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L’insulte : Un engrenage explosif et intelligent (en dvd le 3 juillet)


A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face. 
  • Réalisateur(s): Ziad Doueiri
  • Acteurs principaux: Adel Karam, Kamel El Basha, Camille Salamé
  • Date de sortie: 31/01/2018
  • Nationalité: Libanaise

En 2013, le cinéaste libanais Ziad Doueiri adaptait avec réussite et talent « L’attentat » où un homme apprenait avec effroi que sa femme s’est faite exploser en servant de kamikaze. Après être passé par la télévision avec la réalisation d’épisodes de « Baron noir », Doueiri retourne au cinéma avec « L’insulte », qui fut nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Le cinéaste a pris appui sur une dispute banale entre lui et son plombier où des mots durs semblables à ceux prononcés dans le film. Il a imaginé ce que ces mots pourraient entraîner dans la situation complexe et explosive d’une confrontation entre libanais et palestiniens. Son mot d’ordre pour ce film fut le respect de la dignité et voit son long-métrage comme « résolument optimiste et humaniste. Il montre des chemins possibles pour arriver à la paix. »

Sorti seulement en janvier dernier sur nos écrans, le film est disponible depuis le 3 juillet en DVD. Une chance supplémentaire de découvrir ce film puissant et malin qui nous chemine dans les méandres de la mémoire collective et individuelle locale. On y suit Toni Hannah, qui s’apprête à avoir un enfant, un honnête homme mécanicien de profession. A la suite d’une réparation de gouttière impromptue, Yasser Salameh, un palestinien et coordinateur de cette réparation va l’insulter. Le début d’un engrenage infernal, qui va avoir pour conséquence d’enflammer les médias et le pays tout entier. On l’a compris, l’une des force de « L’insulte » est de mêler la situation géo-politique macrocosmique et la situation humaine et « microcosmique ». Doueiri nous montre comment le second va entraîner le premier dans sa chute. D’abord simple dispute, ce conflit ouvert parvient à nous impliquer émotionnellement dans un antagonisme entre chrétiens et juifs pourtant complexe au départ.

L’humain est au cœur de ce long-métrage qui dissèque les blessures d’un pays avant d’exploiter celles plus invisibles des Hommes. Rythmé et tendu, Doueiri nous propose un film procédural qui prend le temps de nous expliquer la situation le plus clairement possible sans jamais juger les « accusés » et « victimes » et où l’un et l’autre finissent par se mélanger. Ce film nous montre également toute la bêtise des Hommes tout étant un bijou d’humanité. « L’insulte » bénéficie d’une mise en scène au cordeau alternant huis clos procédural passionnant et complet, et paysages extérieurs sublimes, qui montre souvent des bâtiments en construction, comme si la paix se bâtissait sous nos yeux. Si on ajoute à ce cocktail, des acteurs très convaincants et une photographie sublime, « L’insulte » fait incontestablement parti des films nécessaires de 2018.

 

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SCENARIO 87%
MISE EN SCENE 85%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 86%
BANDE SON 74%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Grand moment de cinéma, "L'insulte" manie le huis clos procédural avec une maîtrise impressionnante. Cette oeuvre nécessaire et puissante avec effet "boule de neige" nous tient en haleine pendant 2 heures par des rebondissements à la pelle et un joli suspense. En plaçant l'humain au dessus des lois, le cinéaste nous interroge sur le poids des mots et du passé avec une intelligence rare.

Note finale 83%