Nos avis Ciné

Millenium : The Girl with the Dragon Tattoo [Critique]



The Girl with the Dragon Tattoo, c’est l’histoire de … :

Dans le nord de la Suède, la disparition non élucidée de sa nièce, Harriet Vanger, hante depuis plus de quarante ans Henrik Vanger, un des hommes les plus riches et les plus puissants du pays. Après de nombreuses années à reconstituer en vain le fil des événements et confondre le coupable d’un probable meurtre, voyant par ailleurs ses forces décliner, il se décide à faire appel à Mikael Blomkvist, rédacteur en chef du journal Millenium. Profitant du discrédit de ce dernier, en raison d’un jugement pour diffamation et fausses allégations à l’encontre de l’industriel Hans-Erik Wennerström, Henrik Vanger lui propose de venir enquêter à Hedestad sur la disparition de sa nièce, en échange des preuves qui lui permettront de recouvrer sa notoriété et sa crédibilité.

Au cours de son enquête, Mikael Blomkvist sera amené à croiser la route d’une certaine Lisbeth Salander

The Girl with the Dragon Tattoo, Meilleur Film, sans aucun doute

Affiche du film

Best-seller absolu depuis sa publication en 2005 (plus de 50 millions de livres vendus), la trilogie Millenium n’a pas tardé à intéresser grandement le milieu du cinéma, toujours prompt à se saisir d’un phénomène en devenir. D’ores et déjà transposée par la télévision suédoise, dans une version qui aura révélé et consacré Noomi Rapace, absolument culte dans son interprétation de Lisbeth Salander, c’est donc aujourd’hui le remake américain qui nous parvient sur grand écran, opportuniste dans son approche, mais jouissant d’un atout de poids : David Fincher.

Car écartons d’emblée les sujets qui fâchent. Oui, The Girl with the Dragon Tattoo est un remake, comme Hollywood n’en produit que trop. Profitant d’un matériau toujours en tête des ventes dans toutes les librairies, surfant sur la vague du succès commercial de la première adaptation, Millenium version 2011 ne réinvente rien pour ceux et celles qui auront retournés les livres et les précédents films. En outre, comment passer après Noomi Rapace dans ce rôle aussi emblématique que peut être celui de Lisbeth Salander ? Les fans frémirent, furent sceptiques, mais le résultat en valait (mille fois) la chandelle.

Passé un générique d’introduction sublime en tous points, tant d’un point de vue visuel qu’auditif et musical, iconisant de manière magistrale le personnage de Lisbeth Salander, Fincher nous immerge directement et sans fioritures dans les enjeux de SON récit, une enquête policière dans son plus simple appareil, aux enjeux épurés mais d’une précision sans faille, une histoire avant tout centrée sur la relation entre Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.

Ceux qui attendent une adaptation fidèle du roman en seront donc pour leurs frais : si c’est ce que vous recherchez, la première trilogie vous sierra bien plus. Car avec ce Millenium, Fincher, s’il trahit plus d’une fois le matériau d’origine, nous livre une leçon de mise en scène, une leçon de grammaire cinématographique et d’adaptation. Tout, absolument tout ce qui peut être annexe à l’intrigue principale, bien qu’abordé, est expédié au détour d’un dialogue excellemment bien écrit, d’un plan explicatif simple mais significatif, sans longueur, sans ajout verbeux inutile. Après un The Social Network brillant mais bavard, Fincher épouse une nouvelle fois le trait caractéristique de son personnage principal, et adapte sa mise en scène en conséquence. Le film est ainsi à l’image de Lisbeth Salander : peu loquace, peu amène, tout en contradiction même, mais d’une rigueur, d’une finesse chirurgicale et d’une efficacité sans faille.

Synthèse de la précision d’un Zodiac et du caractère nauséeux et malsain d’un Seven, The Girl with the Dragon Tattoo peut se targuer de jouir d’une richesse thématique sans équivoque, quand bien même son scénario peut paraître d’une simplicité confondante. Et ce n’est pas le moindre de ses tours de force : disséminer dans chacun de ses plans des données, des informations, des objets lourds de sens, qui questionnent sans mot dire, qui s’expriment sans parole. En bref, toute l’essence du livre se trouve résumée par la simple  grâce de la réalisation, permettant à Fincher de s’attarder sur celle qui le passionne réellement : Lisbeth Salander.

