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L’idéal : immersion acide dans la mode [En dvd depuis le 18 octobre]


L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique.
Notre antihéros aura sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie post-communiste, sous les ordres de Valentine Winfeld, une directrice visuelle sèche et autoritaire.
Entre les réunions de crise à Paris, les castings à Moscou, une élection de Miss en Sibérie, une fête chez un milliardaire poutinien et une quête des « new faces » aux quatre coins de l’ex-URSS, le fêtard paresseux et la workaholic frigide vont apprendre à se supporter et peut-être même à se sauver.

  • Réalisateur(s): Frédéric Beigbeder
  • Acteurs principaux: Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Jonathan Lambert
  • Date de sortie: 15/06/2016 et disponible en dvd depuis le 18/10/2016
  • Nationalité: Française

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A la fois romancier et critique littéraire, Frédéric Beigbeder a débuté une carrière de metteur en scène en 2011, avec « L’amour dure trois ans », une adaptation de son troisième roman, qui réunissait déjà Gaspard Proust et Jonathan Lambert, accompagnés de Louise Bourgoin et Joey Starr. Après quelques apparitions en tant qu’acteur, Beigbeder revient à la réalisation avec « L’idéal », encore une adaptation d’un de ses romans baptisé « Au secours pardon ». Ce film présente la particularité d’être une suite indirecte à « 99 francs », déjà adapté de Beigbeder en 2006, et qui développait une critique acide de la publicité. Avec « L’idéal », le cinéaste a voulu retrouvé le ton déjanté de « 99 francs », comme il l’explique : « Moi-même, en vieillissant, je suis devenu plus gentil et moins provocateur. Du coup, j’ai voulu rester jeune ! L’idéal n’en est pas vraiment une suite. On y retrouve Octave, mais joué par un autre acteur et exerçant un autre métier. Comme une autre version du même personnage, dans un même registre de satire sociale et politique de notre époque. Comme « 99 francs », c’est une comédie noire qui regarde les travers de ma vie. Sauf que le milieu de la pub est remplacé par celui de la beauté » dit le metteur en scène.

Beigbeder a ainsi refait appel à Gaspard Proust, un homme qui a pour job celui de chercher les visages des nouvelles égéries pour la mode et la publicité. Jusqu’au jour où la grande marque de cosmétiques « L’idéal » (qui fait évidemment référence à une grande marque à la même sonorité) se retrouve prise dans un scandale, après que son mannequin phare ait été filmée en plein ébats érotiques en tenue d’officière nazie. Débute ensuite une quête sans relâche pour Octave et sa supérieure hautaine pour trouver celle qui pourra devenir la nouvelle égérie de la marque. « L’idéal » se révèle très vite comme une satire appuyée du monde de la mode très codifié et souvent délaissé par le cinéma français. Le film en profite également pour dézinguer allègrement le règne tout-puissant de la minceur et de la beauté, où ces femmes, déconnectées du monde réel, apparaissent souvent comme dépourvues d’intelligence, ce qui apporte de savoureux moments comiques. A l’image du cinéma de Beigbeder, « L’idéal » est assez trash et provocateur mais rafraîchissant et moderne.

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Si la narration demeure parfois un peu simpliste et superficielle, le film se rattrape par son côté atypique totalement barré dans sa forme comme dans son fond. On y parle aussi bien du phénomènes des sextapes ou de l’asservissement de la femme, via cette confrontation entre la société de cosmétiques et une association de féministes, façon Pussy Riots. Servis par des dialogues pétillants et très drôles remplis d’ironie et de cruauté, les comédiens s’en sortent tous très bien. Mention spéciale à Audrey Fleurot, irrésistible et Jonathan Lambert, en directeur asexué qui s’habille et se maquille en femme.

Un mot également de l’édition en dvd, un peu décevante en ce qui concerne les bonus. Le film ne comporte que quelques scènes coupées, ainsi qu’un making-of de 13 minutes, qui fait plus office de bêtisier (certes sympathique dans ses fous rires), mais qui ne rentre pas dans le cœur du sujet pourtant si riche.

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SCENARIO 76%
MISE EN SCENE 80%
ACTEURS 77%
HUMOUR 79%
PHOTOGRAPHIE 80%
APPRECIATION GENERALE 74%
Vote final

Malgré son manque de mordant sur sa deuxième moitié au profit d'un discours plus sérieux et classique sur la paternité, « L'idéal » est une comédie acide sur le milieu de la mode, décomplexée dans ses dialogues et ses situations souvent trashs, tantôt drôles et parfois cruelles.

Note finale 77%