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Premier contact : « Rencontres du 3ème type » à la sauce Villeneuve


Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

  • Réalisateur(s): Denis Villeneuve
  • Acteurs principaux: Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker
  • Date de sortie: 07/12/2016
  • Nationalité: Américaine

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En seulement une poignée de longs-métrages, Denis Villeneuve est devenu un des cinéastes canadiens les plus reconnus, aux côtés de Xavier Dolan. Après la reconstitution saisissante d’une tuerie dans un lycée dans « Polytechnique » en 2009, le talent de Denis Villeneuve a éclaté au grand jour dans « Incendies » qui lui a permis d’obtenir le prix du meilleur film francophone aux Lumières de la presse étrangère, le seul prix décroché par le cinéaste. Il est rentré ensuite dans une autre dimension avec deux thrillers prenant et mystérieux qui empruntaient beaucoup au cinéma hollywoodien, à savoir « Prisoners » et « Enemy », dans lesquels on retrouvait l’excellent Jake Gyllenhall. Enfin, l’an dernier, Villeneuve a proposé un véritable tour de force avec le tétanisant « Sicario » sur les cartels mexicains. Après avoir donc proposé des thrillers et films policiers, le cinéaste canadien s’attaque au film de science-fiction, un genre qu’il compte encore explorer avec la suite de « Blade Runner » en salles l’an prochain.

Adaptation du roman « L’histoire de ta vie » de Ted Chiang, « Premier contact » s’inscrit dans la lignée des films de science-fiction sur des extraterrestres, sans verser dans le film catastrophe et les destructions en tout genre, comme « Independance day ». Denis Villeneuve se placerait plutot entre « Rencontres du troisième type » de Spielberg ou « District 9 » de Neil Blomkamp. Avec une louche de « 2001, l’odyssée de l’espace » de Kubrick pour le côté monolithique inquiétant. Tout en reprenant les thèmes traditionnels et obsessionnels de ses films (le deuil, le traumatisme, la famille), Denis Villeneuve développe son film comme une œuvre d’art, sublime visuellement mais dont on ne saisit pas toujours son sens. « Premier contact » entremêle deux histoires : l’arrivée subite de douze objets non identifiés aux quatres coins du globe, et celle de Louise Banks linguiste et appelée pour travailler sur « le vaisseau américain ». Par de savants flash-backs, on découvre le drame humain de Louise (au travers de la perte de sa fille). Le drame intime rejoint l’histoire majuscule, de ces aliens dont leur présence sur Terre pose forcément question.

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L’imagerie de « Premier contact » est d’une beauté saisissante, à l’instar des précédents films du cinéaste. Qu’il s’agisse des paysages de campagne, que dans l’intérieur du vaisseau, à la fois inquiétant par sa noirceur que rassurant dans ces lois de la gravité qui « sauvent » les personnages, Villeneuve injecte une touche de poésie dans sa mise en scène, qui transpire la paix entre les peuples dans sa douceur quand il s’agit de filmer les aliens, en confrontation avec les dirigeants mondiaux montrés sans affect, et rangés dans les multiples fenêtres de l’ordinateur. Au niveau du scénario, le bilan est un peu plus contrasté. La structure du récit fonctionne de manière circulaire, comme un palindrome (qui peut se lire dans les deux sens, à l’image du prénom de la fille de Louise, prénommée Hannah). Le récit qui brouille les pistes parvient à faire grandir la peur chez le spectateur mais aussi dans le regard de cette héroine désobéissante et brillante, jouée par une Amy Adams très attachante. Toutefois, les nombreuses qualités du film se trouvent rabaissées par son aspect bancal, avec un lot de questions qui restent en suspens chez le spectateur. Même si le long-métrage de Villeneuve est nettement plus compréhensible qu’ « Interstellar », les questions liés au décryptage de la linguistique alien laisse parfois perplexe dans ce film qui ne manque pas de longueurs également.

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SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 86%
ACTEURS 81%
PHOTOGRAPHIE 86%
BANDE SON 82%
APPRECIATION GENERALE 74%
Vote final

Si le casting et la réalisation de Denis Villeneuve sont impeccables, cette nouvelle « rencontre du 3ème type » est formellement sublime (dans sa construction en palindrome, tout comme l'aspect minimaliste de l'ensemble), le film mais se révèle un peu bancal, ne répondant pas à toutes les questions. Un film, certes incomplet, mais qui hante l'esprit plusieurs jours après la projection, ce qui pourrait faire de « Premier contact » une œuvre potentiellement culte rétroactivement.

Note finale 80%