Et cela faisait bien longtemps qu’un personnage ne s’était montré aussi riche, aussi passionnant, aussi mystérieux, à la frontière entre une fragilité toute enfantine et une rage toute animale. Magnifiée par l’interprétation tout en nuances et en justesse d’une Rooney Mara en état de grâce, cette Fifi Brindacier gothique explose littéralement l’écran, mange la pellicule et hante le film de sa présence. Oui, on en vient même à oublier Noomi Rapace (sans occulter cette dernière toutefois, ne blâmons pas ce que nous avons adoré). Super-héroïne des temps modernes, loin des clichés dégradants et misogynes propres à ce statut, Lisbeth Salander version Fincher est un subtil mélange de crainte et d’attirance, pétri de contradictions, mais pourtant d’une cohérence absolue. Enfant dans un corps de femme, au mode de vie adolescent mais aux buts d’une maturité et d’une légitimité très adultes, Lisbeth Salander fascine, subjugue.

Pourtant, nouveau paradoxe, aussi incroyable que puisse être ce personnage, son impact n’en serait pas aussi fort sans la présence et la performance de Daniel Craig en Mikael Blomkvist, son exact contraire, son antithèse, plus classique dans son approche certes, mais engendrant une chimie entre les deux confinant à l’évidence. Fincher aime ses personnages, et cela se voit. Ainsi, il n’est pas rare qu’au milieu de la tempête, qu’au cœur des horreurs révélées par l’enquête, on se prenne à esquisser un sourire, à rire face à la complicité manifeste des deux protagonistes, d’un réalisme et d’une justesse rares.

On a longtemps taxé David Fincher de « simple » réalisateur visuel, restreint au rôle ingrat de faiseur d’images. Si l’ensemble du film est effectivement magnifique, élégant et à l’esthétique glacée comme les bons vins du Nord, ce serait pourtant faire fi de sa maîtrise, de sa parfaite compréhension des personnages, de sa direction d’acteurs irréprochable, dont The Girl with the Dragon Tattoo en est le nouveau manifeste.

Enfin, comment passer sous silence le travail sonore et la musique du film, originale et stressante à souhait, prolongement naturel d’images tout en strates de bleus et de jaunes d’une élégance folle. Métalliques, cuivrées, prégnantes sans être envahissantes, les compositions de Trent Reznor et d’Atticus Ross ne sont pas un vulgaire aplat musical que l’on appose sur les plans : elles les subliment et leur donnent corps, en faisant ressortir le sens par le prisme des notes, comme les épices peuvent transcender les saveurs d’un bon plat.

Conclusion :

En ce sens, The Girl with the Dragon Tattoo se savoure, se déguste. Une pièce de choix, un véritable travail d’orfèvre, une montre japonaise dans un écrin de velour, à voir et à revoir, et dont on n’a pas fini d’en découvrir la richesse. Un grand film.

[youtube 1KBPru-Pu5Q]

email

  • Perso, je suis un peu perdu avec le première trilogie… Si en plus Fincher vient rajouter des grains… Je suis pas sorti…

    Mais excellente critique, très entraînante.

  • Miss_Kan

    Excellente critique qui donne outre mesure envie de visionner !

  • Apparemment la suite aurait été signée, pas forcément par Fincher, malgré un petit succès commercial par rapport aux attendus. A voir…

  • Lopocomar

    Beau boulot !

    Véritable fan de Fincher malgré vents et marées (Benjamin Button, hum…), j’attends avec impatience ce petit dernier que je pense être le parfait moyen pour résumer son taf sur Seven et Zodiac dans le domaine des serial killer. Et puis si la musique de Reznor est aussi bonne que dans Social Network, ça va donner!

  • Neo

    Superbe critique, ce film est une véritable perle.
    Je n’avais vu que le premier volet de la version suédoise mais là, je ne raterai sous aucun prétexte les deux suivants (si Fincher les réalise bien sur)
    Mention spéciale à ce générique qui m’a décroché la mâchoire et m’a donné des frissons ! J’ai presque envie d’aller à un début de séance juste pour la revoir sur grand écran encore une fois !

  • En effet, le générique à lui seul résume le personnage de Lisbeth, quelque chose naît, autre chose meurt. Tout en contradiction en conflit.

    Pour le film, contrairement aux suédois, c’est d’une simplicité effarante, qui pour le coup parviennent à rendre ce film efficace, alors que la première trilogie me paraît flou et brouillonne dans la résolution de l’intrigue, et dans le développement de l’enquête.

    Très belle réalisation par Fincher, malgré une incohérence quand même, il y a beaucoup de brun dans les personnages centraux pour une histoire sur une vieille famille scandinavo-suédoise… Mais pour le reste, je te rejoins, le film est un bijou.