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Problemos : Imparfait mais audacieux


Jeanne et Victor sont deux jeunes Parisiens de retour de vacances. En chemin, ils font une halte pour saluer leur ami Jean-Paul, sur la prairie où sa communauté a élu résidence. Le groupe lutte contre la construction d’un parc aquatique sur la dernière zone humide de la région, et plus généralement contre la société moderne, la grande Babylone. Séduits par une communauté qui prône le « vivre autrement », où l’individualisme, la technologie et les distinctions de genre sont abolis, Jeanne et Victor acceptent l’invitation qui leur est faite de rester quelques jours. Lorsqu’un beau matin la barrière de CRS qui leur fait face a disparu…la Communauté pense l’avoir emporté sur le monde moderne. Mais le plaisir est de courte durée…à l’exception de leur campement, la population terrestre a été décimée par une terrible pandémie. Ce qui fait du groupe les derniers survivants du monde. Va-t-il falloir se trouver de nouveaux ennemis pour survivre ?

 

  • Réalisateur(s): Eric Judor
  • Acteurs principaux: Eric Judor, Blanche Gardin et Youssef Hajdi
  • Date de sortie: 10/05/2017
  • Nationalité: Française

Depuis la séparation de son duo comique avec Ramzy Bedia (qui a donné lieu à deux films « Seuls two » et « La tour 2 contrôle infernale »), Eric Judor a mené sa barque hors du système français, avec des productions atypiques. On l’a vu dans les films de Quentin Dupieux (Wrong cops, Steak), à la télévision (la série « Platane ») et des comédies audacieuses mais passées inaperçues : « Mohamed Dubois », « Hénaut Président ». Pour son troisième film en tant que réalisateur, Eric Judor a voulu se moquer gentiment des zadistes. Pour se documenter, il s’est rendu notamment dans des rassemblements de « Nuit debout », et a pu constater l’aspect mini-laboratoire où chacun donnait son avis, mais qui, faute de leader, menait à la cacophonie.

« Problemos » s’inscrit dans une volonté de se détourner des traditionnelles comédies françaises parisiennes, urbaines et auto-centrées. En cela, « Problemos » se veut un film atypique, dans sa manière d’exploser les codes. On se trouve plongé en pleine cambrousse, et l’on suit un couple Jeanne et Victor qui va faire une halte en rentrant de vacances dans une communauté de zadistes coupée du monde. Ils vont apprendre alors par le portable d’une jeune vacancière qu’une pandémie mondiale a eu lieue et qu’ils sont désormais les seuls survivants. Aussi bien dans la mise en scène à plat que dans les dialogues, « Problemos » détonne ! On pense beaucoup à « La tour Montparnasse infernale » (ou sa suite moins inspirée) dans la manière dont Eric Judor exploite une situation désespérée pour la rendre désopilante, par le biais de personnages farfelus et déjantés. Comme on pouvait malheureusement s’y attendre, le film est handicapé par un aspect foutraque et désordonné dans son scénario assez fouilli. La mise en scène assez fade n’apporte pas grand chose non plus.

Toutefois, de ce désordre, jaillit d’excellentes idées. Eric Judor a eu la judicieuse idée de refléter l’état du monde au travers de ce microcosme d’individus. Il montre l’hypocrisie et le double discours des personnages aux idéaux d’unité et de partage, qui vont se voir attiré par le matériel et le bienfait inestimable d’une douche chaude. Le film traduit les défauts profonds des Hommes (la quête de confort à tout prix, la lutte de pouvoirs entre une société horizontale et une autre verticale, le besoin de reconnaissance) dans une comédie qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais qui s’inscrit dans le cadre des comédies françaises hors du cadre. On retiendra de cette comédie les performances enlevées d’Eric Judor et de Blanche Gardin (en prêtresse du groupe) et de nombreuses scènes hilarantes traduisant d’une modernité et d’une vraie fraîcheur.

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SCENARIO 72%
MISE EN SCENE 64%
ACTEURS 76%
HUMOUR 66%
PHOTOGRAPHIE 64%
APPRECIATION GENERALE 72%
Vote final

Même si « Problemos » souffre d'un scénario pas suffisamment tenu, Eric Judor signe une fable acerbe sur les double discours des Hommes, confrontés à des situations extrêmes. Cette comédie décalée se révèle être plaisante et intelligente malgré son aspect foutraque. On appelle ça un bordel organisé !

Note finale 69%