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Manglehorn : Retour en grâce d’Al Pacino


AJ. Manglehorn, un serrurier solitaire vivant dans une petite ville, ne s’est jamais remis de la perte de l’amour de sa vie, Clara. Obsédé par son souvenir, il se sent plus proche de son chat que des gens qui l’entourent et préfère trouver du réconfort dans son travail et sa routine quotidienne. Malgré tout, il entretient des relations humaines fragiles en maintenant un contact intermittent avec son fils, en ressentant une fierté mal placée pour son ancien protégé qui s’est détourné du droit chemin et en construisant une amitié prudente avec une femme au grand cœur guichetière à la banque. Alors qu’un nouvel amour se dessine, il se retrouve à la croisée des chemins et doit choisir entre rester enlisé dans le passé et vivre le présent.

  • Réalisateur(s): David Gordon Green
  • Acteurs principaux: Al Pacino, Holly Hunter, Chris Messina
  • Date de sortie: 03/06/2015
  • Nationalité: Américaine
MANGLEHORN PHOTO3

Un film métaphorique intelligent…

 

Après avoir signé le convaincant « Joe » qui avait remis en selle un Nicolas Cage qui enchaînait les mauvais choix (« Ghost rider », « Le dernier des templiers », ou encore « Hell driver »), le réalisateur David Gordon Green crée avec « Manglehorn », un Al Pacino movie, ni plus, ni moins, puisque le film se focalise énormément autour de lui. L’histoire d’un serrurier qui ne se remet pas de la disparition de sa femme et vivant seul avec sa chatte Fannie, malade après avoir ingurgité une de ses clés. Personnage irascible, solitaire et quasiment associable, Manglehorn s’est aussi bien coupé de son fils qui mène ses affaires loin de lui, que d’une potentielle vie amoureuse avec la guichetière de sa banque Dawn.

De prime abord, il se dégage de ce film une atmosphère douce-amère et mélancolique d’un passé qui n’existe plus et de par le point de vue renfermé sur lui-même. Si je dois avouer que je n’attendais pas grand chose de ce film, j’ai été relativement surpris par l’ambiance générale du film, renforcé par l’interprétation impeccable des comédiens. En cela, le choix d’Al Pacino est plus que judicieux, il dégage ce charisme d’un homme fier à l’extérieur de chez lui (en parlant constamment à l’unique présence de son chat) mais apporte aussi cette fragilité d’un homme totalement perdu et qui gagne sa vie en aidant les gens à ouvrir les portes closes. Grand acteur dans les années 70 et 80 (la trilogie « Le Parrain », « La chasse », « Heat » ou encore « Scarface »), Al Pacino avait quelque peu disparu des écrans depuis quelques années. Il montre qu’à 75 ans, il en a encore sous le capot. Soulignons aussi la performance remarquable d’Holly Hunter (formidable aussi dans « La leçon de piano » de Jane Campion).

Ce film déploie une métaphore filée totalement assumée, par la symbolique de la clé du personnage coincé dans le ventre de son chat (à noter que la scène chez le vétérinaire est difficile à regarder), la ruche d’abeille envahissant la boîte aux lettres du personnage (comme quelque chose qui empêche la sociabilité de celui-ci), ou encore l’absence de nourriture dans sa maison, comme pour signifier l’absence de contenu dans son corps. Si l’on peut parfois trouver ces métaphores un poil trop appuyées, et si l’on ne comprend tous ces effets qui surchargent un peu l’ensemble (la surabondance de fondus enchaînés sans signification pour la plupart), « Manglehorn » dégage un souffle émotionnel, et libérateur dans la fin du film, le tout porté par des acteurs au top de leur forme.

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SCENARIO 73%
MISE EN SCENE 82%
ACTEURS 87%
BANDE SON 61%
PHOTOGRAPHIE 72%
APPRECIATION GENERALE 73%
Vote final

Si je n'attendais pas grand chose de ce énième film sur le travail de deuil, je dois avouer que ce "Manglehorn" se révèle être une agréable surprise, de par la mise en scène de David Gordon Green qui utilise les métaphores avec une certaine intelligence, de par l'atmosphère douce-amère particulière, et surtout par le jeu impeccable d'Al Pacino et d'Holly Hunter.

Note finale 74%