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O fantasma : Animalité provocatrice


Interdit aux moins de 16 ans
Sergio (Ricardo Meneses), jeune éboueur lisboète, n’a qu’un seul désir en tête : faire l’amour avec des hommes de passage. Le fantôme de ses rêves se présente bientôt à lui. Sergio va le pister comme un chien.

  • Réalisateur(s): Joao Pedro Rodrigues
  • Acteurs principaux: Ricardo Meneses, Beatriz Torcato, André Barbosa
  • Date de sortie: 21/03/2001
  • Nationalité: Portugaise

O fantasma 1

Deuxième long-métrage du cinéaste portugais Joao Pedro Rodrigues, « O fantasma » est souvent cité en référence (et particulièrement par la presse cinéphile) comme étant « un chef d’oeuvre absolu du tout début du XXI ème siècle !). Vu il y’a plusieurs années lors d’un passage à la télévision très tard sur Arte, je n’en avais plus beaucoup de plaisir, et j’ai donc eu l’occasion de revoir « O fantasma », film à l’intrigue étrange, mettant en scène un éboueur divaguant dans la nuit en plein Lisbonne à la recherche de plans sexe d’un soir, et particulièrement le sexe fétichiste et sado-masochiste.

Impulsif, intriguant et mystérieux, « O fantasma » désarçonne constamment le spectateur. C’est l’une de ses forces (de ne jamais aller là où on l’attend) mais c’est aussi une de ses faiblesses (son inconsistance). En mettant en avant dès son premier plan, un chien, Rodrigues nous incite à considérer l’histoire qu’il nous présente, comme un film où les frontières entre ce qui fonde l’Humanité (et nos conventions sociales) et l’animalité s’abolissent progressivement. Comme en témoigne évidemment le personnage du héros, un personnage dont on ignorera toute sa psychologie et qui se mettra par exemple à lécher sa moto ou à porter le slip d’un homme qu’il aime en secret.

Quasiment dénué de dialogues de bout en bout, « O fantasma » est ce que l’on pourrait appeler un film trash et provocant dans le récit qu’il raconte, en étant enveloppé dans une mise en scène à l’esthétique particulièrement soignée et réussie. Cela crée de ce fait un fort contraste entre un récit très dur et une mise en scène lumineuse. A ce titre, la photographie de Rui Poçcas (invité lors du 35ème Festival international du film d’Amiens) se révèle très belle, incandescente, se montrant au spectateur comme une oeuvre d’art, et distille surtout un aspect fantomatique à la fois inquiétant et intéressant. Peu à peu, le film bascule dans une déstructuration narrative totale, où le personnage devient un animal dans cette combinaison en latex. Est-ce à dire que chaque Homme est un animal? Est-ce à montrer un rapport au sexe exacerbé qui mène à la folie ? Est-ce à dire que le monde court à sa perte ? Autant de questions auxquels le film ne répond pas, et peut laisser d’une certaine façon le doute et la frustration au spectateur, comme en témoigne ces 20 dernières minutes, presque incompréhensibles…

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SCENARIO 63%
MISE EN SCENE 77%
ACTEURS 78%
BANDE SON 64%
PHOTOGRAPHIE 77%
APPRECIATION GENERALE 60%
Vote final

Réputé comme chef d'oeuvre des années 2000, "O fantasma" est surtout un film trash et dérangeant, où la dureté du récit se heurte à la poésie de la mise en scène. En montrant le cheminement d'un homme devenant peu à peu animal, le film désarçonne autant qu'il peut impressionner.

Note finale 69%