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Préjudice : Un huis clos hermétique


Lors d’un repas de famille, Cédric, la trentaine, vivant toujours chez ses parents, apprend que sa soeur attend un enfant. Alors que tout le monde se réjouit de cette nouvelle, elle provoque chez lui un ressentiment qui va se transformer en fureur. Il tente alors d’établir, aux yeux des autres, le préjudice dont il se sent victime depuis toujours. Entre non-dits et paranoïa, révolte et faux-semblants, jusqu’où une famille peut-elle aller pour préserver son équilibre ?

  • Réalisateur(s): Antoine Cuypers
  • Acteurs principaux: Nathalie Baye, Arno Hintjens, Thomas Blanchard
  • Date de sortie: 03/02/2016
  • Nationalité: Belge, Luxembourgeois, Néerlandais

Préjudice-film-critique

 

Premier long-métrage du cinéaste Antoine Cuypers, « Préjudice » nous permet de retrouver Nathalie Baye dans un film plus modeste en terme budgétaire. Cuypers explique comment il a choisi le couple formé par Nathalie Baye et Arno Hintjens : « Dans l’esprit des gens, Nathalie est associée à des rôles lumineux et doux, pourtant elle est très complexe, avec une vraie séduction. Je la trouvais extraordinaire dans Laurence Anyways de Xavier Dolan. Elle a tout de suite vouli faire mon film et elle m’a fait une immense confiance. Arno a accepté tout de suite ce rôle à contre-emploide bourgeois presque papy, c’est ça qui l’intéressait je pense. » Le cinéaste nous plonge dans un huis clos en pleine famille, qui nous fait de prime abord beaucoup penser à « Festen » de Thomas Vinterberg que Cuypers avait en tête, tout comme les films de Maurice Pialat et Michael Haneke.

« Préjudice » suit donc comment une famille doit gérer le caractère atypique et renfermé d’un de leur fils Cédric. Le spectateur s’assied donc à la table de cette famille semblant très vite dysfonctionnelle. Et s’il a fallu 5 ans au film pour voir le jour (de son écriture à sa sortie), « Préjudice » est un film qui cherche constamment à nous déstabiliser, dans sa forme, tout d’abord, où le film oscille entre un thriller, des séquences de comédie grinçante, avant que le drame psychologique ne vienne à prendre une place plus importante. Mais le film est aussi très ambigu sur son fond, où l’on ne comprend pas toujours les intentions de ce fils, que l’on sent mal à l’aise et rejeté par sa famille. Sans cesse, on cherchera à comprendre si Cédric est réellement malade ou si un secret plus profond se cache derrière. Autour de lui gravite un mère possessive extrêmement rude (jouée par Nathalie Baye avec talent), un père plus effacé, et un frère et une sœur assez dominateurs.

Parfaitement mis en scène par Antoine Cuypers (certains plans comme celui de l’orage au ralenti est sublime), ce drame psychologique sur fond de huis clos insiste sur la complexité naturelle des rapports humains (l’amour se conjuguant souvent avec la haine). Ce règlement de compte en famille tendu et dur ne laisse aucun temps mort au spectateur, enfermé littéralement dans les méandres des secrets de cette famille. Dégageant une atmosphère anxiogène à souhait, « Préjudice », malgré ses indéniables qualités stylistiques, dégage une certaine froideur et se révèle très hermétique dans son propos (ce qui est parfois le principal défaut du cinéma belge, où son caractère renfermé et atypique le rend difficilement accessible). De plus, le film suit un rythme très lent (il ne se passe pas grand chose narrativement, le film manquant parfois d’explication sur quelques points).

 

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SCENARIO 61%
MISE EN SCENE 73%
ACTEURS 71%
BANDE SON 62%
PHOTOGRAPHIE 68%
APPRECIATION GENERALE 65%
Vote final

Imparfait et maladroit donc, mais pas foncièrement mauvais, « Préjudice » laissera toutefois une empreinte forte aux spectateurs curieux de découvrir un cinéma différent (très inspiré par des cinéastes comme Kubrick ou Fincher), et que l'on aime ou non, on ne peut pas rester indifférent à cette expérience de cinéma.

Note finale 66%