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Rock’n roll : Un sommet d’autodérision !


Guillaume Canet, 43 ans, est épanoui dans sa vie, il a tout pour être heureux.. Sur un tournage, une jolie comédienne de 20 ans va le stopper net dans son élan, en lui apprenant qu’il n’est pas très « Rock », qu’il ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été, et pour l’achever, qu’il a beaucoup chuté dans la «liste» des acteurs qu’on aimerait bien se taper… Sa vie de famille avec Marion, son fils, sa maison de campagne, ses chevaux, lui donnent une image ringarde et plus vraiment sexy… Guillaume a compris qu’il y a urgence à tout changer. Et il va aller loin, très loin, sous le regard médusé et impuissant de son entourage.

 

  • Réalisateur(s): Guillaume Canet
  • Acteurs principaux: Guillaume Canet, Marion Cotillard,  Gilles Lellouche
  • Date de sortie: 15/02/2017
  • Nationalité: Française

Avec de très nombreux films à son actif en tant qu’acteur, et quatre films en tant que réalisateur, Guillaume Canet fait indéniablement parti du paysage cinématographique français. Le point d’orgue de sa carrière fut certainement en 2006-2007 où Canet a remporté le prestigieux César du meilleur réalisateur pour « Ne le dis à personne » avec François Cluzet. Le cinéaste a ensuite bouleversé le public avec « Les petits mouchoirs » en 2010 qui a rassemblé près de 5,5 millions de spectateurs. Son excursion dans le cinéma américain avec « Blood ties » trois ans plus tard s’est en revanche soldé par un échec commercial retentissant, avec seulement 238 000 entrées. Un échec financier et personnel qui l’a éloigné du cinéma et profondément déprimé. Il s’est notamment remis à l’équitation qu’il pratique en compétition, tout en concentrant sur son nouveau projet « Rock’n roll ». Entre temps, Guillaume Canet a tourné dans quelques films nécessitant un tournage court : « Le secret des banquises », « Cézanne et moi », « The program » ou encore le doublage des « Minions ». L’idée originale de « Rock’n roll » est venue il y’a deux ans lorsqu’une journaliste a interviewé Canet dans des termes qui ne correspondaient pas à l’image qu’il pense avoir de lui-même. Cela a fait émerger l’idée pour le cinéaste d’une volonté de casser son image de gendre idéal et de garçon trop sage qui lui sont constamment renvoyés. Il s’entoure pour cela, de sa bande de copains de cinéma : Philippe Lefebvre, Gilles Lellouche, Maxim Nucci et bien entendu Marion Cotillard, sa compagne dans la vraie vie.

Original et ambitieux, « Rock n’roll » se divise en deux parties. Pendant 1h-1h15, on suit donc Guillaume Canet, incarnant son propre rôle et devant lutter contre son image. On suit l’acteur dans le tournage d’un film mineur où il doit incarner le père d’un jeune femme de 20 ans. Or, malgré ses 43 ans, il se voit trop jeune pour le rôle. Ce conflit de génération entre lui et la jeune actrice renvoie Canet dans le côté beaucoup plus rangé de sa vie, ne consommant ni alcool ni drogues et devant gérer sa vie de famille. En première ligne, sa relation avec Marion Cotillard, actrice plus reconnue et dont il fait un léger complexe d’infériorité. Canet s’amuse à tordre ou à jouer sur toutes les idées que l’on se fait d’un couple de stars. Marion parle constamment québécois pour mieux s’imprégner d’un futur grand rôle dans le prochain film de Xavier Dolan et se sert de ses César comme pied de table, quand Guillaume pète au lit et s’inquiète d’une douleur suspecte sur un testicule.

Cette plongée dans le milieu du cinéma aborde le manque d’ambition du cinéma français, les batailles d’égo, le ravage des réseaux sociaux pouvant créer rapidement des scandales, ou encore la course au jeunisme, un des moteurs de cette comédie. « Rock’n roll » sort radicalement du chemin des comédies françaises formatées, en basculant dans un délire cartoonesque dans sa seconde partie. Guillaume Canet inflige avec malice une leçon d’autodérision, où après s’être moqué de l’image qu’il renvoyait aux gens, prend la décision folle de se transformer physiquement (je vous laisse la surprise quand à la manière dont ce changement se manifeste). Mais après une première partie « crédible » et restant dans le terrain du réalisme, Canet pousse encore plus loin le curseur dans sa seconde moitié, folle mais paradoxalement moins drôle et plus amère. La comédie fait également appel à des apparitions surprenantes (dont celle exaltante et droilissime de Johnny Hallyday). Par son final qui part très loin dans l’absurde, Guillaume Canet semble faire un bras d’honneur à ses détracteurs, en se moquant acidument de son image donnant lieu à un humour souvent ravageur. A noter aussi la bande originale excellente et qui révèle des moments de rêverie très drôles.

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SCENARIO 86%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 87%
HUMOUR 88%
BANDE SON 86%
APPRECIATION GENERALE 80%
Vote final

Comédie totalement atypique et décomplexée, « Rock'n roll » est un sommet d'autodérision et d'originalité qui tient toutes ses promesses. Malgré de légères longueurs ça et là, le film va au bout de son concept et demeure une comédie gentiment trash comme on aimerait en voir beaucoup plus dans le cinéma hexagonal.

Note finale 84%