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Quand on a 17 ans : Une claque !!


Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l’un envers l’autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.

  • Réalisateur(s): André Téchiné
  • Acteurs principaux: Sandrine Kiberlain, Kacey Mottet-Klein, Corentin Fila
  • Date de sortie: 30/03/2016
  • Nationalité: Française
Quand les maux physiques cachent les maux psychologiques...

Quand les maux physiques cachent les maux psychologiques…

Cinéaste reconnu, André Téchiné a une vingtaine de films à son actif, parmi les plus connus « Les roseaux sauvages » (1994), « Les témoins » (2007) ou encore « Les innocents ». Ses précédents films, moins puissants sont considérés comme plus mineurs dans l’oeuvre du cinéaste (« La fille du RER » en 2009, « Impardonnables » en 2011 et dernièrement « L’homme qu’on aimait trop » en 2014). Pour son nouveau film, André Téchiné a eu l’idée (lumineuse) de faire équipe avec une des spécialistes de l’adolescence au cinéma de ces dernières années, Céline Sciamma, avec qui il a collaboré pour le scénario du film. C’est grâce à Sciamma que l’on a eu le droit au sublime « Tomboy » ou à « Naissance des pieuvres » qui mettaient en scène le trouble amoureux et sexuel dans l’enfance et l’adolescence. Téchiné qui avait déjà filmé l’adolescence et ses tourmants dans « Les roseaux sauvages » s’attaque cette fois à un récit relatant l’histoire de deux ados qui déchirent et ne parvenant pas à assumer leur attirance l’un envers l’autre. Présenté en compétition au dernier Festival de Berlin, et récompensé par le prix du meilleur acteur pour le jeune Corentin Fila au festival de Valenciennes, « Quand on a 17 ans » laisse la part belle donc à deux jeunes acteurs prometteurs, Corentin Fila, 27 ans repéré après des expériences de mannequinat et de théâtre mais qui n’avait jamais foulé les plateaux de cinéma. Et de l’autre côté, Kacey Mottet Klein, que l’on aperçu dans le très bon « Une mère » où il incarnait le fils rebelle de Mathilde Seigner.

Tourné dans les Pyrénées, et notamment à Luchon, « Quand on a 17 ans » se construit autour d’une structure en trois parties, représentant les trois trimestres d’une année scolaire. On y suit Damien vivant aux côtés de sa mère, palliant l’absence répétée de son père, engagé dans l’armée. Damien n’arrête pas de se battre avec Tom, un autre adolescent de sa classe, vivant dans les montagnes auprès de sa mère adoptive, et devant faire 1h30 de marche tous les jours pour suivre ses cours. Personne dans leur entourage ne comprend pourquoi ces deux ados en viennent aux mains, et se battent constamment. Jusqu’au jour où la mère de Tom tombe malade avant d’être enceinte, la mère de Damien lui proposant dès lors de garder Tom, le temps que celle-ci aille mieux tout en étant un bon prétexte pour remonter ses notes en chute libre. Peu à peu, on comprendra que cette haine réciproque envers les deux ados cache en réalité un autre secret.

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Tout au long du film, André Téchiné explore les affres du désir adolescent au travers de cette romance progressive. Traversé par d’autres thèmes comme l’adoption et la paternité, « Quand on a 17 ans » est sublimé par une photographie lumineuse et une mise en scène sublime très proche des corps, qui les effleurent et les caressent (par l’utilisation de plans rapprochés ou de gros plans) qui nous immiscent dans l’intimité de cette histoire. André Téchiné filme la nature comme nul autre cinéaste, tout en trouvant un sens à son histoire. Comme il l’avait montré précédemment avec « Les roseaux sauvages », sa mise en scène épouse la nature en y montrant sa beauté et sa grandeur, et y incorpore les problèmes intimes des personnages, avec une subtilité rare et une main de maître évidente. Au milieu de cette relation entre haine et amour, Sandrine Kiberlain est éblouissante en mère de famille absolument parfait, très à l’écoute et compréhensive des autres.

En accentuant son récit sur les non-dits des personnages, André Téchiné signe un film extrêmement fort sur le trouble amoureux et le désir entre deux êtres (nous rappelant à certains égards « La vie d’Adèle » de Kechiche), mais son film est vraiment singulier dans la manière dont il capte l’incandescence prégnante entre les individus, qui touche et bouleverse par son universalité. Alors que cette relation évolue en yo-yo dans la seconde partie, un drame va frapper la famille de Damien et avoir une incidence dans sa relation avec Tom. Dans ces parcours familiaux différents et opposé (le deuil et la maternité entourant le récit), le film excelle à être un manifeste de tolérance, aussi bien de l’orientation sexuelle (jamais un jugement négatif des autres personnages), de la situation sociale ou raciale. André Téchiné va bien au-delà du film militant, il filme la psychologie des personnages avec profondeur et humanisme qui font un bien fou, tout en étant aidé par ces deux jeunes comédiens Kacey Mottet Klein et Corentin Fila, révélations du film. Nul doute que l’on reparlera de ce film aux prochains César l’année prochaine, je vous en fait le pari.

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SCENARIO 95%
MISE EN SCENE 94%
ACTEURS 95%
BANDE SON 90%
PHOTOGRAPHIE 91%
APPRECIATION GENERALE 95%
Vote final

Sublime, nécessaire, exaltant et sensuel, « Quand on a 17 ans » est indéniablement le meilleur film de ce début d'année et une véritable claque cinématographique. Bien au dessus d'une simple romance, André Téchiné capte ce qui est habituellement de l'ordre de l'impalpable : la haine, le désir, l'amour avec une fluidité et une pudeur touchante tout en y ajoutant la beauté des paysages, filmés comme un personnage. Chapeau à monsieur Téchiné et ses 3 brillants acteurs !

Note finale 93%