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Nos années folles : le désenchantement Téchiné


La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul…

 

  • Réalisateur(s): André Téchiné
  • Acteurs principaux: Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet
  • Date de sortie: 13/09/2017
  • Nationalité: Française

L’an dernier, André Téchiné m’avait absolument bouleversé avec « Quand on a 17 ans », une histoire touchante de deux ados refoulant leur homosexualité en se servant de la violence. Le réalisateur des « Roseaux sauvages » sort des histoires contemporaines pour s’intéresser à l’histoire vraie d’un couple sur fond de Première Guerre mondiale. Relatée dans le roman « La garçonne et l’assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des Années folles » (de Fabrice Virgili et Danièle Voldman), cette histoire vraie a également inspiré la bande-dessinée « Mauvais genre » de Chloé Cruchaudet. André Téchiné n’a pas voulu faire un biopic sur Paul Grappe mais voulait mettre en lumière le couple. Pour des raisons de coût, le cinéaste a voulu éviter la reconstitution et le film d’époque pour se concentrer sur les sentiments des personnages.

Alors que « Quand on a 17 ans » regorgeait d’émotions avec une vraie étude psychologique des personnages, « Nos années folles » fait retomber le soufflé du souvenir de son précédent excellent film. Le synopsis nous rappelait bon nombre de récits évoquant le travestissement, et en particulier « Danish girl » de Tom Hooper avec la prestation brillante et étourdissante d’Eddie Redmayne. Malgré sa promesse encourageante, « Nos années folles » est loin du compte ! A commencer par son titre. La chronologie promise n’est pas aboutie, et l’on se perd dans les différentes étapes du récit. Quand à la folie, elle est aux abonnées absentes. Le film apparaît comme figé dans le temps, avec un immobilisme appuyé. Mais revenons-en au scénario, qui nous présente un couple aimant (dans les deux du terme). Pour fuir la guerre, Pierre va se mutiler et va se voir proposer par sa femme de se travestir. D’abord réticent, Pierre va accepter. Et c’est là que le film va complètement déraper en sortant totalement de tout réalisme.

Si le film aurait pu suivre le difficile apprentissage de son nouveau corps féminin, André Téchiné prend une toute direction, avec des problèmes d’écriture assez béants. En effet, tout juste travesti, Pierre va, la scène suivante, se prostituer au bois de Boulogne ! Une erreur d’écriture faisant complètement retomber le réalisme que Téchiné s’était échiné à mettre en place. D’autres maladresses viennent plomber le film : une mise en abîme du film sur une scène de théâtre n’apportant aucun intérêt, des scènes de tranchée assez ridicules dans son manque de réalisme et un montage haché. Mais l’autre point noir du film est sans conteste son manque de tension dramatique. Téchiné abandonne en cours de route la traque de la milice française envers Pierre. Le film déçoit par son cruel manque de suspense et de surprise, et se drape dans un faux rythme ronronnant empreinte d’une poésie omniprésente. On retiendra essentiellement la performance sans fausse note de Pierre Deladonchamps (de nouveau dans un rôle charnel après « L’inconnu du lac ») et Céline Sallette, dans le rôle de cette femme courage et compréhensive. Même le final du film arrive comme un cheveu sur la soupe sans avoir su rendre le récit un temps soit peu palpitant.

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SCENARIO 32%
MISE EN SCENE 53%
ACTEURS 67%
PHOTOGRAPHIE 68%
BANDE SON 61%
APPRECIATION GENERALE 34%
Vote final

Après le bouleversant « Quand on a 17 ans », ce nouveau film d'André Téchiné ressemble à un désenchantement total. Si cette histoire de travestissement sur fond de guerre avait de sérieux atouts, « Nos années folles » souffre de défauts d'écriture majeurs et irréversibles et d'un manque de tension dramatique total. Seul le jeu d'acteur et la très belle photographie apportent au film une réelle valeur ajoutée.

Note finale 52%