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Neuilly sa mère, sa mère : Une suite plus politique et plus réussie !


En 2008, Sami Benboudaoud découvrait l’enfer de Neuilly-sur-seine !
Dix ans plus tard, alors que tout va pour le mieux pour Sami qui termine brillamment ses études de sciences politiques, plus rien ne va pour son cousin Charles de Chazelle. Depuis la défaite de son idole Sarkozy aux présidentielles, il a sombré dans une profonde dépression quand sa famille perd toute sa fortune et doit quitter Neuilly. Rejetés de tous, les Chazelle trouvent refuge chez Sami, cité Picasso, à Nanterre !
Dès lors, pour Sami et les habitants de sa cité, la vie ne sera plus jamais un long fleuve tranquille.  
  • Réalisateur(s): Gabriel Julien-Laferrière
  • Acteurs principaux: Samy Seghir, Jérémy Denisty, Denis Podalydès, Valérie Lemercier
  • Date de sortie: 08/08/2018
  • Nationalité: Française

Fort de ses 2.5 millions de spectateurs pour le premier film sorti en 2009 (une jolie surprise en considérant son budget « plutôt faible » de 4.9 millions d’euros), on prend les mêmes et on recommence ! Gabriel Julien-Laferrière reprend sa casquette de cinéaste (après avoir entre-temps travaillé sur « Fais pas ci, fais pas ça » et le film « C’est quoi cette famille ?! »). Il retrouve pour l’occasion ses deux scénaristes Marc de Chauveron et Djamel Bensalah, et bien entendu tous les comédiens du premier opus, et notamment les deux jeunes héros qui eux aussi ont bien grandi : Samy Seghir (aperçu dans « En solitaire » ou « A toute épreuve » mais qui a été révélé par le premier « Neuilly sa mère ») tout comme Jérémy Denisty.

« Neuilly sa mère, sa mère » fait un saut dans le temps, et nous permet de suivre dix ans après ce que sont devenus les personnages. Entre 2008 et 2018, la France a énormément changé et le film se nourrit de cette riche actualité politique pour élaborer son scénario en forme de miroir inversé du premier film. On se souvient que dans le premier opus, Sami Benboudaoud se trouvait immergé chez son cousin à Neuilly sur Seine, donnant lieu à de savoureuses répliques « Ma chambre, tu l’aimes ou tu la quittes », et déployant un affrontement droite/gauche par le biais des différences familiales et sociales.

Cette suite renverse le rapport de force. François Hollande a été élu en 2012, provoquant le désarroi de Charles de Chazelle, un sarkozyste pur jus. Sombrant dans une profonde déprime, les choses vont aller de mal en pis avec les soupçons de corruptions de Stanislas, le père de Charles. Toute la famille De Chazelle va être contrainte de vivre à Nanterre sous le toit de Sami.  D’emblée, « Neuilly sa mère, sa mère » balaie avec hilarité et une grande précision comique toute l’actualité politique de ses dernières années, et notamment le quinquennat agité de François Hollande. Rare sont les comédies françaises qui traitent avec passion la politique (plus souvent l’apanage du cinéma américain et britannique). « Neuilly sa mère, sa mère » corrige avec brio ce fait en proposant une comédie rythmée sans aucun temps mort, où l’évolution des personnages est parfaitement travaillée (ce qui n’est pas si fréquent dans les suites).

Donnant lieu à des répliques et des situations particulièrement drôles, « Neuilly sa mère, sa mère » nous offre également des apparitions étonnantes : Arnaud Montebourg, Julien Dray ou encore Jean-Jacques Bourdin, incarnant leurs propres rôles. L’immersion de la famille De Chazelle ne sera pas de tout repos. Si certains y trouveront toutefois un refuge (Stanislas vapotant la chicha pomme toute la journée), pour Charles (le personnage le plus travaillé du film), ce sera une véritable plongée en enfer, à la fois terre « gauchiste et communautaire ». Le film prend encore de l’ampleur avec de nombreuses références à l’ascension fulgurante de Macron et aux évolutions de la politique : le manque de fidélité aux partis, la vague de dégagisme ou encore les scandales politiques et sanitaires à répétitions qui émaillent la société. S’en suit cette jalousie de Charles envers la réussite de Sami, et cette campagne électorale pour la mairie de Nanterre (certes, un peu trop facilement expédiée), sous l’étiquette du seul parti pour lequel il est possible d’avoir une investiture…le Parti Socialiste, son pire cauchemar ! Se faisant passer pour un « Macron…de gauche », De Chazelle s’inscrit aussi dans ce parcours ambitieux au delà de toute fidélité aux personnes et aux idées. En cela, le film reproduit parfaitement les évolutions de la société française depuis dix ans, avec une drôlerie piquante et des détournements des faits réels désopilantes. Certes, on passera sur quelques facilités (les amours de Sami pas toujours passionnants) et on regrette le manque de présence de Valérie Lemercier. Mais au final, une suite plus réussie que l’original !

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SCENARIO 82%
MISE EN SCENE 76%
ACTEURS 80%
PHOTOGRAPHIE 78%
HUMOUR 86%
APPRECIATION GENERALE 84%
Vote final

En jouant la carte du détournement politique à tout va, "Neuilly sa mère, sa mère" est une suite plus réussie et plus hilarante ! Son développement intelligent des personnages et ses nombreux clins d’œils savoureux à l'actualité politique de ces dix dernières années rendent cette comédie sympathique et plus maligne qu'elle n'y paraît.

Note finale 81%