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Les invisibles : Un tourbillonnant récit humaniste (Au cinéma le 9 janvier 2019)


Comédie (France) de Louis-Julien Petit, avec Corinne Masiero, Audrey Lamy et Déborah Lukumuena. Sortie au cinéma le 9 janvier 2019.

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Vu en avant-première au Festival du film d’Arras

S’il était bien une avant-première attendue lors de ce week-end du Festival du film d’Arras, ce fut bien « Les Invisibles » en présence de l’équipe du film, et notamment la plus célèbre d’entre elle, la régionale de l’étape Corinne Masiero, alias Capitaine Marleau, originaire de Roubaix, à quelques dizaines de kilomètres d’Arras. Mais venons-en au film, « Les invisibles », qui est seulement le troisième long-métrage de Louis-Julien Petit, un cinéaste qui monte. Il a déjà prouvé son formidable talent à mettre à l’écran des histoires remplies d’humanité avec ses deux précédents films. « Discount » sorti en 2015, suivait la mise en place d’un discount alternatif pour lutter contre la pauvreté et le gaspillage alimentaire. Son deuxième film, destiné pour la télévision (Arte) « Carole Mathieu » était une plongée sombre et terrifiante sur le burn-out au travail. Avec « Les invisibles », Louis-Julien Petit revient à la comédie sans renier de ses convictions profondément humanistes.

« Les invisibles » traite le sort d’un centre d’accueil de jour destinées aux femmes SDF. Les trois femmes (interprétées par Corinne Masiero, Audrey Lamy et Noémie Lvovsky) se démènent pour les aider en contactant le samu pour savoir le nombre de places disponibles et en essayant de leur trouver un logement la nuit. Sur un sujet pourtant grave, « Les invisibles » est pourtant bel et bien une comédie par petites touches. Ces femmes de rues qui se nomment par des noms de célébrités (Brigitte Macron, Brigitte Fontaine, Dalida etc) comme pour sauver leur amour propre et se redonner de la valeur. L’humour vient à la fois de la spontanéité ravageuse de ces femmes de rues, qui sont toutes des actrices non-professionnelles qui ont réellement vécues cette vie. Mais aussi de ces dialogues plein de décalage entre ces femmes et les recruteurs. En mêlant la comédie au conte social, Louis-Julien Petit parvient à trouver le ton juste, et nous émeut par sa puissance narrative, en pointant du doigt les travers de la société, comme le démantèlement du camp ou encore les arrêtés de mendicité terriblement inhumains. Le cinéaste est sans doute l’exception dans le cinéma français tant il fait parti des seuls à aborder des sujets sociaux et sociétaux avec force. Seul Stéphane Brizé avec « La loi du marché », « Quelques heures de printemps » et récemment « En guerre » a prouvé un talent à produire des films réalistes, avec cependant, un ton moins humoristique. On pense aussi beaucoup à Ken Loach, et particulièrement à son dernier film « Moi, Daniel Blake » dans son rapport brut au réel, et sa force de proposition.

Jamais pesante, ni engoncée, cette chronique sociale nous montre toute l’absurdité de la situation et la difficile réinsertion de ces femmes de rues, avec la désespérance qui rôde (la drogue, l’alcool notamment). Assurément un grand film, « Les invisibles » est aussi un film de femmes, de ces battantes qui ne lâchent rien, quel que soient le côté où elles se trouvent (femmes de rues ou accompagnantes). Ces dernières courageuses voient cette mission empiéter sur leur vie privée, au grand désarroi de leurs compagnons. Jusqu’au dernier moment, ces femmes de rue se battront pour garder leur dignité quoi qu’il en coûte. Un film en guise de lanceur d’alerte sur les sans-abris à voir absolument en salles le 9 janvier prochain.

A la fin de la séance, une standing-ovation à laquelle je n’avais assisté d’une telle ampleur, s’est faite entendre au grand Casino d’Arras. En scène, le réalisateur Louis-Julien Petit, la comédienne Corinne Masiero, la productrice du film et deux actrices non-professionnelles, dont Adolpha, une femme d’une gouaille hilarante racontant sa vie avec une spontanéité incroyable. J’ai eu la chance de poser des questions à Louis-Julien Petit autour de la difficulté à produire des films sur ce sujet aujourd’hui en France, et à Corinne Masiero sur le fait qu’on aimerait tous la voir plus souvent au cinéma. Cette dernière a confié que même si elle avait aujourd’hui la possibilité de choisir, elle a avoué que des films comme ceux là qui « déchirent le sac » n’étaient pas fréquent. Ce n’est pas forcément une question de manque de temps lié aux tournages de « Capitaine Marleau » mais une question de manque de bons rôles qu’on lui propose. Quand au cinéaste, il a affirmé qu’un film comme celui ci prenait du temps à faire et qu’aucun film n’est facile à faire. Quoi qu’il soit, « Les Invisibles » est un film nécessaire, à ne surtout pas louper !!

 

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SCENARIO 89%
MISE EN SCENE 82%
ACTEURS 90%
PHOTOGRAPHIE 83%
HUMOUR 86%
APPRECIATION GENERALE 91%
Vote final

Après deux belles réussites ("Discount" et "Carole Mathieu",) le jeune cinéaste Louis-Julien Petit enfonce le clou avec ce film social puissant et nécessaire autour d'un centre de jour pour femmes SDF menacé de fermeture. Présenté en avant-première au festival du film d'Arras, ce conte social à la fois hilarant et grave a provoqué un tourbillon d'émotion rare, avec la présence de ces véritables héroïnes du quotidien, et celle de Corinne Masiero (connue pour Capitaine Marleau). Un très grand film qui prouve que Louis-Julien Petit se range aux côtés de Stéphane Brizé et Ken Loach !

Note finale 86%