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L’hermine : Sobre et intelligent


Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée.

  • Réalisateur(s): Christian Vincent
  • Acteurs principaux: Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Corinne Masiero
  • Date de sortie: 18/11/2015
  • Nationalité: Française
"L'Hermine" de Christian Vincent

Un Fabrice Luchini sobre et impressionnant…

Après avoir réalisé « Quatre étoiles » (2006) et « Les saveurs du palais » (2012), Christian Vincent retrouve Fabrice Luchini, 25 ans après « La discrète », leur dernière collaboration. Auréolé du prix du meilleur scénario, ainsi que du prix d’interprétation masculine pour Luchini lors de la 72ème Mostra de Venise, dirigé par Alfonso Cuaron, cinéaste reconnu de « Gravity ».

« L’hermine » (du nom de cet animal de la famille des rats et qui change de couleur de pelage en fonction des saisons) nous propose donc une plongée dans un procès. Mais le film n’est pas seulement cela, il mélange en vérité trois intrigues qui s’entrecroisent intelligemment : le procès du début à sa fin autour d’un infanticide auquel le père en est le principal accusé, les jurés populaires tirés au sort et qui illustrent toutes les couches de la société, aussi bien sociales que religieuses, et qui interagissent entre les étapes du procès qui s’étale sur trois jours, et enfin la psychologie du Président (ne l’appelez surtout pas Monsieur le juge!), renfermé, solitaire et réputé pour son extrême sévérité, qu’interprète à la perfection Fabrice Luchini.

Corinne Masiero, toujours excellente dans tous ses rôles....

Corinne Masiero, toujours excellente dans tous ses rôles….

Ce savant mélange entre les trois intrigues est l’une des principales forces du film, à laquelle s’ajoute une ancienne histoire d’amour entre le Président de la cour et une femme danoise qui fait parti des jurés populaires (on retrouve Sidse Babette Knudsen, l’interprète de l’excellente série « Borgen »). D’une grande justesse dans cet entrecroisement entre les différentes histoires permettant de tirer des portraits « de vrais gens », comme la « locale » du film jouée par la pétulante Corinne Masiero, ou cette mère dont on arrive jamais à cerner ses intentions jouée par Miss Ming donnant au film une réelle épaisseur et une âme supplémentaire. Très bien mené et subtilement imprévisible, ‘L’hermine » n’hésite pas à frustrer le spectateur parfois (ne donnant pas volontairement toutes les clés du film) mais c’est pour mieux dévoiler les différentes couches des personnages, cachant parfois de vilaines choses, à l’instar de cette pomme épluchée contenant le vers. Ce vers dans le fruit qui représente symboliquement aussi bien l’infanticide que l’on cache, le doute dans la tête des jurés se posant mille questions, mais aussi la psychologie du Président, austère et fermé au début qui va apprendre à s’ouvrir aux autres, au travers de cette femme, qu’il n’a sans doute jamais cessé d’aimer, comme en témoigne la quasi absence de sa femme.

Passionnant dans son déploiement en 3 intrigues, juste dans son traitement des rapports humains, interprété par un Fabrice Luchini aussi sobre qu’épatant, « L’hermine » est véritablement une très bonne surprise. Sa double récompense à la Mostra de Venis (prix de scénario + prix d’interprétation masculine pour Luchini) n’a finalement rien d’étonnant tant le film se sublime sur ces deux aspects, compensant largement une mise en scène plus classique.

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SCENARIO 89%
MISE EN SCENE 71%
ACTEURS 90%
BANDE SON 68%
PHOTOGRAPHIE 84%
APPRECIATION GENERALE 90%
Vote final

Passionnant dans son déploiement en trois intrigues (le procès, le point de vue du Président de la cour et les jurés populaires), juste dans son traitement des rapports humains, interprété par un Fabrice Luchini aussi sobre qu'épatant, "L'hermine" est véritablement une très bonne surprise. Sa double récompense à la Mostra de Venis (prix de scénario + prix d'interprétation masculine pour Luchini) n'a finalement rien d'étonnant tant le film se sublime sur ces deux aspects, compensant largement une mise en scène plus classique.

Note finale 82%