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Que Dios nos perdone : Thriller à l’espagnole (disponible en dvd depuis le 20 décembre)


Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

 

  • Réalisateur(s): Rodrigo Sorogoyen
  • Acteurs principaux: Antonio De La Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira
  • Date de sortie: 09/08/2017
  • Nationalité: Espagnole

 

Encensé par la critique à sa sortie, « Que Dios nos perdone » doit sa très bonne réputation aux deux prix qu’il a obtenu. Le Goya 2017 (récompensant le meilleur acteur espagnol) pour Antonio de la Torre et le Prix du Jury du meilleur scénario au Festival de San Sebastian. Troisième long-métrage de Rodrigo Sorogoyen après « 8 citas » et « Stockholm », « Que Dios nos perdone » a pour ambition de dépoussiérer le genre si balisé du thriller. Sorogoyen propose de détourner les traditionnels codes du thriller, car selon lui « Tout a déjà été fait dans le cinéma de genre. Le pervertir un peu me stimule et j’espère que cela a le même effet sur les spectateurs. C’est une sorte de motivation personnelle pour surprendre les gens…Même si je sais que j’invente rien avec ces ruptures. »

« Que Dios nos perdone » s’inscrit dans les pas de films néo-noir espagnols récents privilégiant le réalisme, comme « La isla minima » ou « La colère d’un homme patient ». Cette fois, Rodrigo Sorogoyen a souhaité traiter d’une histoire fictive (un tueur en série ne tuant que des vieilles femmes) à l’intérieur d’un cadre réel. A savoir le tumulte de l’été 2011, où Madrid fut sous le feu des projecteurs, avec à la fois les manifestations du mouvement des Indignés sur la place de La Puerta del Sol et la visite du Pape Benoît XVI lors des Journées mondiales de la jeunesse.

On y suit une enquête tentaculaire autour d’un meurtre aggravé d’un viol sur une vieille femme de 73 ans, retrouvée morte dans les escaliers de son appartement. Comme souvent dans les polars, l’enquête est menée par un duo de policiers atypique : un écorché vif passé tout près du renvoi suite à une bagarre et une homme souffrant d’un bégaiement appuyé.

Sous forme de course contre-la-montre, « Que Dios nos perdone » commence presque comme un film documentaire, la visite du Pape et le mouvement des Indignés prenant une place aussi voire plus plus importante que l’enquête policière. Le cadre du film ne sert pas seulement de prétexte au film puisque le cinéaste se joue de la situation en posant en toile de fond une question cruelle mais juste : « Comment faire pour convaincre la presse de divulguer cette affaire (dans le but de trouver des suspects) dans cette situation où tous les journalistes suivent de front les deux actualités brûlantes du moment? ». « Que Dios nos perdone » devient alors de plus en plus étouffant et par moments assez étouffant lorsque d’autres vieilles femmes sont retrouvées mortes et violées dans des circonstances de plus en plus violentes. Toutefois, le film est parasité par les vies privées peu intéressantes des deux policiers prenant trop de place dans le récit, qui aurait mérité à être plus ramassé. On peut regretter également le manque de charisme du policier incarné par Antonio de la Torre.

Néanmoins, au lieu de ne révéler le tueur qu’à la fin, le film devient littéralement palpitant lorsque l’identité du violeur est dévoilée aux 2/3 du film, apportant un second souffle au récit en devenant un jeu de pistes particulièrement jouissif. Sorogoyen parvient à surprendre dans toutes les étapes de son thriller, y compris dans son final, un climax intense, même si l’on peut regretter un dernier plan trop en suspens. Le titre y prend tout son sens où le bien et le mal s’entremêlent.

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SCENARIO 76%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 68%
PHOTOGRAPHIE 84%
BANDE SON 72%
APPRECIATION GENERALE 81%
Vote final

Au final, Rodrigo Sorogoyen atteint le but qu'il s'était fixé avec « Que Dios nos perdone », à savoir surprendre le spectateur constamment en proposant une variation du thriller. Si le film n'est pas dénué des maladresses, il demeure brut, violent et intelligent qui nous rappelle que le cinéma noir espagnol est bien vivant.

Note finale 77%