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Moi, Daniel Blake : La palme du coeur ! [En dvd-blu ray le 1er mars]


Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

  • Réalisateur(s): Ken Loach
  • Acteurs principaux: Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan
  • Date de sortie: 26/10/2016
  • Nationalité: Britannique

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Auréolé de la Palme d’Or lors du dernier Festival de Cannes, « Moi, Daniel Blake » est le nouveau film du cinéaste anglais Ken Loach qui a décroché son septième prix cannois, après une première Palme d’Or en 2006 avec « Le vent se lève », mais aussi troix prix du Jury, un Prix d’interprétation masculine et un Prix du scénario, faisant de lui l’un des cinéastes les plus récompensés du festival. Tout au long de son œuvre long d’une bonne trentaine de films, Ken Loach, 80 ans aujourd’hui, est réputé pour faire un cinéma social, en privilégiant des comédiens inconnus ou amateurs, et en posant sa caméra dans des régions ouvrières de l’Angleterre qu’il connait, ravagés par le chômage de masse. Le cinéaste choisit cette fois, une région qu’il connait moins bien (à savoir la ville de Newcastle) pour filmer une tranche d’âge, pour qui le chômage représente des difficultés supplémentaires, les quinquagénaires et les sexagénaires. Il explique : « Il y’a toute une génération de travailleurs manuels qualifiés qui se rapprochent de l’âge de la retraite. Ils souffrent de problèmes de santé et ils sont incapables de reprendre le travail car ils ne sont plus assez vifs pour jongler entre deux intérims et passer d’un petit boulot à l’autre. »

Détaillant un cinéma humaniste et politisé à gauche, Ken Loach s’intéresse donc à Daniel, un menuisier qui vient de subir un problème cardiaque. Il doit passer une évaluation pour pouvoir prouver qu’il est inapte au travail. Or, ces test organisé par l’équivalent du « Pôle emploi » britannique refusent de lui accorder cette subvention, et en attendant l’appel de la décision, Daniel est forcé de rechercher un emploi pour éviter d’avoir des subventions. Dès les premiers instants, où l’on entend une conversation surréaliste entre une conseillère suivant tel un métronome des questions impersonnelles sans écouter les réponses de Daniel, qui aimerait qu’on se concentre sur son problème de cœur, Ken Loach illustre par cette simple conversation sur fond noir, l’aveuglement total de l’administration, oubliant l’humain. Le film s’appuie à démontrer toutes les aberrations administratives, où Daniel, menuisier se retrouve obligé de passer par Internet, alors qu’il n’a jamais manipulé d’ordinateurs !

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C’est dans une situation ahurissante que Daniel va rencontrer Katie, une mère célibataire de deux enfants, qui n’a même pas les moyens de manger à sa faim pour que faire passer ses enfants. Puissant et kafkaïen, le récit suit cette rencontre de deux personnages reliés par la précarité, au travers de séquences d’une grande cruauté (l’arrivée dans la banque alimentaire, la décision désespérée de Katie pour améliorer ses finances). Suivant une forme directe sans fioritures, « Moi, Daniel Blake » nous remue dans la description clinique d’un système inhumain, qui nous fait penser à la force brute de « La loi du marché » où Vincent Lindon jouait aussi un chômeur cinquantenaire dépassé par sa situation. Progressivement, l’étau se resserre autour de Daniel, perdant peu à peu son amour-propre, provoquant une révolte chez lui. Suscitant une réelle empathie pour ses personnages broyés par l’administration représenté comme une machine (Dave Johns, habituellement humoriste est criant de vérité, Hayley Squires y est touchante), le récit suit cette descente aux enfers sans issue. Le final glaçant et terrifiant relance la réflexion sur l’importance d’une vie humaine dans une société déshumanisée.

MISE A JOUR (17/02) : MOI, DANIEL BLAKE sortira en dvd, blu ray et VOD le 1er mars ! A noter une sortie riche en bonus , avec un documentaire d’1h30 qui s’appelle : VERSUS, LA VIE ET LES FILMS DE KEN LOACH (uniquement dans l’édition FNAC), mais aussi un entretien de 23 minutes avec Ken Loach et 8 minutes de scènes coupées ! Il n’est pas trop tard pour découvrir l’un des meilleurs films de l’an passé !

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SCENARIO 93%
MISE EN SCENE 89%
ACTEURS 91%
PHOTOGRAPHIE 86%
BANDE SON 84%
APPRECIATION GENERALE 91%
Vote final

Fort, bouleversant et nécessaire, « Moi, Daniel Blake » fait parti de ces films sociaux importants, dépouillé de tout artifices et teinté d'une colère sourde qui doit interpeller tout le monde. Une Palme d'Or amplement méritée pour un Ken Loach toujours affuté, parvenant toujours à interroger les travers du monde.

Note finale 89%