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Maman a tort : Une comédie sociale grinçante


Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

  • Réalisateur(s): Marc Fitoussi
  • Acteurs principaux: Jeanne Jestin, Emilie Dequenne, Nelly Antignac
  • Date de sortie: 09/10/2016
  • Nationalité: Franco-belge

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Vu en avant-première au Festival du film d’Arras, « Maman a tort » est le cinquième film de Marc Fitoussi. Le cinéaste s’est fait remarquer notamment avec « Copacabana », « Pauline détective » ou « La ritournelle », des films qui dépeignent le portrait de femmes ayant encore une part d’enfance prégnante chez chacune d’elle. Après avoir filmé à deux reprises Sandrine Kiberlain, puis deux fois aussi Isabelle Huppert, Marc Fitoussi a fait appel à Emilie Dequenne et la jeune Jeanne Jestin, collégienne dans la vraie vie (et dans le film) qu’on avait déjà eu l’occasion de voir dans le film d’Asghar Farhadi « Le Passé ». Fitoussi cherchait « un sujet qui offrait l’opportunité d’aborder l’adolescence un peu différemment, dans un contexte qui n’était pas forcément celui, attendu, du collège ou du camp de vacances où des jeunes se retrouvent entre eux. D’où l’idée d’une adolescente plongée dans un monde adulte, en l’occurrence celui de l’entreprise. »

Contrairement aux films traditionnels sur l’adolescence, « Maman a tort » s’intéresse à un temps restreint bien précis, le fameux stage d’observation de 3ème se déroulant sur une semaine. Un stage paraissant un peu absurde pour Marc Fitoussi, ce stage n’ayant pas vraiment d’autre ambitions que d’observer sans vraiment travailler. Si la comédienne Jeanne Jestin a avoué qu’elle effectuera son stage chez un fleuriste, son personnage d’Anouk n’arrive pas à trouver le sien. Entre un stage prometteur dans l’audiovisuel annulé pour cause d’échec d’audimat et un père lui proposant un stage lui faisant peu envie dans une cave à vins, Anouk va finir par passer ce stage dans l’entreprise d’assurance de sa mère. Par le biais d’une relation mère/fille, le réalisateur orchestre une chronique sociale, où la vie de bureau stressante et les relations souvent hypocrites entre les gens sont abordés. Dans la compagnie d’assurance « Serenita » (un nom doucement provocateur quand on saisit la violence de l’entreprise en question), Anouk va être amené à ranger des placard, puis les ranger autrement avant de finalement les remettre de la même manière qu’avant son arrivée. Elle va aussi découvrir ce microcosme où la fausseté règne.

« Maman a tort » ne se concentre pas uniquement sur la description clinique et humoristique du monde du travail, mais aussi sur un cas à part. Celui d’une mère de famille ayant perdu son mari accidentellement d’une chute du toit de la maison, celle ci a vu sa demande d’indemnisation refusée. Détestant l’injustice, Anouk va tenter d’interpeller sa mère sur le sort de cette femme, puis l’adolescente va prendre elle-même l’initiative de l’aider. Cette enquête va l’emmener dans une confrontation autour du sens du travail de sa mère, avec une ironie assez présente. La mise en scène de Fitoussi se joue de tous ces petits détails absurdes de l’entreprise, comme cette image de la déconstruction frangmentaire des objets (par la figure du calendrier de l’avant ou les post-it disposés). Même si le film comporte quelques longueurs, la malice du personnage d’Anouk amuse énormément, avec une volonté de déchiffrer le vocabulaire bien particulier du monde de l’assurance, ou encore une relation avec un autre stagiaire qui travaille au service courrier.

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SCENARIO 79%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 77%
PHOTOGRAPHIE 76%
HUMOUR 83%
APPRECIATION GENERALE 81%
Vote final

Assez drôle mais aussi pinçant dans son ton, « Maman a tort » est une comédie réussie, misant aussi bien sur la face cachée des assurances que sur l'adolescence en construction, entrant en confrontation avec sa mère. Après « La ritournelle », Marc Fitoussi continue de nous surprendre avec son nouveau film !

Note finale 79%