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Moi, Tonya : Humour et cruauté sur patins


En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression… 
  • Réalisateur(s): Craig Gillespie
  • Acteurs principaux: Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan
  • Date de sortie: 21/02/2018
  • Nationalité: Américaine

Dans l’histoire du patinage artistique, Tonya Harding fut sans aucun doute la patineuse la plus controversée de son sport. En cause, l’agression de sa rivale Nancy Kerrigan quelques semaines avant les Jeux Olympiques de Lillehammer en 1994, dont elle a eu une implication, certes indirecte mais bien réelle. Pour cette sombre affaire, Tonya Harding fut exclue à vie par la fédération américaine de patinage, assorti d’une condamnation à une amende de 110 000$ et 500 heures de travaux d’intérêt général pour faux témoignage. Côté sportif, elle fut la première femme (et la première patineuse américaine tous sexes confondus) à réaliser un triple axel, une figure consistant à faire trois tours et demi en l’air. Aux commandes de ce biopic sur glace, on retrouve Craig Gillespie, connu pour la réalisation d’épisodes de la très bonne série « United states of Tara », le remake « Fright night » ou dernièrement le film catastrophe « The finest hours » qui traitait déja d’un fait réelle sur une mission de sauvetage en pleine mer. Coïncidence assez incroyable, Gillespie a déjà travaillé dans la publicité et a tourné une pub pour une soupe dans laquelle se trouvait…Nancy Kerrigan à peine trois mois avant le déclenchement de l’affaire !

Avec « Moi, Tonya », Gillespie a voulu rendre Tonya Harding (que l’Amérique a adoré détesté) plus humaine : « Elle était toujours présentée comme la méchante par les médias alors que son parcours est beaucoup plus complexe et tragique que ça. Sans vouloir minimiser ce qui est arrivé à Nancy Kerrigan – qui a été une chose épouvantable –, j’avais le sentiment que l’histoire de Tonya était beaucoup plus complexe et méritait d’être racontée. Je voulais la rendre humaine et, si possible, susciter de l’empathie à son égard. » Nommé à trois reprises aux Oscars, « Moi, Tonya » est reparti avec l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney. Quelques mois après le très bons « Borg Vs McEnroe » lui même précédé par l’extraordinaire « Rush », le cinéma américain continue de ré-explorer les destinées de grandes légendes sportives. Cette fois, Gillespie revient sur une femme haïe de tous les américains suite à l’agression de Nancy Kerrigan. Une légende que je connaissais peu et dont le film donne un second souffle.

Craig Gillespie réinterroge le mythe avec ce portrait au vitriol de l’Amérique profonde. En saisissant au mieux la bêtise de l’entourage de la patineuse, le film se révèle vite une réjouissante comédie, et prend la forme d’un faux documentaire, avec des interviews face caméras des personnages. Étonnement drôle et caustique, « Moi,Tonya » est une franche réussite à tous points de vue. Son scénario évite tous les pièges du biopic lourdaud en évoquant le destin de cette jeune femme, maltraitée par sa mère dès son plus jeune âge (l’insultant pêle-mêle de « grosse gouine » ou de « ratée »). Voulant s’échapper de son foyer, elle se retrouve battue (de nouveau) par un mari imprévisible et violent. Elle trouve sa force dans le patinage artistique pour lequel elle y éprouve une réelle passion, mais là encore elle est systématiquement sous-notée par les juges, lui préférant des patineuses plus guindées et issues de famille d’une meilleure vertu. Le destin de cette icône sportive est d’une cruauté sans nom, dans lequel Gillespie parvient à saisir toute la force dramatique, tout en lui injectant une bonne dose de comédie, grâce au talent de ses comédiens. Allison Janney dans le rôle de cette mère acariâtre mérite parfaitement son Oscar, Margot Robbie joue à merveille et d’autres seconds rôles sont totalement désopilants : notamment Paul Walter Hauser dans le rôle de ce garde du corps benêt et goinfre. Porté par une bande-son électrisante et des séquences sur glace superbement filmées, « Moi, Tonya » séduit aussi par son rythme effréné (rarement un film n’a pas paru passer si vite), glissant vers une fin connue mais inexorablement cruelle.

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SCENARIO 90%
MISE EN SCENE 85%
ACTEURS 91%
PHOTOGRAPHIE 85%
BANDE SON 88%
APPRECIATION GENERALE 89%
Vote final

A la fois hilarant et d'une grande cruauté, "Moi, Tonya" obtient des notes techniques et artistiques proches de la perfection ! Ce portrait en forme de réhabilitation de Tonya Harding, une des icônes les plus détestées, porte en lui une critique sans concession de l'Amérique profonde. Le tout porté par le duo formidable Margot Robbie/Allison Janney. Un très grand sommet d'humour pinçant !

Note finale 88%