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Nocturama : le « film-alumette »


Film avec avertissement. Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents.  Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale.  Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux.  Ils convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes.  La nuit commence. 

 

  • Réalisateur(s): Bertrand Bonello
  • Acteurs principaux: Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers
  • Date de sortie: 31/08/2016 et en dvd le 25/01/2017
  • Nationalité: Française

Après avoir réalisé « L’Apollonide », un drame dans une maison close, puis un biopic dans l’univers de la mode avec « Saint-Laurent », Bertrand Bonello change totalement de registre en se plaçant non plus dans le passé, mais dans une réalité plus contemporaine, celle d’une spirale de la violence. Dans ce premier film de Bonello tourné en numérique, on assiste à une lente descente aux enfers. Le film vient d’un ressenti du cinéaste qui qualifie la société française d’effet « cocotte minute ». Comme il l’explique : « C’est à dire quelque chose qui frémit et face auquel je me pose souvent la question de « Pourquoi ça n’explose pas » ? Evidemment, le propre du comportement humain, c’est de s’adapter, d’intégrer et d’admettre des choses qui, finalement, sont inacceptables. Puis de temps en temps dans l’Histoire, il y a une insurrection, une révolution. Un moment où les gens disent stop. »

D’abord nommé « Paris est une fête », le film qui traite du sujet brûlant du terrorisme a finalement changé de nom à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Peut-être par la proximité trop forte avec la réalité ou en raison d’une mauvaise distribution, « Nocturama » a connu un échec cuisant au box-office avec 55 319 entrées, pour un taux de rentabilité de seulement 6%. Ce film dérange autant qu’il intrigue. Et ce, dès son ouverture, dans une certaine étrangeté avec une vue du ciel de Paris, sur fond sonore d’hélicoptère. De ce plan lumineux façon « carte postale », on passe directement à l’obscurité du métro avec des jeunes d’apparence tout à fait normale qui déambulent. L’heure s’affiche à plusieurs moments du film, et on comprend bien qu’il se trame quelque chose que l’on ne parvient pas à élucider. Dans son premier quart d’heure, « Nocturama » désarçonne par sa structure narrative atypique, où l’on suit ces jeunes gens marcher sans trop que l’on sache ce qui les relie. Le récit est en réalité coupé en deux parties bien distinctes : une première partie qui suit ces jeunes dans Paris en extérieur, et une seconde partie où ces jeunes se retranchent dans un grand magasin.

Aussi beau que dérangeant dans ce qu’il nous raconte, « Nocturama » est pourtant assez long et pénible dans la manière de mettre en place ses nombreux personnages. On regrette d’ailleurs que les personnages soient si peu attachants, alors qu’ils sont pourtant interprétés par certains jeunes acteurs reconnus comme Finnegan Oldfield (révélé par « Les cowboys ») ou Adèle Haenel. Ce souci d’identification vient de l’absence totale d’explication de leurs motivations terroristes. Nous ne sommes pas des motifs religieux ou sectaires comme on le connait aujourd’hui, simplement pour pallier l’ennui et faire entendre sa voix pour une nouvelle société. Au milieu de ces deux parties, ce moment central des explosions en quasi-simultané entrent en résonance de manière involontaire avec les attentats que nous et d’autres pays ont connus. Une fois les actes commis, les jeunes vont suivre l’évolution de leur propre traque à la télévision, dans un grand magasin. Si le huis clos est malin, il manque à « Nocturama » une profondeur politique et un rapport plus direct et concret à la réalité. Le film provoque de ce fait une certaine lassitude par moments dans la psychologie hermétique de ces jeunes. Néanmoins, ce thriller se rattrape par sa mise en scène d’une précision et d’une intelligence rare. En témoigne cette scène de l’arrestation qui est vue par chaque personnage, donnant lieu à une réelle intensité finale, qui nait d’une fragmentation où le collectif se mue en individualité de point de vue. Bertrand Bonello présente certaines idées fortes de mise en scène comme voir certains assassinats sous l’angle des caméras de surveillance disséminées dans le magasin, comme pour mieux imprégner les faits criminels de ces jeunes à leur sort. Si cette fusillade a quelque chose d’extrêmement dérangeant (nous rappelant la tuerie du Bataclan, alors que c’est pourtant les forces de l’ordre qui interviennent pour neutraliser froidement ces jeunes), elle réhausse à elle seule l’intérêt du film, par sa force funeste. Le tout avec de très bons choix musicaux, comme « Call me » de Blondie, ou encore ce générique de la série « Amicalement vôtre », choisi par Bonello pour « la mélancolie qu’elle dégage, alors qu’à ce moment là, l’assaut débute et ramène à l’enfance. »

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SCENARIO 58%
MISE EN SCENE 84%
ACTEURS 63%
PHOTOGRAPHIE 82%
BANDE SON 75%
APPRECIATION GENERALE 64%
Vote final

Pas forcément convaincant par le récit étiré et longuet doté d'une absence totale de morale, « Nocturama » est traversé de fulgurances visuelles et plastiques. Bertrand Bonello prend le parti-pris de montrer une destruction incandescente de cette jeunesse, bercée (déjà) d'illusions perdues, sans jamais malheureusement poser un regard réaliste sur la société française. Une demie-réussite seulement.

Note finale 71%