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Night call : L’homme à la caméra


Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

  • Réalisateur(s): Dan Gilroy
  • Acteurs principaux: Jake Gyllenhaal, René Russo, Riz Ahmed
  • Date de sortie: 26/11/2014
  • Nationalité: Américaine

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Non, vous ne vous êtes pas trompé ! Je ne vais pas vous parler du célèbre film de Dziga Vertov (« L’homme à la caméra »1929), mais ce « Night call » reprend en un certain sens les principes du film soviétique (filmer le quotidien de ses habitants du matin au soir, explorant toutes les facettes de leur vie). Ici, la première réalisation de Dan Gilroy (jusqu’à présent scénariste sur un volet de « Jason Bourne » notamment) s’apparente à un coup de maître ! Il restreint le procédé de Vertov aux moments nocturnes et cadre les interventions des policiers dans des moments plus ou moins dramatiques.

Dès le début du film, quelque chose se passe entre nous, spectateur et le film très mystérieux et opaque. Quelque chose qui tient en haleine du début à la fin du film. Il faut dire que le récit du film est terriblement accrocheur : un homme sans emploi cherche à s’insérer dans le monde du travail et va tomber par hasard sur « un chasseur de scoops ». De là, nous suivons ce personne de Lou qui va, petit à petit gravir les échelons (s’acheter une caméra, filmer une première scène de plus près, vendre les images, engager un co-pilote, fonder sa société) , en faisant toujours passer le fric et le scoop avant la morale.

Il faut le dire, le film est assez dérangeant dans sa morale, à l’instar du « Loup de Wall Street » de Scorsese, en version plus complexe et plus réussie à mon sens. « Night call » se place surtout dans un contexte criant de vérité, en filmant avec audace le quotidien d’une petite chaîne, qui cherche par le biais du scoop le plus terrifiant, dans une sorte de course à l’échalote, à faire de l’audience et dilapider ses concurrents. Ce film se place clairement dans les films les plus audacieux et les plus criants de vérité sur notre société voyeuriste et perverse, que j’ai vu ces dernières années.

Faut pas le contrarier Jake !!

Faut pas le contrarier Jake !

Si le film est aussi réussi, c’est aussi par ce personnage, qui il faut bien le dire est une ordure infinie, immoral, cruel et cupide, et qui est remarquablement interprété par un Jake Gyllenhaal (que j’aime beaucoup dans tous ses rôles, de « Brockeback Mountain » à « Enemy » en passant par « Le jour d’après » ou encore « Prisoners », ce type peut tout jouer!). Et ici, on pense aussi inévitablement à « Drive », par la figure de cette voiture (rouge, l’opposé de la discrétion qui sera tant recherchée par la suite) mais aussi dans son ambiance nocturne et son processus d' »apprentissage ». Mais « Night call » est plus qu’un simple copié-collé, c’est un film qui prend aux tripes, qui désarme par son message immoral au possible et décortique l’âme humaine dans le monde d’aujourd’hui.

En parlant d’humanité, le film sonde aussi les rapports humains, avec ceux qui sont en quête d’une moralité (même si on découvre que tous ne sont pas blancs comme neige) comme par exemple le personnage de Rick, ancien prostitué qui cherche du boulot et que Lou va prendre sous son aile. Les rapports souvent conflictuels qu’entretiennent ces deux personnages est d’ailleurs fascinant, qui restera dans un certain mystère, entre motivation financière ou vraie amitié. Si on est un peu tatillon, on peut regretter que le point de vue de Rick n’existe que par le regard de Lou, et que ce personnage secondaire ne soit pas plus indépendant.

Même chose entre les liens étroits de Lou et la patronne de la chaîne Nina, qui oscillent entre des questions d’éthique professionnelle, des accords et désaccords financiers et un chantage affectif. La mise en scène de Dan Gilroy est assez fascinante également, en nous montrant certaines actions (dont la scène dans le fast-food) par le biais des caméras qui deviennent, dès lors, des petits angles de vues. De ce fait, Gilroy s’amuse à jouer de ce voyeurisme du spectateur dans la salle justement, et ça, c’est très fort ! Si Gilroy abuse un peu trop de plans répétitifs, sa mise en scène (certes perfectible) tout comme la photographie du film créent une atmosphère particulièrement glauque et mystérieuse, et aussi terriblement prenante. 

 

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SCENARIO 94%
MISE EN SCENE 86%
ACTEURS 95%
BANDE SON 82%
PHOTOGRAPHIE 91%
APPRECIATION GENERALE 94%
Vote final

Dérangeant et prenant, "Night call" est un film qui tient en haleine du début à la fin, en mêlant à la fois un récit d'apprentissage, un thriller pur jus, et une plongée dans la chasse au scoop permanent ! De par son sujet audacieux, sa photographie soignée, sa mise en scène se jouant du point de vue de la caméra et du fantastique Jake Gyllenhaal, ce film est une formidable réussite !

Note finale 90%