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Quelques minutes après minuit : Un drame intime à la force fulgurante !


Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

  • Réalisateur(s):Juan Antonio Bayona
  • Acteurs principaux: Lewis MacDougall, Sigourney Weaver et Felicity Jones
  • Date de sortie: 04/01/2017
  • Nationalité: Américaine

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Après avoir réalisé « L’orphelinat » en 2007, Juan Antonio Bayona avait impressionné avec « The impossible » en 2012, un drame d’une subtilité et d’une émotion incroyable, qui avait totalement révélé le cinéaste en mettant en scène le tsunami en Thailande en 2004 par l’angle d’une famille américaine. Ce drame humain puissant avait été mon film préféré de l’année 2012. Avant de s’attaquer à deux grosses machines hollywoodiennes que sont « World war Z 2 » cette année, et « Jurassic World 2 » l’an prochain, Bayona se penche sur l’adaptation du roman « Quelques minutes après minuit » de Patrick Ness, un romancier spécialisé dans la littérature pour enfants. Cette histoire est d’abord née de l’imagination de Siobhan Dowd, décédée des suites d’un cancer avant d’avoir pu terminer son récit. Comme ses deux précédents films, Juan Antonio Bayona a été intéressé par ce projet pour ses thématiques qui touchent à l’enfance et la mort, et « des personnages qui se retrouvent dans une situation anxiogène, avec le spectre de la mort qui se profile à l’horizon. » pour reprendre les propres termes du cinéaste. Le réalisateur espagnol a souvent été comparé à Steven Spielberg dans ses thèmes et dans l’émotion pure qu’il parvient à délivrer -en ce qui concerne ses deux précédents films-.

« Quelques minutes après minuit » reprend d’ailleurs le même sujet du monstre gentil que Spielberg avait déjà mis en lumière dans son dernier film qui a toutefois déçu « Le bon gros géant ». Ce nouveau film de Bayona raconte l’histoire de Conor, un garçon de 12 ans qui vit difficilement la maladie de sa mère, atteinte d’un cancer. Un soir, l’arbre qui surplombe sa maison va prendre vie à 0h07, un monde imaginaire que seul Conor pourra voir de ses yeux. Contrairement aux apparences, « Quelques minutes après minuit » ne s’adresse pas aux plus jeunes, tant le discours autour du deuil est dur (trop sans doute pour les enfants). D’un point de vue stylistique, Bayona prouve une nouvelle fois, des capacités incroyables pour faire naître le fantastique, toujours relié au réel. Malgré des moyens moindres par rapport au cinéma hollywoodien, les effets spéciaux sont d’une beauté époustouflante, aussi bien dans la mise en scène des cauchemars de Conor que dans le visuel de cet arbre monstrueux mais gentil qui sert de lumière psychologique pour le jeune garçon. Le monstre (doublé par Liam Neeson) veut raconter trois histoires (filmés en images d’animation) qui vont se révéler être trois fables comme des allégories servant à expliquer la mort à Conor, et à le réconforter.

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Aussi douloureux et sensible dans sa dissection du déni, de la communication et de la mort qui semble inéluctable, « Quelques minutes après minuit » avance ses pions avec finesse, même si cela donne quelques redondances et longueurs (le film aurait peut-être mérité une durée écourtée), on ressort du long-métrage sonné par la force qu’il parvient à soulever dans son dernier quart d’heure. Psychologiquement violent, le film déploie une force poétique et vibrante qui nous prend véritablement aux tripes ! Lewis MacDougall se révèle complètement dans son regard teinté de peur et de tristesse de voir son monde d’enfants s’écrouler sous ses yeux sans qu’il puisse agir, et Sigourney Weaver, en grand mère autoritaire mais bienveillante est très convaincante.

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SCENARIO 81%
MISE EN SCENE 86%
ACTEURS 85%
EFFETS SPECIAUX 88%
BANDE SON 85%
APPRECIATION GENERALE 88%
Vote final

Profondément bouleversant (particulièrement dans son dernier quart d'heure), « Quelques minutes après minuit » est le premier film marquant de cette année ! Même si l'oeuvre manque parfois de liant, Juan Antonio Bayona tisse un drame teinté de fantastique d'une grande pudeur et pétri de qualités filmiques. Le cinéaste espagnol parvient à toucher notre point sensible le plus intérieur (le deuil d'un parent par le regard d'un enfant) avec une force fulgurante.

Note finale 85%