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Réparer les vivants : En plein coeur !


Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

  • Réalisateur(s): Katell Quillévéré
  • Acteurs principaux: Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Kool Shen, Tahar Rahim
  • Date de sortie: 01/11/2016
  • Nationalité: Française

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Adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par Maylis de Kerangal, « Réparer les vivants » est le quatrième long-métrage de la jeune Katell Quillévéré, qui s’est surtout faite remarquer pour « Suzanne » en 2013, qui réunissait François Damiens, Adèle Haenel et Sara Forestier dans une spirale temporelle dans une famille qui s’aime et se déchire. La cinéaste, fascinée par la série récente « The Knick » a voulu transposer ce roman pour transformer son propre vécu de l’hôpital au cinéma et filmer le corps d’une manière « anatomique, poétique et métaphysique. » Sous le contrôle de Maylis de Kerangal qui a tenue a superviser la production de son œuvre, « Réparer les vivants » raconte 24 heures dans la vie de deux familles, l’une bouleversée par la mort de son fils, l’autre en attente d’un cœur, et qui vont être reliées par une greffe.

Katell Quillévéré découpe son film en deux parties. On commence par suivre Simon, un jeune homme de 17 ans, amoureux de Juliette mais aussi du surf auquel il s’adonne le matin dès l’aube avec deux potes. Jusqu’au jour où un accident de la route va provoquer la mort cérébrale de Simon. Le médecin va alors proposer aux parents bouleversés de Simon de pratiquer une greffe d’organes afin de sauver des vies. Dès les premières minutes, nous ressentons l’inéluctable accident se produire sans jamais savoir comment, ni quand celui ci se produira. La cinéaste mêle ce danger imminent avec la beauté à couper le souffle des plans aquatiques montrant les trois jeunes hommes faire du surf. Ce plan montrant Simon dans le creux de la vague littéralement est tout simplement sublime (saluons d’ailleurs le travail du chef-opérateur Tom Harari) mais ce plan est aussi très symbolique, renfermant les enjeux du film : la vie, la mort et la maternité. La scène de l’accident de voiture est également filmée d’une manière métaphorique par le biais d’une route se transformant en océan et d’une grande vague qui va se fracasser tel un mur sur les trois jeunes hommes.

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Le drame enclenché, s’ensuivra la réaction éplorée des parents, et la complexité du médecin incarné par Tahar Rahim, d’annoncer à la famille que rien ne pourra sauver Simon d’une mort programmée. Ce désespoir mélé aux quelques flash-backs sur Simon provoque déjà les premières larmes chez le spectateur, tétanisé devant cette situation d’une noirceur inimaginable. La seconde partie s’intéresse ensuite à Claire, malade du cœur et qui ne voit plus d’espoir en l’avenir. Son médecin veut la persuader de s’inscrire sur la liste si longue du don d’organe. Malgré sa réticence, elle va accepter pour l’amour qu’elle porte à ses grands fils ainsi qu’à une musicienne qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps. Lentement mais surement, le film va entremêler le sort de ses personnages, où Claire et Simon vont se trouver reliés.

Bouleversant, « Réparer les vivants » est un film nécessaire qui m’a rappelé pourquoi j’aime le cinéma, dans sa forme la plus pure et la plus directe en termes d’émotions. Loin d’être un clip pour la prévention routière (comme j’ai pu le lire), le film aborde cette question difficile du don d’organe d’une manière documentée mais aussi pleine de vie. Comme elle avait su déjà le faire dans « Suzanne », Katell Quillévéré nous saisit dans ce tourbillon émotionnel, renforcé par une mise en scène intelligente (en variant les points de vue de tous les personnages mêmes secondaires reliés par cette histoire) en misant aussi sur la symbolique et la poésie des images. Même les séquences d’opération chirurgicales évitent l’écœurement ! Dans son ton mélancolique poignant, le récit suit un rythme semblable aux palpitations cardiaques, battant avec raison mais capables de s’accélérer et de nous émouvoir au plus haut point en une fraction de seconde. Sans être un film choral, chaque acteur sert cette histoire sans jamais tirer la couverture : Emmanuelle Seigner est épatante en mère anéantie, Anne Dorval (connue pour son rôle de « Mommy ») est une nouvelle fois impériale et Tahar Rahim nous touche dans sa volonté de s’efforcer à toujours trouver les mots justes dans cette situation exceptionnelle. Mentionnons aussi la performance de Gabin Verdet, véritable surfeur dans la vraie vie, mais aussi la bande-son sublime d’Alexandre Desplat.

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VOICI LA SUPERBE BANDE-ANNONCE  DE CE MAGNIFIQUE FILM :

 

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SCENARIO 91%
MISE EN SCENE 94%
ACTEURS 95%
PHOTOGRAPHIE 94%
BANDE SON 87%
APPRECIATION GENERALE 93%
Vote final

Tétanisant, puissant et maîtrisé, « Réparer les vivants » touche en plein cœur ! Métaphorique et épuré, le récit déploie cet entrecroisement entre la vie et la mort d'une manière hautement émouvante, sans jamais verser dans le pathos ! On ressort du film sonné et hagard devant cette force indescriptible captée par Katell Quillévéré, mais aussi avec l'envie de s'intéresser au don d'organes. Indiscutablement, un film marquant de cette année 2016 !

Note finale 92%