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Pris de court : Un engrenage infernal quasi-parfait


Nathalie est joaillère et vient de s’installer à Paris pour un nouveau travail et une nouvelle vie avec ses deux fils. Mais la direction de la bijouterie change soudainement d’avis et lui annonce que le poste ne sera pas pour elle. Nathalie veut protéger ses enfants et décide de ne rien leur dire. De ce mensonge vont naître d’autres mensonges de part et d’autre. L’engrenage commence…

 

  • Réalisateur(s): Emmanuelle Cuau
  • Acteurs principaux: Virginie Efira, Gilbert Melki, Marilyne Canto
  • Date de sortie: 29/03/2017
  • Nationalité: Française

Après avoir enchaîné les comédies romantiques ces dernières années (« Un homme à la hauteur », « 20 ans d’écart », « Et ta soeur », « Une famille à louer » ou encore « Le goût des merveilles »), l’ex-animatrice Virginie Efira a pris une autre dimension l’an dernier. 2016 aura en effet marqué un tournant dans sa carrière d’actrice, avec une première nomination de meilleure actrice aux César pour son rôle dans « Victoria » mais aussi un second rôle marquant dans « Elle » qui décrocha le César du meilleur film. Dix ans séparent le précédent film d’Emmanuelle Cuau prénommé « Très bien merci ! » et « Pris de court », défini par la cinéaste elle-même comme un thriller familial. Avec ce film, elle n’a pas cherché à faire un film social mais plutôt raconter l’histoire d’une mère prête à tout pour sortir son fils d’un mauvais pas. Tourné seulement trois jours après les événements du 13 novembre 2015, le film s’est vu remanié, en raison de l’interdiction des rassemblements, ce qui a compliqué les tournages en extérieurs.

« Pris de court », c’est l’histoire d’un engrenage infernal. Une histoire banale qui finit par tourner très mal ! Tout débute lorsque Nathalie, originaire du Canada, s’installe à Paris avec ses deux fils après avoir été embauchée dans une bijouterie. Seulement, lors du premier jour, elle reçoit un coup de téléphone lui signifiant que le poste n’est plus pour elle. Une situation sociale affreuse, teinté d’incompréhension, que Nathalie va devoir surmonter. Elle va alors décider de cacher à ses deux fils, Paul, l’aîné et Bastien le cadet, sa situation, et va s’atteler rapidement à chercher un emploi. Jusqu’à ce que Paul s’aperçoit que sa mère lui ment et va tremper dans un trafic de drogues aux conséquences désastreuses. « Pris de court » se présente comme une chronique minimaliste, dépouillé de tout effet. Emmanuelle Cuau parvient parfaitement à illustrer l’effet boule de neige, où un mensonge amène à un autre, et mènera progressivement aux problèmes.

Difficile de résumer le film sans trop en dire sur les multiples rebondissements et secrets. L’intrigue se tisse telle une toile d’araignée, enfermant les personnages dans leur mensonges, pris dans leur propre piège qu’ils ont eux-même fabriqués suite à un coup du sort. Dans ce récit aux allures de huis clos à ciel ouvert, Virginie Efira continue de nous épater dans l’élargissement de son jeu d’actrice, et dans un jeu beaucoup plus dramatique qu’auparavant. Son rôle de mère dépassée par la situation née de ses mensonges, tout en étant pétrie de culpabilité, est formidablement tenue et taillée sur mesure pour elle. Les deux fils joués par Renan Prévot et Jean-Baptiste Blanc impressionnent également, alors que Gilbert Melki reprend de nouveau le rôle du méchant de service tout en sobriété. Sans jamais en faire trop, Emmanuelle Cuau maîtrise son récit par un suspense savamment dosé, maîtrisant son récit très court (le film ne dure qu’1h24). La chronique sociale et familiale se mue progressivement en thriller minimaliste. La cinéaste se démarque par le suspense qu’elle fait émerger de ces petits rien, de ces regards et de ces situations touchant cette famille mono-parentale. Cuau prouve son talent de metteure en scène par une belle sobriété et une mise en scène tourbillonnante qui aime ses personnages. Néanmoins, le film pêche dans son final manquant de crédibilité et de réalisme, et qui pose un réel souci de moralité. Par excès de sobriété sans doute, le film ne va pas aussi loin que l’on aimerai qu’il aille, mais se contente d’une fin convenue et décevante. Loin de l’image laissée pendant la première heure maitrisée et quasi parfaite.

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SCENARIO 79%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 82%
PHOTOGRAPHIE 76%
BANDE SON 64%
APPRÉCIATION GENERALE 79%
Vote final

Avec « Pris de court », Emmanuelle Cuau signe un quasi sans fautes dans sa première heure. Porté par le talent de Virginie Efira dans un jeu plus dramatique et par les deux enfants impressionnants, le film mi chronique familiale dramatique- mi thriller nous montre comment nos choix peuvent nous enfermer dans une situation irrésolvable. Dommage que le final choisisse la solution de facilité et n'aille pas au bout de ses palpitantes intentions.

Note finale 77%