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Numéro une : Une dénonciation du sexisme prévisible et peu inspirée (En DVD le 20 février)


Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l’énergie, jusqu’au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d’influence lui propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d’ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s’annonçait exaltante, mais c’est d’une guerre qu’il s’agit.  
  • Réalisateur(s): Tonie Marshall
  • Acteurs principaux: Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry
  • Date de sortie: 11/10/2017 et disponible en dvd le 20/02/2018
  • Nationalité: Française

Réalisatrice de « Venus Beauté institut », de la comédie romantique « Tu veux ou tu veux pas » et productrice du très bon « Moka », Tonie Marshall explore cette fois le monde de l’entreprise, sous l’angle du sexisme. La réalisatrice se souvient : « Il y a six ou sept ans, j’ai eu l’idée d’une série, Le Club, sur un réseau de femmes d’influence. Cette série interrogeait la difficulté pour les femmes d’accéder à des postes importants dans le milieu de la politique, de l’industrie, de la presse… J’ai proposé le projet à diverses chaînes. Seule Arte avait ouvert un oeil mais ils diffusaient Borgen, sur un sujet assez proche. Je continuais à penser à ce sujet et je me suis dit qu’il y avait là matière à un film si je réduisais le nombre de personnages et me concentrais sur un seul lieu de pouvoir. A l’abstraction de la politique, qui repose sur des compromis et des tractations, j’ai préféré le concret de l’industrie. »

Le monde de l’entreprise (et ses travers) passionnent le cinéma français, qui a proposé plusieurs films traitant de ce sujet : « Corporate » de Nicolas Silhol, « Le couperet » de Costa-Gavras, « Ressources humaines » de Laurent Cantet, le surprenant « De bon matin » avec Jean-Pierre Daroussin ou encore « Carole Matthieu » portée magistralement par Isabelle Adjani. Dans cette longue liste loin d’être exhaustive, « Numéro une » part d’un point de départ original, celui de traiter du sexisme, en montrant le parcours du combattant pour une femme d’accéder à des postes à responsabilité. Si le pitch était prometteur, le résultat se révèle beaucoup plus mitigé. Bien sûr, On applaudit des deux mains la performance impeccable d’Emmanuelle Devos, qui se trouve être d’ailleurs nommée aux prochains César pour son rôle dans ce film. Malheureusement, elle porte à bout de bras un film qui ne parvient pas à trancher entre un film d’entreprise et une étude des moeurs autour du sexisme. Cette absence de choix par Toni Marshall donne l’impression d’un film qui tourne très vite en rond autour de son sujet. Les seconds rôles masculins (Benjamin Biolay et Richard Berry) font ce qu’ils peuvent, mais « Numéro une » déçoit par son manque de tension nerveuse et pâtit d’un rythme extrêmement lent. Certes, l’étude de la misogynie ordinaire au travail est assez intéressante, et aurait méritée à être davantage explorée. Le film manque singulièrement de clarté dans son récit et se transforme vite en un film accessoire, qui est à découvrir uniquement pour le talent fou de son actrice principale Emmanuelle Devos.

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SCENARIO 49%
MISE EN SCENE 60%
ACTEURS 74%
PHOTOGRAPHIE 63%
BANDE SON 54%
APPRECIATION GENERALE 59%
Vote final

Si l'étude de la misogynie "ordinaire" au travail est louable, "Numéro une" est un film bancal ne parvenant pas à choisir entre une critique du sexisme et un film d'entreprise, les deux ne se confondant pas assez. Reste l'interprétation sans faille de la talentueuse Emmanuelle Devos qui porte le film à bouts de bras.

Note finale 59%