héroïne Brie Larson a été récompensée de l’Oscar de la meilleure actrice, un rôle que l’actrice avait mis de sa personne, où pour les besoins du tournage, elle n’a pas hésité à s’isoler du reste du monde pendant un mois et à faire un régime draconien pour s’approcher le plus possible des conditions de vie terribles de son personnage.

Je vais devoir effleurer un peu le récit du film, dont si vous voulez arriver vierge de plus d’information, ne lisez pas la suite. « Room » est un film découpé en deux parties, une première centrée sur la captivité d’une mère et de son fils (dont on met un moment à comprendre que c’est un garçon, et non une fille, malgré ses cheveux longs). Cette première partie nous immerge complètement dans un huis clos assez oppressant dans cette room, où l’on découvrira plus tard qu’il s’agira d’un abri de jardin. Puis, la seconde partie se situe à l’extérieur, et traite de l’apprentissage pour le fils ou la réadaptation pour la mère à la vie à l’extérieur de cet abri, et où les choses ne vont pas être si faciles que cela. La grande force du film est que le cinéaste Lenny Abrahamson (qui signe ici son sixième long-métrage) décide d’aborder le récit en adoptant le point de vue de l’enfant, particulièrement dans la première partie, ce qui rend le film d’autant plus touchant. On peut d’ailleurs regretter que la seconde partie dilue ce regard d’enfant avec d’autres points de vue.

Sublimé par une mise en scène exploitant merveilleusement les espaces en les entremêlants, l’intérieur de la room est filmé parfois objet sur objet qui fait ressortir un espace beaucoup large qu’il ne l’est en réalité. Inversement pour des espaces plus grands, filmé d’une manière parfois plus large, et détachée. L’intelligence du film est aussi de nous montrer que l’extérieur (de la seconde partie) au lieu d’être joyeux amène d’autres questions et soulève d’autres problématiques (comme la filiation difficilement acceptée du grand-père qui a du mal à accepter que son nouveau petit-fils soit le fruit d’un viol en captivité). Ainsi, Abrahamson montre que ce retour à la vie est parfois plus sombre et difficile que l’enfermement en lui-même.

« Room » est donc un drame assez mental, qui explore la psychologie de l’enfant, et aussi ce rapport tout-puissant de la mère et son enfant (celle ci ne va pas hésiter à prendre des risques inconsidérés pour faire évader son fils), tout cela avec une finesse dans son traitement et une douceur étonnante. Mais le film n’est pas seulement mental, il est aussi avant tout et surtout extrêmement touchant, le film parvient à toucher la corde sensible à deux reprises jusqu’aux larmes (la séquence de la libération et la scène de fin). A noter que Brie Larson n’a pas volé son prix et incarne à la perfection cette mère courage, et on ne peut que reconnaître ce jeune acteur, joué par Jacob Tremblay, formidable lui aussi. Le principal reproche que l’on puisse faire au film serait la longueur de sa deuxième partie (les deux parties du film durent le même temps, alors que la seconde partie aurait mérité à être écourtée d’un bon quart d’heure, ou étoffé par d’autres problématiques comme cette traque des médias, pas suffisamment mis en avant). Autre léger défaut, cette musique un poil trop pesante et omni-présente.

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SCENARIO 90%
MISE EN SCENE 92%
ACTEURS 89%
BANDE SON 77%
PHOTOGRAPHIE 88%
APPRECIATION GENERALE 88%
Vote final

Au final, « Room » est un drame subtil et sensible extrêmement poignant. Si on regrette que les deux parties du film (captivité d'un côté, liberté de l'autre) ne soient pas mieux équilibrées, on ne peut qu'être touché par ce film touchant qui nous interroge sur la force mentale, sur ce lien indéfectible entre mère et fils et sur le renversement par la mise en scène impeccable entre l'enfermement et la liberté.

Note finale 87%